Cet article fait partie du dossier : Le Cerema mobilisé pour adapter le bâti au changement climatique
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Depuis 2024 la ville de Lyon a développé le projet la Fabrique du Climat, qui vise notamment à partager l’information et la connaissance autour du dérèglement climatique et ses impacts. Une phase de terrain s’engage maintenant, avec le démarrage du projet Aventure fraîcheur.
En réponse à l’augmentation des températures, en intensité et en durée, qui conduit désormais à des épisodes caniculaires, y compris pendant les périodes scolaires en fin de printemps et en fin d’été, le projet vise une déclinaison opérationnelle d’actions dans les écoles de la ville pour vivre au mieux les périodes de fortes chaleurs.
Dans ce cadre, la ville de Lyon a sollicité le Cerema pour l’accompagner dans l’élaboration de plans canicule pour les écoles et de leurs déclinaisons en exercice canicule. Plus précisément, il s’agit de construire et de décliner une méthodologie adaptée, pour permettre la co-élaboration de scénarios d’actions en période de fortes chaleurs par l’ensemble des usagers et de la communauté associée à la vie des écoles. L’objectif : éviter de fermer les écoles en permettant de continuer à y vivre et apprendre malgré des conditions climatiques caniculaires.
Un lancement du projet largement partagé avec les acteurs scolaires
Le séminaire de lancement, mercredi 11 février 2026, visait à poser les enjeux de l’augmentation des températures au regard du fonctionnement des écoles, à présenter les perspectives du projet Aventure fraîcheur et à engager un premier travail d’exploration du sujet.
La journée, organisée par la ville de Lyon en partenariat avec le Cerema et le collectif Interstices, s’est déroulé dans les locaux de la mairie de Lyon. Il a réuni plus de 185 personnes - agents municipaux assurant la restauration, l’entretien et le gardiennage des écoles, directrices de secteur, accompagnants des élèves et animateurs -, et des agents de l’éducation nationale - directrices d’écoles, enseignants.
Un premier temps collectif a permis de rappeler les perspectives climatiques projetées sur la ville de Lyon par les modèles de Météo France.
Puis la Mission Transition Écologique et la direction de l’Éducation ont exposé le cadre général du projet Aventure fraîcheur. Le Cerema, en articulation avec une directrice d’école et une directrice d’animation, a ensuite présenté les différentes étapes de ce projet. Organisé selon 4 phases, il est prévu de le décliner dans des écoles pilotes de la ville, et d’en faire le partage à des écoles relais, qui pourront suivre le projet.
Une première phase vise à établir un diagnostic de l’école au regard des fortes chaleurs. Deux ateliers seront ensuite organisés avec les usagers de l’école: le premier a pour objectif d’identifier des actions adaptées au contexte spécifique de chaque école, le second permettra de relier ces actions sous forme d’un scénario à mettre en œuvre lors des fortes chaleur. La dernière phase consistera précisément à tester en conditions réelles la faisabilité et la pertinence du scénario construit.
Une table ronde pour conclure la matinée, a permis d’apporter des éléments concrets aux participants. Elle réunissait un expert du Cerema sur l’adaptation des bâtiments aux fortes chaleurs, une ingénieure de la ville pilotant la gestion du parc immobilier, deux responsables de restauration scolaire. Les échanges ont porté sur les solutions possibles d’adaptation, tant techniques, qu’organisationnelles ou touchant les usages. Celles-ci ont été discutées au regard des témoignages livrés par les usagers des écoles présents.
L’après-midi, quelques 80 personnes en lien avec les écoles parties prenantes du projet, ont participé aux ateliers prévus. Les participants ont d’abord partagé leurs expériences et leur vécu des canicules dans leurs écoles. Cela a permis d’entendre combien la chaleur perturbe, parfois de façon importante, les temps scolaires et les apprentissages. Puis, chaque groupe, animé par des animateurs de la ville de Lyon, s’est autorisé à rêver son école idéale adaptée aux fortes chaleurs en 2030. Les bonnes idées, les envies ont fusé et donné lieu à d’enthousiasmants dessins, préfigurant peut être les écoles futures. De nombreuses propositions, déjà mises en œuvre par certaines écoles ou à tester ont émergé. Les participants ont notamment abordé la possibilité de proposer des repas froids ou de délocaliser les temps de classe. L’atelier s’est achevé par la sélection des premières actions à lancer pour engager le projet et permettre à chaque école, qu’elle soit pilote ou relai de participer activement à l’aventure. Les idées basées sur la solidarité et le partage d’informations étaient nombreuses.
Poser les bases de l’action : le diagnostic terrain technique et fonctionnel
Fin mars 2026, des experts bâtiment du Cerema ont réalisé une visite technique des locaux de l’école Jean Zay, première école pilote retenue pour initier le projet Aventure fraîcheur. Cette visite intervenait en complément de mesures thermiques, hygrométriques, enregistrées dans le cadre du programme RACINE porté par ACTEE. Elle a permis de faire le point sur l’état du bâti, les modes de fonctionnement et les les usages et de proposer de premières pistes d’amélioration de l’existant, à la fois sur des solutions structurelles de moyen ou long terme et surtout des évolutions immédiates possibles des usages et des pratiques.
Afin d’enrichir le diagnostic technique, d’impliquer les usagers des écoles pour contribuer ainsi à leur appropriation de l’adaptation aux fortes chaleur, et à leur acculturation sur des actions à possibles à décliner professionnellement mais aussi personnellement, un premier atelier s’est déroulé fin avril dans l’école avec la communauté éducative : enseignants, directrice, agents municipaux assurant la restauration, l’entretien et le ménage, gardien, directrice et animateurs du périscolaires, enfants et parents, au total une soixantaine de personnes ont participé à la matinée.
