29 novembre 2022
Nature dans un quartier urbain
Suite à ses travaux sur l'acceptabilité de la densification urbaine en Ile-de-France, le Cerema a mené une étude sur la perception et les usages des espaces verts, qui jouent un rôle-clé dans cette acceptabilité, selon que le territoire est urbain, péri-urbain ou rural.
L'approche méthodologique était de croiser l'analyse spatiale (données SIG, projets urbains...) et une enquête auprès des habitants.

Cette étude fait suite à une 1ère étude sur les conditions d'acceptabilité de plusieurs projets de densification urbaine en Ile-de-France. Les résultats montraient que l'acceptabilité n'était pas corrélée à la densité mesurée des territoires, et qu’elle dépendait de la qualité des espaces non-bâtis, notamment des espaces verts et naturels

L’Ile-de-France doit répondre à un objectif de logements importants (environ 70 000 logements nouveaux/an) sur l’ensemble du territoire tout en évitant l’étalement urbain et la consommation d’espaces Naturels, Agricoles et Forestiers (NAF). L'acceptabilité des projets de densification est donc un jeu important.

 

Dans cette perspective, cette étude menée en partenariat avec 9 communes d'Ile-de-France présente une analyse comparative de l’intégration d’éléments de nature dans différentes communes en Ile-de-France choisies selon les typologies de territoire suivantes : zone dense (périmètre de la Métropole du Grand Paris), zone périurbaine (grande couronne en limite de la métropole), zone rurale (dont des territoires en PNR).

Elle vise à déterminer l’influence des typologies de territoire (urbain dense, périurbain, rural) sur les usages et attentes des habitants sur les espaces verts et naturels, au regard du développement de leur commune.

La méthodologie de cette étude a l'intérêt de croiser analyse spatiale (données SIG, projets urbains...) et enquête auprès des habitants.

 

Des caractéristiques territoriales à prendre en compte pour comprendre l'appréciation du cadre de vie

graphique etes vous satisfait des espaces verts de votre commune ? 80% de ouiOn constate que, quelles que soient les typologies de territoire, les habitants sont relativement satisfaits de leur cadre de vie actuel et notamment des espaces verts avec un taux de satisfaction élevé autour de 80%. On peut également noter l'importance des espaces agricoles, dans les communes rurales et périurbaines, qui participent à l'identité "campagnarde" de la commune et ancrent un sentiment positif d'habiter un environnement perçu comme "vert et naturel".

Toutefois, on relève une offre d'espaces verts variables selon les typologies de territoire avec une grande pluralité d’espaces en périurbain (parcs, forêts, coulée verte, berges, chemins…) alors que les zones denses et rurales proposent des espaces moins variés, avec respectivement des parcs/squares et des forêts/chemins ruraux.

Un certain nombre de caractéristiques (offre quantitative d'espaces verts, implantation de ces espaces, accessibilité etc...) influencent la pratique des habitants et leurs attentes. On peut souligner que les communes denses ont finalement une offre en espace vert généralement bien répartie sur l'ensemble du territoire et accessible à pied ou en vélo plus facilement que dans les communes périurbaines ou rurales. Toutefois, si l'on rapporte la quantité d'espaces verts au nombre d'habitants, les communes de la zone dense sont alors déficitaires par rapport aux communes périurbaines ou rurales.

 

Des pratiques et attentes des habitants sur les espaces verts variables selon les typologies de territoire

Les usages des espaces verts dépendent de l'offre existante sur les territoires. La forêt est l'espace vert le plus fréquenté (même par les habitants de la zone dense qui peuvent s'y rendre le week-end), puis ensuite le parc et après les chemins ruraux.

 

graphique fréquentation des différents espaces verts (foret numéro 1 avec 53%)

 

Les raisons principales énumérées par les habitants de fréquenter un espace vert sont la recherche de déconnexion et de calme, évoquant l'idée d'un "lieu de refuge", qui participe aussi à l'embellissement du cadre de vie. Les usages récréatifs et de sociabilité semblent moins recherchés.

usages des espaces verts

 

On remarque que certaines attentes diffèrent selon les typologies de territoire, avec la recherche de fraîcheur pour les habitants de la zone dense et périurbaine alors que ceux de la zone rurale sont sensibles au contact avec la faune et flore locales et expriment un sentiment d'éveil écologique.

La perception symbolique de la nature est quasi identique quelles que soient les typologies de territoire. L’idée de nature renvoie donc, selon les habitants, à des éléments à priori naturels (forêt, faune, eau), à des espaces peu anthropisés, en opposition peut-être à la ville.

