2 avril 2026
MaaS
Adobestock
Les plateformes MaaS, qui permettent d’accéder à l’offre de mobilité sur un territoire, se multiplient en France. Elles s’enrichissent, offrant de nouvelles fonctionnalités, intégrant de nouveaux modes de transport, et représentent des réalités très diverses selon les contextes locaux.
Quelles sont les principales perspectives pour optimiser et pérenniser ces plateformes ? Dans le cadre de l’Observatoire du Maas, le Cerema a réalisé une étude pour analyser leurs enjeux communs et dégager quelques leviers d’action.

Le Cerema anime depuis 2020 les travaux menés au sein de l’Observatoire des MaaS (Mobilité augmentée par association de services) dans le cadre d’un dispositif partenarial initié avec la DGITM en association avec le Gart, Régions de France, l’UTPF, la FNTV, l’Alliance des mobilités, l’ADCET, Mobil'In Pulse, la Fabrique des Mobilités, AGIR Transport et Syntec Ingénierie. 

Son objectif principal est le partage de connaissances sur le concept de MaaS et les différentes thématiques qu’il comprend.

 

Plateformes MaaS : quels enjeux en 2026 ?

Dans ce cadre le Cerema a conduit une étude entre l’automne 2024 et le printemps 2025 pour identifier les difficultés, les conditions d’optimisation et de pérennisation des plateformes MaaS publiques territoriales, au nombre de 133 en 2025. Déployées depuis 2015, ces plateformes évoluent pour offrir de nouveaux services : données en temps réel, achat de titres de transport, intégration de services de mobilité partagée... L’enjeu est aujourd’hui de les consolider, de répondre aux besoins tout en sécurisant leur modèle économique et de développement.

La méthode employée par le Cerema s’appuie sur une démarche itérative, avec l’animation d’in groupe de travail pluridisciplinaire d’experts, couplé à une enquête qualitative menée auprès de 21 AOM (métropoles, syndicats mixtes, communautés d’agglomération) couvrant des plateformes en exploitation ou en projet. L’analyse articule retours de terrain et synthèses techniques pour dégager des axes opérationnels.

Deux grands enjeux sont mis en exergue pour conforter les projets engagés sur les territoires : 

  • Renforcer la valeur d’usage des services numériques de mobilité proposés par une plateforme MaaS, pour consolider le service rendu aux usagers ; 

  • Consolider le modèle de développement d’un projet MaaS et sa maîtrise par l’AOM, maître d’ouvrage.

 

Leviers d’action pour la qualité d’usage et le développement des plateformes

Après s’être étoffées, implantées dans de nouveaux territoires, les plateformes MaaS sont depuis quelques années en phase de consolidation. Les collectivités, qui jouent un rôle moteur dans leur déploiement en lien avec les opérateurs de services de transport, sont montées en compétence sur les plans technique et stratégique. Les solutions techniques se sont affinées, stabilisées ,et les systèmes tendent vers une interopérabilité à différentes échelles.

Aujourd’hui, ces plateformes sont confrontées à de nouveaux challenges, notamment conforter leur valeur d’usage et  confirmer leur impact sur le report modal. Pour renforcer la valeur d’usage, cinq leviers sont identifiés : 

  • Définir le juste niveau d’intégration des services de mobilité pour le territoire concerné : le projet maximaliste (tous les modes, toutes les fonctionnalités) est souvent hors d’atteinte, ce qui conduit les collectivités à avoir une réflexion stratégique sur les modes et fonctions à intégrer prioritairement au sein de la plateforme. Les priorités vont souvent à l’intégration des transports en communs urbains, l’information en temps réel et la vente dématérialisée de l’ensemble de la gamme de titres de transport.

  • S’assurer de la qualité de l’expérience utilisateur proposée par le service numérique, notamment pour l'acte d'achat de titres (lisibilité des titres disponibles, fluidité de l’achat/paiement, gestion de profils usagers, suivi de consommation), l’information (notifications contextualisées, offres promotionnelles, données en temps réel, calculateur d’itinéraire...). Avec le design de service, l’usager est au centre des réflexions sur le développement des plateformes, qui visent à répondre à leurs besoins de manière ergonomique. L’objectif est de fidéliser les utilisateurs et d’en attirer de nouveaux en proposant des applications dont les informations sont fiables, aisées à utiliser, proposant des parcours utilisateurs simples. 