Après une étape de partage d’expérience personnelle sur le vécu des canicules dans l’école, les participants ont été conviés à une "chasse au trésor" chaleur. Chaque équipe, munie d’un plan de l’école, est partie identifier les zones particulièrement affectées par la chaleur, les espaces ressources plus frais et relever les points d’attention spécifiques. Fortement impliqués les participants ont ainsi approfondi leur connaissance des bâtiments de l’école, partagé les anecdotes de ce qu’ils y vivent lorsque la température devient importante, et ont confronté les solutions déjà mises en place pour améliorer leur quotidien en période de fortes chaleurs.
Sur la base de ces deux états des lieux complémentaires, des plans de diagnostic chaleur de l’école ont été élaborés comme base pour rechercher des actions d’adaptation ciblées, spécifiques à l’école et pour lesquelles la communauté éducative a un véritable pouvoir d’action et de capacité de mise en œuvre.
Des actions possibles pour continuer à vivre et apprendre malgré la chaleur
Afin de nourrir les imaginaires des participants, une séquence d’inspiration leur a été proposée préalablement à la recherche de solutions. Des retours d’expérience issus des travaux du Cerema et notamment du récent guide
A partir d’une boussole de la résilience, inspirée de celle du Cerema et adaptée spécifiquement pour les écoles et d’une carte des lieux de fraîcheur élaborée par la ville de Lyon, les participants ont identifié plus de 70 actions, concernant à la fois les espaces extérieurs de l’école, les bâtiments, les usages collectifs et les comportements individuels.
Pour chaque approche il s’agissait de proposer des solutions permettant de limiter l’arrivée de la chaleur, de l’évacuer, de profiter d’espaces plus frais, de produire des sensations de frais et de soutenir l’adaptation du corps. Des actions transversales relatives à la coopération, la communication, le partage d’information et la montée en compétence collective ont aussi été identifiées.
Parmi les solutions envisagées, certaines peuvent être réalisées dès à présent et portées par la communauté éducative de l’école. D’autres mettront plus de temps à être mises en œuvre, car elles nécessitent une articulation avec les services de la ville ou bien ceux de l’Éducation nationale, voire des évolutions des circuits de décision et des fonctionnements actuels.
Une expérimentation réelle en conditions de canicules
Le 26 juin dernier, alors que les températures extérieures atteignent 39° degrés, plusieurs solutions d’adaptation envisagées pour l’école Jean Zay ont pu être expérimentées. Ces actions ont été choisies parmi celles proposées lors des ateliers.
- Une couverture des vitrages sur l’espace de restauration, à l’aide de couvertures de survie a ainsi permis de limiter l’entrée du soleil dès le matin.
- Dans quelques classes pilotes, du matériel low-tech couplé à l’usage de ventilateurs a favorisé l’évaporation, générant ainsi une sensation de fraîcheur comparé au reste des espaces.
- Des chasubles particulières et des bobs rafraîchissants, ont été testés par les élèves et deux enseignants, pour maintenir un peu de fraîcheur sur le corps.
- Pour les séances d’apprentissage, des classes de l’école ont pu expérimenter l’école dans la cour, à l’ombre des arbres, sur des tables et chaises, ou bien assis sur une structure low-tech mobile construite pour l’occasion.
- De leur côté, les animateurs périscolaires ont proposé des activités rafraîchissantes bienvenues, comme des jeux d’eau, ou la fabrication d’un cocktail fraîcheur à base de menthe et de citron, et servi par les élèves dans la cour de l’école.
- Enfin les animatrices du Lieu Accueil Parent ont partagé des solutions d’adaptation, proposées par des parents fréquentant le lieu et issues de leurs pratiques personnelles ou culturelles, inspirées parfois de leur pays d’origine, déjà familier de la chaleur depuis longtemps.
En parallèle de ces actions concrètes, un parcours d’acculturation a été proposé pour les visiteurs, avec la présentation du projet, des éléments d’acculturation sur les principes d’adaptation aux fortes chaleurs, un retour sur le diagnostic, et l’esquisse d’un scénario de gestion des fortes chaleur, en continuité sur toute l’année.
Finalement, oui nous avons eu chaud ce jour là, mais le collectif, la bonne humeur généralisée, les actions menées en commun, ont pris le dessus, pour faire de ce jour une aventure partagée et réjouissante.
Bilan de la démarche
La démarche initiée à l’école Jean Zay, s’est appuyée sur toute la communauté éducative de l‘école. Cela a engendré une mobilisation renforcée des participants, facilitée par une communauté éducative soudée et solidaire
Associer largement les usagers directs et indirects de l’école a facilité l’appropriation du sujet, partagée avec les enfants et les parents.
Cette dynamique a permis de faire émerger des solutions variées, proposées par les acteurs, parfois innovantes, comme la mise en place d’une nouvelle organisation des tâches pour la restauration ou l’installation d’un potager. Elles ont surtout été validées par tous, ce qui est gage d’une meilleur mise en œuvre ultérieure.
Cette implication s’est d’ailleurs traduite lors des ateliers et de la journée d’expérimentation, où l’ensemble des acteurs concernés par l’école a été présent et largement engagé : animation scolaire, enseignants mobilisés, parents du LAP.
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