9 janvier 2020
Arbre en ville
edmondlafoto de Pixabay
Les arbres jouent un rôle fondamental pour l’environnement et pour l’Homme : puits carbone, refuge pour la biodiversité, lutte contre l’érosion, épuration des sols, etc.
Mais, comment les intégrer dans les projets d’aménagement ? Quels sont leurs atouts et leurs rôles pour un territoire ? Quelles différences entre la ville et la campagne ?

Pour mieux appréhender les enjeux autour de l’arbre et les contraintes d’aménagement, la Direction départementale des territoires et de la mer des Pyrénées Atlantiques et l’Agence d'Urbanisme Atlantique et Pyrénées ont organisé un séminaire à Serres Castet le 16 décembre dernier.
Le Cerema s’est mobilisé dans l’organisation de cette rencontre au bénéfice des collectivités territoriales, leurs élus et leurs techniciens.
Cette journée fut orientée vers la sensibilisation et la valorisation des retours d’expériences.

Aménager avec les arbres

 

Nombreux sont les services rendus par les arbres à l’Homme et à l’environnement : services écosystémiques, qualité paysagère, atouts économiques.

Si certains des rôles qui leur sont attribués ne sont pas spécifiques en milieu urbain ou rural (refuge pour la biodiversité, lutte contre l’érosion, épuration de l’eau), d’autres sont plus recherchés en milieu urbain comme la réduction des îlots de chaleur, la qualité paysagère et la valorisation d’un espace public, ou encore l’attractivité économique qu’ils génèrent.

Toutefois, tirer parti de ces atouts requiert de bien comprendre les contraintes propres à l’intégration de l’arbre dans son environnement.

 

 

Arbre

Les services rendus par l’arbre en ville

(François FREYTET, responsable du service « arbre en ville » à la ville de Toulouse) Freytet

L’arbre en ville a longtemps été perçu uniquement selon une approche paysagère. Si aujourd’hui il est toujours investi d’une fonction esthétique majeure, son rôle va plus loin que l’aspect ornemental.

L’arbre procure tout d’abord de nombreux services écosystémiques.

Il est notamment support de biodiversité, offrant abris à une faune et une flore diversifiée.

 

Il est également source d’une gestion écologique de l’eau urbaine, en interceptant une partie des précipitations, en régulant son stockage, ou encore en améliorant sa qualité. Il permet de stabiliser les sols en limitant l’érosion ; grâce à leurs systèmes racinaires, les arbres préservent les sols en prévenant par exemple les glissements de terrain et les coulées de boue, mais également en ayant des effets particulièrement efficaces en matière de phytoremédiation (dépollution des sols).

Ombrages

L’un des rôles majeurs de l’arbre en ville est de réduire les îlots de chaleur urbains qui vont s’accroître dans le contexte actuel de changements climatiques. Les arbres jouent un rôle de climatiseur en réduisant les températures grâce à des mécanismes d’évapotranspiration, de création de mini-courants d’air et par les ombrages qu’ils procurent.

L’arbre urbain contribue également à la purification de l’air qui peut être pollué en ville.

 

L’arbre est source de bien-être. Il est générateur d’un cadre de vie agréable favorable au bien vivre, aux rencontres (création de lien social) et à la vitalité des espaces publics.

Ces aménités ne s’arrêtent pas là puisqu’un environnement arboré riche et diversifié a des effets apaisants reconnus et favorise le bien-être psychologique et la santé (moins de stress, plus de pratiques sportives et donc moins de maladies cardio-vasculaires, moins d’obésité…).

 

L’arbre est également un facteur d’attractivité. Il est le symbole d’une qualité paysagère et environnementale de l’espace public, et peut donc générer des bénéfices d’ordre économique : vitalité de quartiers et de centres-ville, augmentation financière des biens immobiliers à proximité.

Les divers bénéfices liés aux fonctions de l’arbre urbain sont donc nombreux. Promouvoir l’arbre en ville est nécessaire pour notre qualité de vie.

 

Le bon arbre au bon endroit

(Pierre OUALLET, chargé d’études en aménagement & milieux naturels au Cerema)

Arbre en ville

Le milieu urbain est hostile ou défavorable pour la végétation, et plus spécifiquement pour les arbres. Ils doivent notamment :

  • s’adapter à de faibles ressources en lumière, en sol, et en eau (eau du sol mais aussi humidité de l’air : vent desséchant, faible hygrométrie, évapotranspiration intense…) ;
  • supporter les pollutions aériennes (NOx, SO2, O3), les pollutions du sol (huiles, hydrocarbures, métaux lourds) et les pollutions lumineuses ;
  • être capables de s’adapter à des contextes très changeants ;
  • avoir un développement racinaire compatible avec l’urbanisme et les réseaux ;
  • ou encore avoir un développement aérien compatible avec l’urbanisme et les activités du site cible.

