9 mars 2026
Route enneigée
Wikimedia commons
Les pratiques en matière de viabilité hivernale évoluent pour répondre aux enjeux climatiques et environnementaux. Les référentiels du domaine ont été rédigés dans les années 1980-1990, quand les phénomènes de neige et verglas étaient plus fréquents. L’enjeu est aujourd’hui de réinterroger l’organisation pour s’adapter à des épisodes de neige et verglas plus rares mais potentiellement plus intenses.

Le Cerema, spécialiste de la viabilité hivernale, a réalisé une étude sur l’évolution des phénomènes hivernaux (neige et verglas) et sur l’impact sur l’organisation de la Viabilité Hivernale. Des pistes de réflexion sur l’évolutions des  pratiques et des organisations de viabilité hivernale sont proposés, ainsi qu’une méthodologie de réflexion pour permettre aux gestionnaires routiers d’engager leurs diagnostics.

Une seconde phase associant des gestionnaires routiers, permettra d’évaluer et d’approfondir les axes proposés dans différents contextes opérationnels pour éventuellement, à moyen terme, proposer une évolution de la doctrine en matière de viabilité hivernale, adaptée aux différents contextes climatiques.

 

Prendre en compte les impacts du changement climatique dans la gestion de la viabilité hivernale

Les projections climatiques montrent que les températures et les précipitations hivernales vont augmenter avec :

  • En plaine, une diminution du nombre de jours de neige et de verglas. Une augmentation de la fréquence des épisodes de pluies en surfusion ("pluies verglaçantes") est cependant possible. La viabilité hivernale se concentrera davantage sur la gestion d’épisodes occasionnels voire exceptionnels de neige ou de verglas.
  • En montagne, une élévation de la limite pluie-neige et donc une zone "montagne" plus réduite. L’augmentation du nombre de jours de gel/dégel peut avoir un impact sur le type de neige (plus humide avec risque accru d’avalanches) et la présence de verglas.

Cette évolution, variable suivant les régions, impose de définir des stratégies différentiées suivant les secteurs climatiques.

Le Cerema a réalisé des cartes permettant d’appréhender l’évolution des fréquences des phénomènes de neige et de gel entre la période dite de référence (observations Météo-France spatialisées 1975-2004), l’actuel (observations Météo-France spatialisées 2005-2024) et l’avenir proche (prévisions DRIAS 2031-2050).

 

Exemple de cartes : cumul de neige annuel moyen, pour la période de référence et les projections 2031-2050 / Cerema 

 

35% du territoire va changer de catégorie hivernale d’ici à 2050, c’est-à-dire que les phénomènes principaux qui nécessiteront de mettre en œuvre la viabilité hivernale vont changer : organisation à faire évoluer pour gérer des épisodes occasionnels plutôt qu’habituels, adaptation des pratiques et des matériels pour favoriser le traitement du verglas par rapport à celui de la neige (sauf secteurs de haute montagne), nécessité de développer la connaissance et les techniques pour mieux gérer les précipitations verglaçantes (pluies en surfusion). 

L’enjeu est d’adapter la stratégie au type et à la fréquence des phénomènes de neige et verglas :

 

  • Dans les zones où verglas et neige sont des phénomènes habituels, l’organisation régulière sera toujours construite autour de la problématique neige (dimensionnement des circuits autour du raclage, utilisation de sel en grain et bouillie, etc.), y compris le risque avalanche.
  • Pour les zones confrontées plus fréquemment au verglas et rarement à la neige, le service devra se réorienter suivant une stratégie plutôt de type "verglas" (stratégies précuratives, circuit plus rapide, recours plus fréquent à la saumure avec investissement dans des matériels adéquat, etc.).
  • Pour les zones les moins exposées, le mode de gestion s’apparente alors à de la résilience : gérer au mieux l’événement, maintenir les fonctionnalités essentielles et les accès des secours, limiter les risques pour les personnes, puis organiser le retour progressif à la normale.

Quelles évolutions possibles dans les pratiques ?

Le Cerema a pris en compte trois temporalités dans la gestion de la viabilité hivernale, en fonction de la fréquence des événements hivernaux :

  • L’organisation régulière mise en place tout au long de la saison hivernale devant permettre de gérer l’ensemble des phénomènes météorologiques habituels ;
  • L’organisation adaptée activée ponctuellement pour gérer les phénomènes météorologiques occasionnels ;
  • L’organisation exceptionnelle pour gérer les phénomènes hivernaux rares ou exceptionnels par leur intensité, leur étendue ou le risque pour l’usager. Cette organisation s’inscrit davantage dans une logique de résilience.
Cerema

Le rapport d’étude présente une synthèse des pratiques classiques et des évolutions proposées selon ces trois temporalités. Une méthode pour réinterroger les pratiques afin d’adapter le niveau de service et prioriser les interventions a été définie :

  • Analyse de la situation climatique sur la base de cartes de fréquences et d’intensité de neige et de verglas, pour définir ce qui est habituel, occasionnel ou exceptionnel. Des cartes des fréquences de neige, verglas et des températures minimales présentent la situation passée, actuelle et projetée à l’horizon 2031-2050.
  • Choix d’une stratégie de dimensionnement entre "neige", "mixte", "verglas" et "exceptionnelle".
  • Description des impacts sur l’organisation générale de la viabilité hivernale ;
  • La réflexion sur l’évolution de l’organisation (régulière, adaptée et exceptionnelle) : pour les niveaux de service, les circuits, les moyens humains et matériels, la veille météorologique et les outils d’aide à la décision.
  • Identification des modes de gestion des événements exceptionnels liés à d’autres actions que la viabilité hivernale, comme la gestion du trafic, la communication.

L’étude précise les critères à prendre en compte pour l’organisation des circuits afin d’assurer le niveau de service fixé, aussi bien pour l’organisation régulière que l’organisation adaptée et la gestion des événements exceptionnels, ainsi que pour la gestion des moyens humains et des compétences et pour les moyens matériels.

Enfin, un focus est proposé sur la gestion des événements exceptionnels, dont l’objectif est d’éviter le basculement en situation de crise avec des accidents graves, des véhicules bloqués sur les routes.

La viabilité hivernale, modèle pour sécuriser les réseaux routiers toute l’année ?

Le mode de gestion de la viabilité hivernale est efficace pour gérer les épisodes hivernaux, mais pourrait aussi être repris pour la gestion d’autres aléas météorologiques (inondations, tempêtes etc.) sur les réseaux routiers. En effet, les principes de la viabilité hivernale peuvent être appliqués à l’année face aux inondations :

  • La hiérarchisation du réseau et la définition de niveaux de service pour traiter en priorité les axes stratégiques (accès secours, approvisionnement…) puis organiser un retour à la normale progressif
  • La veille météorologique : comprendre et anticiper les phénomènes pour adapter la stratégie d’action
  • L’identification des points sensibles pour cibler les interventions
  • La chaîne de prise de décision
  • L’identification des moyens humains et matériels mobilisables
  • Les plans intempéries zonaux ou locaux