La définition du Design Actif est encore peu connue en France même si cette démarche, née en Amérique du Nord et dans les pays anglo saxons, tend à se développer depuis quelques années à travers des formes diversifiées.
Le design actif, des villes aux territoires ruraux
Le design actif vise à rendre plus facile et lisible l'activité physique dans un environnement où la voiture est souvent privilégiée, à rééquilibrer les usages en faveur de la santé, à donner envie de faire une activité physique, même quelques minutes. Le design actif est un levier pour lutter contre la sédentarité qui augmente depuis des décennies, avec de graves répercussions sur notre santé que ce soit chez les jeunes comme chez les seniors.
Le design actif se traduit souvent par des interventions rapides et positives sur les espaces publics, parfois dans le cadre d’aménagement temporaires ou transitoires : aménager des espaces ludiques autour des établissements scolaires, mettre en place des circuits touristiques dans les secteurs historiques, installer des panneaux indiquant les temps de marche et les directions vers les transports en commun, ou prévoir des bancs pour faciliter les déplacements des personnes âgées.
En plus d'encourager l’activité physique, il s'agit de se réapproprier l'espace public, de favoriser l'accessibilité et la mixité d'usages. C'est aussi l'occasion de travailler sur la ville existante, de privilégier la sobriété des aménagements, de proposer des projets ludiques, d’encourager les modes actifs, de mobiliser les usagers et les riverains à plusieurs étapes du projet, etc. Autant de thématiques qui concernent les collectivités quelles que soient leurs taille.
Le design actif peut répondre à plusieurs objectifs, concernant aussi bien les villes que les territoires ruraux :
- Développer la mixité et l’inclusion : accessible à tous, le design actif s’adresse à toutes les générations et offre aux populations isolées ou éloignées du sport les moyens de pratiquer une activité physique ou de se rencontrer.
- Renforcer l’attractivité des territoires : ludiques, stimulantes et esthétiques, les installations de design actif valorisent les espaces publics et invitent les usagers à se les (ré)approprier. Elles sont aussi l’occasion, pour certains secteurs, de montrer une image plus dynamique et positive. Aménager une zone de rencontre plus conviviale, ou végétaliser une cour et les abords d’écoles, apporte un changement d’ambiance bénéfique à tous ;
- Encourager la frugalité : le design actif stimule la sobriété avec des aménagements simples, faciles à mettre en œuvre, utilisant un minimum de ressources (en misant sur le réemploi ou les matériaux locaux), tout en étant qualitatifs. Ils permettent à la collectivité d’aménager à moindre coût tout en répondant aux besoins des usagers.
Rendre les déplacements actifs plus évidents et plus attractifs
Parcours, jalonnement et signalisation
Le design actif repose surtout sur les déplacements du quotidien en rendant la marche et/ou le vélo plus simples, plus agréables et plus faciles.
Dans de nombreuses communes, notamment les petites et moyennes villes, les principaux équipements sont déjà situés à des distances compatibles avec la marche ou le vélo : mairie, écoles, commerces, équipements sportifs, espaces culturels ou de loisirs. L'enjeu n'est donc pas toujours de créer de nouveaux itinéraires, mais plutôt de révéler et valoriser les parcours existants.
Les itinéraires piétons et cyclables constituent un levier majeur du design actif lorsqu'ils permettent de relier les polarités urbaines, les équipements publics et les lieux de vie quotidienne grâce à des parcours continus, lisibles et attractifs.
Le jalonnement permet de mettre en évidence la proximité réelle des destinations. Un habitant peut souvent surestimer les distances ou méconnaître certains raccourcis. Le marquage et l'indication des temps de marche ou de vélo contribuent alors à modifier la perception des modes de déplacement.
Dans le cadre d'une démarche de design actif, il est intéressant de mettre en place une signalétique indiquant :
- les temps de marche vers les principaux équipements, commerces et éléments du patrimoine ;
- les distances à vélo ;
- les itinéraires les plus confortables ou accessibles ;
- les parcours plus ludiques ou adaptés aux enfants ;
- les connexions avec les transports collectifs.
Cette approche contribue à faciliter l'accès aux services du quotidien sans recourir systématiquement à la voiture.
Des parcours lisibles qui donnent envie de marcher
Un itinéraire n'est utilisé que s'il est clairement identifiable. L'importance de la lisibilité urbaine, qui repose sur des repères visuels, une signalétique lisible et des marquages permettant de guider les usagers tout au long du parcours. Le but est que le cheminement devienne une expérience ludique et de découverte autant qu'un déplacement. La commune de Laillé en Bretagne a par exemple organisé des cheminements vers les établissements scolaires, en marquant les parcours avec des animaux afin de guider les enfants.
