Le Cerema, spécialiste de la viabilité hivernale, a réalisé une étude sur l’évolution des phénomènes hivernaux (neige et verglas) et sur l’impact sur l’organisation de la Viabilité Hivernale. Des pistes de réflexion sur l’évolutions des pratiques et des organisations de viabilité hivernale sont proposés, ainsi qu’une méthodologie de réflexion pour permettre aux gestionnaires routiers d’engager leurs diagnostics.
Une seconde phase associant des gestionnaires routiers, permettra d’évaluer et d’approfondir les axes proposés dans différents contextes opérationnels pour éventuellement, à moyen terme, proposer une évolution de la doctrine en matière de viabilité hivernale, adaptée aux différents contextes climatiques.
Prendre en compte les impacts du changement climatique dans la gestion de la viabilité hivernale
Les projections climatiques montrent que les températures et les précipitations hivernales vont augmenter avec :
- En plaine, une diminution du nombre de jours de neige et de verglas. Une augmentation de la fréquence des épisodes de pluies en surfusion ("pluies verglaçantes") est cependant possible. La viabilité hivernale se concentrera davantage sur la gestion d’épisodes occasionnels voire exceptionnels de neige ou de verglas.
- En montagne, une élévation de la limite pluie-neige et donc une zone "montagne" plus réduite. L’augmentation du nombre de jours de gel/dégel peut avoir un impact sur le type de neige (plus humide avec risque accru d’avalanches) et la présence de verglas.
Cette évolution, variable suivant les régions, impose de définir des stratégies différentiées suivant les secteurs climatiques.
Le Cerema a réalisé des cartes permettant d’appréhender l’évolution des fréquences des phénomènes de neige et de gel entre la période dite de référence (observations Météo-France spatialisées 1975-2004), l’actuel (observations Météo-France spatialisées 2005-2024) et l’avenir proche (prévisions DRIAS 2031-2050).
35% du territoire va changer de catégorie hivernale d’ici à 2050, c’est-à-dire que les phénomènes principaux qui nécessiteront de mettre en œuvre la viabilité hivernale vont changer : organisation à faire évoluer pour gérer des épisodes occasionnels plutôt qu’habituels, adaptation des pratiques et des matériels pour favoriser le traitement du verglas par rapport à celui de la neige (sauf secteurs de haute montagne), nécessité de développer la connaissance et les techniques pour mieux gérer les précipitations verglaçantes (pluies en surfusion).
L’enjeu est d’adapter la stratégie au type et à la fréquence des phénomènes de neige et verglas :
Quelles évolutions possibles dans les pratiques ?
Le Cerema a pris en compte trois temporalités dans la gestion de la viabilité hivernale, en fonction de la fréquence des événements hivernaux :
- L’organisation régulière mise en place tout au long de la saison hivernale devant permettre de gérer l’ensemble des phénomènes météorologiques habituels ;
- L’organisation adaptée activée ponctuellement pour gérer les phénomènes météorologiques occasionnels ;
- L’organisation exceptionnelle pour gérer les phénomènes hivernaux rares ou exceptionnels par leur intensité, leur étendue ou le risque pour l’usager. Cette organisation s’inscrit davantage dans une logique de résilience.
Le rapport d’étude présente une synthèse des pratiques classiques et des évolutions proposées selon ces trois temporalités. Une méthode pour réinterroger les pratiques afin d’adapter le niveau de service et prioriser les interventions a été définie :
- Analyse de la situation climatique sur la base de cartes de fréquences et d’intensité de neige et de verglas, pour définir ce qui est habituel, occasionnel ou exceptionnel. Des cartes des fréquences de neige, verglas et des températures minimales présentent la situation passée, actuelle et projetée à l’horizon 2031-2050.
- Choix d’une stratégie de dimensionnement entre "neige", "mixte", "verglas" et "exceptionnelle".
- Description des impacts sur l’organisation générale de la viabilité hivernale ;
- La réflexion sur l’évolution de l’organisation (régulière, adaptée et exceptionnelle) : pour les niveaux de service, les circuits, les moyens humains et matériels, la veille météorologique et les outils d’aide à la décision.
- Identification des modes de gestion des événements exceptionnels liés à d’autres actions que la viabilité hivernale, comme la gestion du trafic, la communication.
L’étude précise les critères à prendre en compte pour l’organisation des circuits afin d’assurer le niveau de service fixé, aussi bien pour l’organisation régulière que l’organisation adaptée et la gestion des événements exceptionnels, ainsi que pour la gestion des moyens humains et des compétences et pour les moyens matériels.
Enfin, un focus est proposé sur la gestion des événements exceptionnels, dont l’objectif est d’éviter le basculement en situation de crise avec des accidents graves, des véhicules bloqués sur les routes.

