Les navettes maritimes et fluviales sont au croisement d’enjeux forts comme la mobilité, la décarbonation des transports, la gestion des flux touristiques et l’adaptation au changement climatique. De telles liaisons existent en territoires ultramarins, où elles apparaissent comme une solution pertinente pour les déplacements du quotidien. Les potentiels futurs restent à questionner.
Un séminaire s’est déroulé en Martinique, les 2 et 3 décembre 2025, portant sur l’intermodalité Terre - Mer et Fleuves. Organisé par la cellule France Mobilité Antilles Guyane (guichet unique regroupant les services de l’Etat financeurs et experts sur le sujet des nouvelles mobilités en Guadeloupe, Martinique et Guyane que sont le Cerema, les DEAL/DGTM, l’Ademe, l’ANCT, la Banque des territoires), cet évènement avait pour objectif de faire se rencontrer les acteurs de la mobilité terrestre et maritime des 3 régions, échanger sur les retours d’expériences et les projets à venir.
Ces deux journées réparties en quatre séquences qui ont permis une approche globale de la réglementation avec les spécificités de navigation maritime et fluviale, l’analyse des enjeux en termes de services TC et d’intermodalité et les leviers d'action disponibles pour les acteurs locaux. Elles ont été le lieu de très riches échanges entre participants des sphères publiques et privées, en réunissant collectivités, services de l’Etat, opérateurs privés.
Une première journée en format plénière
Le séminaire a été ouvert par Madame Stéphanie Mathey, directrice de la DEAL Martinique, qui a rappelé l’importance de développer des modes alternatifs à la voiture au regard du renforcement des normes européennes en la matière. Il est à noter que l’énergie est à ce jour, carbonée à 85% en Martinique. La question du développement durable se pose pour se nourrir, travailler, se loger, d’où la nécessité d'avoir des flux de transports fiabilisés pour répondre au droit de chacun à la mobilité.
Institutions et experts ont fait part des points incontournables de la réglementation, en particulier celle portant sur la création de services de transport maritime de personnes, de transport fluvial de personnes y compris les spécificités guyanaises, et de la réglementation définie par la LOM .
La DEAL Guadeloupe et le Cerema (David Collas et Nicolas Pitout) ont rappelé les différentes Autorités Organisatrices des Mobilités (AOM), leur rôle selon l'échelle géographique (notamment les spécificités régionales dans le cadre des Antilles et de la Guyane) et leurs compétences (organisation des transports collectifs, développement des modes actifs...). Les outils de coopération entre AOM : les comité des partenaires , les bassins de mobilité accompagnés de leur contrat opérationnel initiés par les régions et les financements mobilisables(versement mobilité) ont été présentés.
La Direction de la Mer a évoqué le cadre réglementaire lié aux différents services de transports maritime de passagers (Nicolas Singellos, Directeur adjoint de la Direction de la Mer-Martinique). Des précisions ont été apportées pour le transport fluvial en Guyane (M.NOYON-Directeur adjoint de la mer au sein de la DGTM).
L’ADEME (Philippe Cauneau) a fait le point sur les choix énergétiques et les flottes envisageables pour l’accélération de la transition écologique dans le transport maritime. Le Cerema (Sandrine Rousic, Marie Couvrat-Desvergnes) a fait un tour d’horizon des navettes maritimes de passagers, le domaine de pertinence avec leurs avantages et obstacles comme mode de déplacement, leur intégration dans les réseaux TC et l’importance d’une bonne intermodalité avec des pôles d’échange qui répondent aux besoins et usages des voyageurs. Il a été également présenté des actions de management de la mobilité et des bonnes pratiques à mettre en œuvre pour améliorer la mobilité du quotidien (création d'infrastructures d'intermodalité "lisibles" et attractives quelque soit leur échelle).
Parmi les pistes de décarbonation des navires :
- l'hybride est aujourd'hui le meilleur compromis entre une solution 100% carbonée et le " tout décarboné". Toutefois les conditions fluviales et maritimes sont déterminantes au choix de motorisation, une solution étant difficilement duplicable d'un territoire à un autre).
- L'intégration des offres maritimes ou fluviales à la tarification et l'information voyageurs du réseau de transport
- Remettre l'usager au cœur du système en s'appuyant sur les outils du management de la mobilité.
Retours d'expériences
De nombreux acteurs notamment ultramarins ont partagé leurs retours d'expérience en réponse aux enjeux d’aujourd’hui et de demain, permettant une meilleure illustration de la séquence du matin. Différents territoires ont ainsi témoigné des expérimentation et réflexions menées à Lorient, Mayotte, en Martinique et à Toulon. Maria Colas pour Lorient, Hakim Madi de la DEALM de Mayotte, Sully Bourgeois de Martinique transport, Tony Léger de Blues Lines, Jean-Yves Dubourg de Toulon, M. Todiard de la CACEM et M.Barlet du Grand Port Maritime de La Martinique) ont évoqué les ressorts ayant permis de se tourner vers ces modes en complémentarité des modes terrestres (transports collectifs, bus, co voiturage, déplacement doux ou actifs), et de développer davantage des questions opérationnelles quant à l'exploitation des réseaux intégrant une composante fluviale ou maritime, tout en s'interrogeant sur la résilience de nos infrastructures et territoires.
Une seconde matinée permettant l'expression de l'intelligence collective
Des ateliers ont permis de réfléchir collectivement à des sujets aussi variés que la résilience et l'aménagement d'infrastructures, la gouvernance le financement et la planification des mobilités, la complémentarité des modes maritimes et terrestres et les intermodalités à prévoir à l'interface entre les deux. L'occasion de revenir sur les concepts et exemples abordées lors de la première journée pour aller un peu plus loin dans notre compréhension collective.