À cela s’ajoutent des changements climatiques à anticiper et des attentes sociétales fortes à satisfaire.

Implanter des arbres en ville n’est donc pas chose aisée. De nombreux pièges sont à éviter.

Il est nécessaire d’anticiper les contraintes et notamment celles liées aux changements climatiques (stress hydriques, pics de chaleur), au sol en faible volume et de mauvaise qualité, aux volumes aériens adéquats, aux espèces allergènes, aux espèces invasives, ou encore à la présence des réseaux sur l’espace public.

 

Une véritable réflexion en amont du projet doit avoir lieu.

Le choix du végétal devra se faire en tenant compte :

  • des caractéristiques écologiques du site ;
  • de l’écophysiologie des espèces (ou l’autécologie) ;
  • de la capacité de l’essence sélectionnée pour s’adapter aux changements climatiques ;
  • de la production des arbres en pépinière : provenance locale, sous espèce adaptée, diversité génétique, commande des arbres au bon moment auprès des pépiniéristes ;
  • de la fonction qui sera attribuée à l’arbre : réduction des îlots de chaleur, paysage, épuration de l’eau…

 

Le projet SÉSAME : Services EcoSystémiques rendus par les Arbres Modulés selon l’Essence

Il s’agit d’un outil développé par le Cerema avec la ville de Metz et Metz Métropole afin de choisir quelle essence planter en fonction des services rendus espérés (réduction des îlots de chaleur, support de biodiversité, fixation des particules fines, rôle paysager...).

Cette méthodologie prend également en compte les contraintes que peuvent représenter les végétaux : risque allergique, branches cassantes, dépôt de miellat, fruits pouvant occasionner des dommages, racines potentiellement intrusives dans les réseaux souterrains ou susceptibles de soulever les revêtements de surface…

Le Cerema cherche actuellement à développer cet outil avec d’autres collectivités dans le cadre de partenariats.

 

Les retours d’expériences...

en milieu rural

(Karine PELOSSE, Directrice de la Maison de la Nature et de l’Environnement 65)

Arbre campagne

La Maison de la Nature et de l’Environnement des Hautes-Pyrénées est revenue sur les multiples actions que son pôle « Arbres et paysage 65 » mène au sein du monde rural sur la thématique de l’arbre. Les interventions locales de la MNE 65 sont nombreuses :

  • développement du label végétal local ;
  • réalisation de haies bocagères en milieux agricoles et le long des routes ;
  • appui au développement de la régénération naturelle des arbres ;
  • soutien à l’agroforesterie ;
  • contribution à la préservation d’un patrimoine arboré d’exception : arbres têtards, arbres remarquables… ;
  • ou encore pédagogie auprès du public scolaire notamment : formations, sensibilisations, plantations, inventaires...

 

Les actions de la MNE des Hautes-Pyrénées vont au-delà des limites départementales dans la mesure où elle s’intègre dans un réseau régional et national en faveur de la promotion des arbres « hors forêt ». Elle travaille au sein de nombreux projets partenariaux comme celui de l’évaluation des services rendus par les arbres (IGN, Région Occitanie) ou encore la création d’un outil cartographique à l’échelle d’un bassin versant mettant en évidence les enjeux d’érosion de la biodiversité (projet Cart’Oc avec l’Agence de l’eau Adour Garonne).

Les avantages procurés par la marque « végétal local » ont été rappelés : diversité génétique des plantations, meilleure résistance aux perturbations naturelles et aux aléas climatiques, restauration ou réhabilitation d’écosystèmes et des paysages locaux.

Afin de faciliter la reproductibilité des actions sur d’autres territoires, les freins et les leviers d’actions pour promouvoir l’arbre « hors forêts » ont été évoqués. 

 

...et en milieu urbain

(Annie TARDIVON, Paysagiste DPLG - Urbaniste OPQU, Conseil de l’État)

L’intervention d’une paysagiste, Conseil de l’État, a enrichi la journée avec la présentation d’exemples illustrés et chiffrés de réalisations de collectivités ayant comme fil conducteur l’arbre en ville :

  • le renouvellement du quartier Marbé à Mâcon ;
  • la rénovation de la place du 8 mai à Lyon ;
  • la rénovation urbaine de la Cerisaie à Villiers-le-Bel ;
  • la rénovation des quais du Rhône à Lyon.
Rives Lyon

Tous les supports de présentations de cette journée sont disponibles sur le site de l’AUDAP.