Le mobilier urbain participe également à la qualité des parcours et à l’inclusivité. Des bancs, appuis-vélos, points d'eau ou espaces ombragés rendent les déplacements plus confortables et accessibles à tous les publics. Pour les personnes âgées ou à mobilité réduite, la présence régulière d'assises peut constituer un facteur déterminant dans le choix de marcher. Pour les cyclistes, des stationnements visibles et sécurisés à proximité des équipements renforcent l'attractivité du vélo.
Enfin, le design actif implique d'assurer la sécurité des déplacements, par des traversées piétonnes lisibles, des continuités cyclables cohérentes et une attention particulière aux conflits d'usage. L’accessibilité des personnes à mobilité réduite, des personnes ayant différents handicaps est aussi à prendre en considération et a un impact positif pour l'ensemble des usagers en rendant l'espace public plus facile d'accès.
Valoriser les chemins existants et les raccourcis du quotidien
Le design actif s'appuie d'abord sur des ressources déjà présentes : chemins ruraux, venelles, passages entre quartier, liaisons vers les équipements sportifs ou scolaires. L'enjeu est de rendre ces itinéraires visibles, continus et rassurants grâce à :
- un balisage simple ;
- une signalisation cohérente ;
- quelques interventions de confort ou de sécurisation ;
- du mobilier permettant des pauses.
Le programme Sentiers de nature piloté par le Cerema a ainsi permis de mettre en valeur des chemins existants, afin de donner accès à la nature au plus grand nombre. Les enseignements sont synthétisés dans des fiches thématiques.
Faire avec les ressources du territoire
La sobriété matérielle est le fil rouge des démarches de design actif. Après les réflexions sur les parcours, le jalonnement ou encore la mise en mouvement du quotidien, il s'agit d'interroger les modes de conception, de fabrication et d’entretien des aménagements et de s'appuyer sur l'existant : les matériaux disponibles, les savoir-faire locaux, les qualités paysagères, les usages existants et les éléments patrimoniaux remarquables qui fondent l’identité du lieu.
Cette approche permet de sortir d’une vision trop standardisée de l’espace public, parfois calquée sur des modèles urbains peu adaptés aux contextes ruraux. Un marquage très coloré, un mobilier issu de catalogues ou des équipements trop spécialisés peuvent apparaître dissonants dans un centre-bourg patrimonial, un hameau ou un paysage de village. À l’inverse, le recours à des matériaux locaux, à des formes sobres et à des aménagements simples peut renforcer l’envie de marcher, de s’arrêter, de se rencontrer ou de découvrir un lieu, tout en maîtrisant les coûts d’investissement et d’entretien.
Cette logique de sobriété pose enfin la question de la pérennité. Pour qu’une démarche de design actif ne se réduise pas à une animation ponctuelle ou à quelques aménagements transitoires, elle doit intégrer dès l’amont les facilités de maintenance, d’appropriation et d’évolution dans le temps. C’est à cette condition que les interventions misant le réemploi, même modestes, peuvent devenir de véritables leviers de transformation durable des espaces publics ruraux.
Un espace public qui donne une place au ludique
"Les aménagements physiques ne suffisent pas. Il faut en sus des aménagements symboliques. Des aménagements ludiques qui font sourire, et surtout poursuivre le chemin, sans même s’en rendre compte. La ludification urbaine, telle que nous l’entendons, c’est l’esprit des jeux d’enfants qui se répand dans toute la ville, et qui gagne les adultes" (Cerema, 2012). Vers une marche plaisir en ville : boîte à outils pour augmenter le bonheur de marcher - Cerema
L’aménagement des espaces publics doit répondre à une multiplicité de besoins, de spécificités techniques, de contraintes de conception et d’exploitation. Le design actif mobilise les leviers de la “jouabilité” habituellement orientée vers les jeunes enfants, pour encourager d’autres usages que les composantes fonctionnelles dans les espaces publics du quotidien, en soutenant des dynamiques d’appropriation de l’espace public, en s’appuyant sur la notion de plaisir et en rapprochant le jeu de la rue, pour tous et toutes. Cette approche permet de contribuer à lever l’un des problèmes majeurs, qui est la non-appropriation des espaces publics par les enfants, et plus largement par ceux qui marchent, les personnes âgées, les femmes...
Ces différents leviers peuvent être articulés dans la conception des espaces publics à différentes échelles : dans une logique de parcours, dans la conception d’un espace ponctuel intégré dans son environnement, dans la conception ou l’adaptation d’un mobilier urbain, …
A travers le design actif, ils peuvent être mobilisés pour proposer une palette protéiforme de “potentialités” de jeu, susceptibles de soutenir l’activité physique et les liens sociaux intergénérationnels, tout en s’adaptant et en valorisant les spécificités territoriales (topographie, paysage, matériaux, savoir-faire, socle culturel …).