Atelier 1: Services maritimes/fluviaux en complémentarité des transports terrestres, intermodalité, niveau de service, opportunités
(Animation Sandrine ROUSIC & Jean-Yves DUBOURG)
Après un échange participatif sur les échos de la veille et les parallèles des REX présentés avec les 3 régions respectives, il en ressort beaucoup de questionnements sur le besoin de complémentarité des modes (terrestres et maritimes) afin de réduire la congestion routière et améliorer l’offre TC vers les territoires mal desservis, et sur les aménagements et technologies nécessaires pour favoriser l’intermodalité, sécuriser le parcours usagers et réduire la rupture de charge. Les participants de l’atelier ont ensuite débattu sur deux thématiques fortes (l’offre de service en navettes maritimes et l’intermodalité terre-mer) dans une logique "ce qu’on garde, ce qu’on supprime, ce qu’on transforme, ce qu’on améliore" et à partir des cartes des 3 régions où ils ont pu pointer des sections pertinentes.
De manière unanime, les navettes maritimes de Fort-de-France sont plébiscitées. Le niveau de service, MT Ticket, le SAE et les lignes en développement montrent que les services maritimes répondent à un besoin des habitants et des touristes. Mais en parallèle, l’intermodalité entre modes doit être améliorée (signalisation, plan de situation, interopérabilité, stationnement vélos, cheminements sécurisés...), ainsi que la qualité de service des bus. Il est aujourd’hui nécessaire d’étudier tout le potentiel maritime/fluvial à partir des données (INSEE, EMC2, existence pontons) et de s’appuyer sur les expériences locales pour développer des réponses adaptées (bus des mers, taxi-boat et transport à la demande maritime, niveau de service inter-îles). L’intérêt de concerter davantage avec les habitants, la nécessité de mieux coordonner les offres TC entre elles et le besoin d’échanges entre acteurs AOMs, exploitants des bus et armateurs.. (comités, PCC bus/maritime,…) ont été également pointées.
Atelier 2: Gouvernance, financement, intégration tarifaire, coordination des services maritimes et fluviaux publics/privés

(Coordination Régine Lebel et David Collas)
En l'absence d'ambition politique à analyser sous les prismes de la gouvernance, de la nécessité d'équilibre financier et d'intégration dans les outils de planification territoriale, l'atelier a permis de revoir les concepts abordés lors de la plénière et de les confrontés aux réalités de nos territoires. Les participants et animateurs issus de Guadeloupe, de Guyane et de Martinique, de la sphère publique, de la sphère privée et du tissu associatif ont pu contribuer à un enrichissement mutuel par les interrogations posées et les connaissances partagées en retour.
Ces questions ont notamment portées sur la difficulté à mettre en place des comités des partenaires, la difficulté à concilier organisation des mobilités par un unique établissement public et bonne appropriation de cette thématique par les collectivités territoriales qui ont transféré la compétence mais restent compétentes en matière de transition énergétique, d'aménagement, etc., la fiscalité locale pour les mobilités et les mécanismes à l’œuvre en cas d'évolution de périmètre organisationnel, les liens à créer entre les démarches de révision des SAR et les réflexions prospectives pour une mobilité plus durable.
Atelier 3: Infrastructures portuaires, innovations, résilience et maîtrise d'ouvrage

(Coordination Gilles Lima, Françoise Synesius, Marie Couvrat-Desvergnes)
A travers un parcours usager, les 3 tables de travail ont ciblé les innovations possibles à mettre en place (innovations technologiques mais également organisationnelles). L'ajout d'un aléa climatique réel (et qui devrait devenir plus fréquent: une forte sécheresse /fortes chaleur et tempête/inondations) a permis aux participants de réfléchir aux aménagements et aux organisations à mettre en œuvre de manière pérenne.
L'objectif de l'atelier était que chacun reparte avec une définition plus claire de la résilience afin d'être en capacité d'intégrer dès aujourd'hui l'impact du changement climatique sur les actions en lien avec les systèmes mobilité et ainsi adapter les méthodes et les outils.
Une visite sur site autour de l'intermodalité terre-mer
Martinique Transport, sa Régie des transports exploitant le BHNS et son délégataire Blue Lines nous ont offert une visite permettant de faire l'expérience des services de transport massifiés de Martinique et d’entrevoir les perspectives d'évolutions (notamment en matière de liaisons maritimes) et d'amélioration de ses services en écho aux différents sujets abordés lors du séminaire.
La visite a permis de tester l'intermodalité terrestre et maritime en proposant d'emprunter un trajet en navette maritime de Shoelcher à Fort de France puis le BHNS de la ville jusqu'au dépôt de bus proche de l'aéroport de Martinique. Les participants ont ainsi pu identifier les accès et les aménagements des points d'attente, l'aménagement des espaces de transition entre les modes, la performance en termes de confort et temps d'attente....
Ce séminaire financé par la cellule France mobilité s'inscrit dans la dynamique des Conférences Techniques Territoriales du Cerema. Son organisation a associé en plus des membres de la cellule le CNFPT, Martinique Transport, Blue Lines et Step Group.
Les organisateurs espèrent que ce séminaire ne soit qu'une première étape dans le développement de services de transports maritimes et fluviaux sur nos territoires, complété par un parcours de formation et des projets locaux que nous aurons plaisir à valoriser lors d'un prochain séminaire dans les années à venir.