  • Exploiter davantage le potentiel des données d’usage collectées par la plateforme, au service de l’amélioration continue de l’offre de mobilité. Pour cela, les collectivités doivent mener une réflexion stratégique et peuvent structurer le service de supervision des politiques de services de mobilité afin d’améliorer la connaissance des conditions d’usage de ces services et des usagers.

  • Optimiser les dispositifs de gestion du SAV au travers d’une stratégie de gestion de la relation usagers en lien direct avec leur plateforme MaaS, avec des informations et services personnalisés, un programme de fidélisation... Plus les fonctionnalités de distribution de titres et le nombre de modes de mobilité sont nombreux, plus l’enjeu de la gestion de la relation usager est important. L’IA peut apporter des solutions pour automatiser et personnaliser l’information voyageurs et l’interaction avec les usagers.

  • Déployer une stratégie marketing pour faire (re)connaître la valeur de l’offre de service numérique multimodale, comme véritablement facilitatrice des déplacements. Plusieurs leviers d’action existent : s’appuyer sur une stratégie d’information voyageurs, de tarification et de distribution, développer la notoriété de l’application avec une marque identifiable par tous, ou encore mettre en cohérence la stratégie MaaS avec les politiques publiques de mobilités du territoire.

 

Développer un projet MaaS : 5 recommandations

Différentes stratégies de maîtrise d’ouvrage et d’exploitation, différents modèles économiques peuvent être mis en œuvre par les AOM. Les plateformes MaaS nécessitent un investissement important et leur pérennisation est un enjeu : cinq grandes recommandations peuvent être formulées pour le développement des projets, et sont détaillées dans le rapport d’étude.

 

  • Rendre plus lisible la création de valeur associée au service pour conforter l’engagement des AOM et optimiser les coûts de développement et d’exploitation, notamment en évitant les développements "à façon" et en mutualisant des briques techniques. La collectivité a aussi tout intérêt à valoriser le retour sur investissement de la plateforme, les gains en termes de services aux usagers, d’augmentation des recettes, de développement de nouveaux usages ; 

  • Simplifier l’architecture technique de ces plateformes, avec des systèmes modulaires interfacés de manière standardisée et s’appuyant sur des briques techniques mutualisées, "biens communs numériques", qui sont des facteurs d’interopérabilité et d’économie d’échelles (ex : M-ticket au format Code-Barre 2D normalisé). Le développement et la maintenance de briques techniques peuvent être mutualisés entre AOM. On observe que des évolutions importantes peuvent être nécessaires en phase de développement, ou que des territoires utilisant un modèle standard peuvent rencontrer des difficultés d’adaptation locale ou d’évolution de la plateforme : il est important de bien définir en amont l’architecture nécessaire, d’anticiper les enjeux de maintenance et d’exploitation, et d’avoir une approche agile qui permet de faire évoluer l’outil ;

  • Structurer, à l’échelle du territoire, des référentiels de données multimodales selon les standards et normes établis en France, qui soient partagés et de qualité (y compris en temps réel). Cette démarche de gestion des données repose notamment sur la capacité à coordonner l’ensemble des parties prenantes (opérateurs de transports, fournisseurs de services de mobilité opérant sur le territoire). La gestion des données recouvre ainsi des enjeux d’interopérabilité, d’administration des données, d’intégration des normes et standards ;

  • Structurer un cadre de gouvernance, aussi bien stratégique qu’opérationnelle, au titre du projet MaaS pour mieux mobiliser différentes parties prenantes (AOM, opérateurs de TC, opérateurs des mobilités partagées), notamment une gouvernance de la donnée pour la collecte, l’agrégation, le partage et la publication des données. La structuration de cette gouvernance, par exemple dans une charte, permet d’organiser le bon niveau de mobilisation des parties prenantes ainsi que les principes de partage et d’interopérabilité ; 

  • Consolider au sein des collectivités les compétences clés en gestion de projets numériques, ingénierie des données, systèmes d’informations et systèmes billettiques. L’objectif est de bien dimensionner les moyens humains nécessaires, de les développer et de les pérenniser. 

Le rapport d'étude est sur CeremaDoc :

Dans le dossier Mobility as a service MaaS

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