Des aménagements adaptés à différentes générations
L'espace public peut être accueillant pour les piétons de tous âges, en identifiant les besoins des différents publics. Le vieillissement de la population est une réalité documentée : les personnes âgées de plus de 65 ans représentent un peu plus de 20% de la population aujourd’hui et les projections estiment qu’en 2040, plus d’un habitant sur quatre aurait 65 ans ou plus. Cet enjeu est particulièrement criant dans les territoires peu denses.
L’avancée en âge s’accompagne par ailleurs de plusieurs transitions qui conduisent à une diminution de la mobilité : arrêt des trajets domicile-travail avec l’arrivée en retraite, resserrement de l’aire de vie autour du foyer et difficultés physiques et sensorielles qui peuvent aller jusqu’au renoncement à la conduite d’un véhicule. Pour autant, les personnes vieillissantes continuent de se déplacer : si le premier mode de transport reste la voiture (avec une part grandissante en tant que passager et plus conducteur), la part modale de la marche augmente avec l’avancée en âge (37% pour les 75 ans et plus, contre en moyenne 20% entre 25 et 64 ans).
Des cheminements à l'ombre, le long desquels on peut trouver des bancs, des points de repos, facilitent les déplacements à pied des personnes âgées en permettant de prendre le temps de réaliser le parcours, de s'asseoir dans un endroit agréable puis de repartir. Intégrer des îlots refuge dans les traversées piétonnes plus longues à parcourir sécurise aussi les déplacements des personnes âgées, qui sont sur-représentées dans la mortalité routière : en général (26% contre 20% dans la population générale) mais surtout en tant que piéton (52% des victimes à pied, principalement en agglomération - au sens de l’INSEE).
Les aménagements favorables aux déplacements des personnes âgées encouragent la mobilité de tous, ou le temps passé dehors, et éventuellement la pratique d'une activité physique comme le vélo, la marche, la course à pied, la gymnastique... Les personnes vieillissantes, tout comme les enfants et les personnes handicapées, ont des besoins spécifiques qui, s’ils ne sont pas pris en compte dans l’aménagement des territoires, peuvent contraindre fortement leurs déplacements : fatigue physique ou mentale qui nécessite de faire des pauses (besoin de bancs et de zones de repos), pertes d’équilibre (besoin de revêtements réguliers et de dévers réduits), difficultés sensorielles (besoin de contrastes visuels et tactiles) ou de repérage (besoin de lisibilité dans l’organisation de l’espace public et de repères connus), difficultés physiologiques accrues (besoin de toilettes publiques, d’ombre, de fraicheur).
Satisfaire à ces besoins est essentiel pour ces publics, qui représentent une proportion non négligeable de la population et qui, à défaut, renoncent parfois à se déplacer. Mais cela bénéficie de fait à toutes et tous. Le design actif, en favorisant un espace plus favorable à la marche, plus sûr pour les vélos et les piétons, encourage les habitants et usagers d’un lieu à s’approprier les espaces publics et à les pratiquer au quotidien.
Le design actif, facteur de lien social
Au-delà de l’aspect purement logistique du déplacement, le design actif favorise ainsi la socialisation inopinée (on se rencontre dans la rue et on décide de rester discuter un peu), ce qui permet de lutter contre l’isolement social, véritable fléau pour les personnes âgées. L’accès aux commerces de proximité est également facilité, ce qui contribue à la vitalité du centre-bourg : un cadre agréable et apaisé favorise à la fois l’activité commerciale d’opportunité (je m’arrête boire un café en terrasse) mais aussi du quotidien (je peux envoyer mon enfant de 13 ans acheter le pain sans me faire de souci).
Plus largement encore, le design actif permet de réellement agir sur l’inclusivité d’une société. En effet, les personnes vulnérables ou atteintes de handicaps n’ont souvent pas ou plus accès à un véhicule motorisé. Ceci contribue à les effacer artificiellement de l’espace public et de la société : on ne les voit pas au quotidien (ou alors dans un cadre très strict, comme le cadre scolaire pour les enfants) et donc on finit par oublier qu’ils pourraient fréquenter les mêmes espaces que des adultes “bien portants”.
En offrant différents usages sur un même lieu, différentes manières d'en profiter, le design actif incite tous les habitants, isolés, familles, jeunes, personnes âgées, sportifs, personnes atteintes de handicaps, à sortir, à se croiser, et in fine à mieux se connaître.
Comment créer un espace public pour tous ?
Concrètement, il s’agit de penser à la diversité des publics lors des réflexions sur la conception ou le réaménagement d’un espace public : se mettre à la place d’une personne en fauteuil roulant, d’une personne aveugle, d’un parent avec une poussette ou avec un enfant dans chaque main, d’un professionnel déchargeant des palettes de fruits, d’une personne âgée se déplaçant avec son aidant… Pour ce faire, les communes peuvent s’appuyer sur leurs habitants dans toute leur diversité, ou sur des associations locales.