La notion de campagne, de ruralité est aussi associée à cette idée de nature, les espaces agricoles étant perçus comme des espaces naturels, alors même qu’ils subissent fortement l’action humaine.

 

planification urbaine des communes pour plus de nature et  gestion économe de l’espace: quelle perception et acceptabilité par les habitants?

Au travers l’analyse des Plans Locaux d'Urbanisme (PADD, OAP, règlements), on constate que les communes denses sont les plus ambitieuses pour développer les espaces verts et contraindre l’emprise de l’urbanisation.

En effet, du fait probablement d’une attente forte par les habitants de plus de nature en ville, du besoin de renaturation de ces territoires pour leur équilibre écologique, les communes denses imposent un certain nombre d’objectifs pour optimiser leurs espaces non-bâtis : coefficient de pleine terre plus important, couplé avec des coefficients de biotope, OAP trame verte et bleue, coefficient d’emprise au sol réduit, construction de grande hauteur possible dans des zones ciblées…

Si l’on regarde l’évolution effective de la constructibilité des logements sur chacune des communes, on observe que les communes denses, qui sont les plus exigeantes pour maîtriser leur développement et aménager durablement leur territoire, ne sont finalement pas les communes qui densifient le plus proportionnellement au parc de logements existants. En effet, les communes périurbaines sont celles qui connaissent la plus forte augmentation de la constructibilité de logements, avec une évolution ces dix dernières années d’une augmentation de 28% de nouveaux logements, contre 12% en zone dense et 10% en zone rurale.

 

graphiques avis sur le changement

 

Il est intéressant de comparer l’évolution de la constructibilité des logements à la perception par les habitants de l’évolution de leurs communes.

 

En effet, 71% des habitants interrogés pensent que leur commune a beaucoup changé 

 

Cette évolution est d’ailleurs généralement perçue négativement, avec le sentiment que "c’était mieux avant". Cette perception du changement est plus forte chez les habitants du périurbain (86%), ce qui semble corréler avec l’augmentation importante de nouveaux logements que connaît cette typologie territoriale.

Nous avons posé la question aux habitants de savoir s’ils étaient favorables à l’accueil de nouvelles constructions sur leur commune ; sur notre échantillon global, toutes typologies confondues, 60% des habitants n’y sont pas favorables. Les ruraux semblent les plus tolérants à cette proposition avec une baisse à 49% de réponses négatives.

Mais, si l’on interroge les habitants sur les stratégies possibles de densification, il s’avère que ce sont cette fois-ci les habitants des communes denses les plus ouverts aux différentes propositions alors que les habitants des communes rurales y répondent le moins favorablement.

On peut retenir d’une manière générale qu’il y a toutefois un consensus pour rejeter la densification en augmentant la hauteur des constructions. Les propositions qui recueillent le plus d’avis positifs sont celles permettant de rénover les bâtiments vacants et de favoriser la mixité fonctionnelle verticale.

 

résumé en 3 points

 

Des réflexions ouvertes sur l'aménagement

couverture du rapportLes résultats de cette étude nous interrogent sur les choix d’aménagement pour densifier les territoires tout en permettant une offre d'espaces verts.

Dans le  cadre de projets de création de nouveaux espaces verts, nous nous questionnons s'il ne vaudrait pas mieux aménager des espaces verts par des ambiances plus naturelles, moins artificielles et interventionnistes, pour moins orienter les usages (notamment vers des activités sportives ou récréatives) et laisser une plus grande liberté dans les pratiques possibles ?

Sur les stratégies de densification, on pourrait avancer l’hypothèse que l’acceptabilité des différentes propositions est corrélée à la densité mesurée : plus on vit dans un environnement dense, plus on tolère les différentes solutions de densification ? Mais aussi que les collectivités de la zone dense ont mis en place des outils et règles pour accompagner cette évolution (PLU, chartes de la construction et des espaces publics….) qui ont pour résultats de mieux sensibiliser les habitants aux différentes stratégies possibles de densification

Ainsi, pour mieux densifier les territoires, la stratégie n’est-elle pas de sensibiliser les citoyens et acteurs de l’aménagement à l’impact écologique de l’artificialisation des sols (même s’il y a eu ces dernières années une prise de conscience des enjeux d’adaptation au changement climatique) mais également de montrer les différents modes de densification possibles, dans des contextes variés, selon le principe que "l’on accepte mieux ce que l’on connaît déjà" ?

 

L'étude sur CeremaDoc:

Les résultats de l'étude :

 

Pour toute question sur l'étude et ses résultats:

Dans le dossier Densification, sobriété et aménagement durable : les actualités du Cerema

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