Elles peuvent aussi prendre en compte les recommandations en matière d’accessibilité PMR ou de continuité piétonne, en les adaptant à leur contexte périurbain ou rural (voir le recueil de bonnes pratiques du Cerema):
- Assurer l’accessibilité des cheminements piétons principaux (ceux permettant de relier les principaux services du centre-bourg entre eux, par exemple, à partir de parkings relais légèrement excentrés)
- Créer des raccourcis piétons facilitant la porosité des espaces résidentiels uniquement à ce mode de déplacement (chemins vers les écoles, vers des arrêts de transport en commun, vers le centre-bourg…)
- Favoriser les espaces de repos et de pause le long des chemins (en centre-bourg comme en bordure d’urbanisation) : bancs, voire table de pique-nique, fontaine à eau, arbres ombrageant le chemin, etc.
Un levier clé : la participation citoyenne et la mobilisation des parties prenantes
Le design actif constitue une opportunité de mobiliser les habitants autour de projets concrets sur les espaces publics et ayant un impact sur leur cadre de vie. Le design actif se prête à des démarches participatives favorisant l’appropriation des projets par les habitants et l’identification des besoins des différents publics, qu’il s’agisse des enfants, des adolescents, des adultes ou encore des personnes âgées. La mise en œuvre de démarches participatives peut être très progressive pour donner confiance dans le processus.
L’implication des habitants peut intervenir à différentes étapes :
- diagnostic avec observation et analyse des usages, identification des besoins et choix des implantations par des ateliers participatifs,
- conception des aménagements
- réalisation de certains équipements par des chantiers participatifs.
Une démarche participative permet de recueillir l’expertise d’usage (un savoir détenu par les usagers, qui résulte de leur propre pratique du territoire) des habitants tout en renforçant l’adhésion au projet. Les chantiers participatifs (plantations, créations de bancs, estrades, supports de jeux ou de repos) constituent un levier pertinent pour transformer un espace tout en créant du lien social et en renforçant l’appropriation des aménagements par les futurs usagers.
La réussite d’une démarche participative repose sur un cadre clair et transparent, un portage politique et une attention particulière dédiée à l’association du public-cible du projet. Les modalités de participation doivent être adaptées aux objectifs recherchés (information, consultation, concertation ou co-construction) en associant les publics dès les premières phases du projet. Les méthodes d’"aller-vers", davantage pro-actives, permettent de toucher un public varié et éloigné des temps de concertation. La communication autour du projet est une base indispensable pour ce type de démarche.
L’approche tactique avec des aménagements transitoires est également un levier pertinent pour expérimenter de manière temporaire le design actif, en associant les habitants à leur test et à leur évaluation avant d’éventuelle pérennisation.
Les communes peuvent s’appuyer sur un réseau d’acteurs locaux : associations sportives, associations de parents d’élèves, centres sociaux, offices de tourisme, établissements scolaires, etc. Ils jouent un rôle de relais de mobilisation mais également de parties prenantes d’un projet de design actif. Les CAUE, les agences techniques départementales, les PNR, les PETR/Pays et les agences d’urbanisme peuvent, selon les contextes, apporter un appui méthodologique ou de l’ingénierie. La commission communale d’accessibilité garantit la prise en compte de l’ensemble des usagers, notamment des personnes en situation de handicap, pour assurer la réalisation d’un projet inclusif.
Afin d’assurer la gestion et la pérennité du projet :
- les services techniques sont à intégrer dès les phases amont du projet pour leur donner les clefs pour une gestion cohérente du projet
- S’appuyer sur les personnes ressources existantes, notamment proposer du commodat avec des agriculteurs locaux pour la gestion de certains espaces verts.
- Organiser du chantier participatif avec habitants pour des actions de gestions afin de continuer l’appropriation du site et les donner une opportunité d’être acteurs de la vie du site.
Territoires ruraux : les occasions pour mobiliser l'approche du design actif
- dans les projets d’aménagement: ecoprojet, revitalisation…
- approche stratégique globale (urba, aménagement, espaces publics…): plan guide, pave…
- aménagement ponctuel : aménagement ou réaménagement d’espaces publics
- agissez là où vous pouvez agir. agir sur des espaces faciles à transformer (une petite rue, une placette, un espace public hors voie circulée) sans nécessairement revoir toutes les circulations du bourg.
- test/aménagement transitoire/urbanisme tactique…
- Flexibilité et expérimentation : possibilité de tester des solutions avant passage à l’échelle, d’ajuster selon les usages réels (tests d’usages, interventions transitoires).
- Temporalité : des aménagements temporaires, transitoires

