Face à l'urgence climatique et à un contexte économique contraint, la performance des bâtiments publics est plus que jamais au cœur des préoccupations. C'est dans ce cadre que la direction territoriale Méditerranée du Cerema a organisé, le 17 juin 2025 à Aix-en-Provence, une conférence technique territoriale « Confort et Efficacité : les petits pas qui comptent ». L'objectif : explorer des solutions concrètes, souvent à faible investissement, pour améliorer l'efficacité énergétique et le confort d'été des bâtiments publics.
Cette journée, riche en partages d'expériences, a réuni une diversité d'acteurs — collectivités, gestionnaires de patrimoine, bureaux d'études et experts — prouvant que l'innovation et le pragmatisme sont des leviers puissants pour répondre aux défis de demain, sans attendre les rénovations lourdes.
Une matinée dédiée à l'efficacité énergétique et aux leviers concrets
La session matinale a posé les bases d'une approche pragmatique de la performance énergétique, où chaque action, même modeste, contribue à un objectif global ambitieux.
Contexte et enjeux : l'ingénierie avant tout
En ouverture, Pierrick Degardin, directeur adjoint du programme ACTEE (FNCCR) a dressé un panorama clair des enjeux. Si la tendance structurelle des coûts de l'énergie est à la hausse, il a rappelé que « les rénovations lourdes ne suffiront pas » à elles seules. Le véritable enjeu réside dans la capacité des collectivités à mobiliser l'ingénierie technique et financière.
Le programme ACTEE, financé par les Certificats d'Économies d'Énergie (CEE), a déjà accompagné plus de 6 000 communes sur 15 000 bâtiments. Pourtant, un constat surprenant émerge : la difficulté n'est pas tant le manque de fonds que la capacité à les dépenser et à recruter les compétences nécessaires pour piloter les projets. L'évolution réglementaire, avec la nouvelle directive européenne sur l'énergie, ne fera que renforcer cette nécessité d'agir de manière structurée.
Les challenges CUBE : quand l'énergie devient un jeu d'équipe

Les concours CUBE, organisés sous forme de compétition entre bâtiments regroupés en ligues intégrées au Championnat de France des économies d’énergie, encouragent le partage des bonnes pratiques et la sensibilisation aux enjeux énergétiques. Ils s'inscrivent pleinement dans la dynamique impulsée par le dispositif éco-énergie tertiaire qui fixe des objectifs de réduction de la consommation énergétique pour l'ensemble du parc tertiaire, d'au moins -40% en 2030, -50% en 2040 et -60% en 2050.
Ces challenges, dont certains sont accompagnés sur le terrain par le Cerema ont été présentés par Nathalie Antonucci et Vera Landès du Cerema. Ils incarnent parfaitement la philosophie des "petits pas". Cette compétition ludique et conviviale mobilise les usagers pour réaliser un maximum d'économies d'énergie sans investissement lourd. Les témoignages du terrain ont illustré son efficacité :
- Christophe Racouchot et Serge Agostini ont présenté le cas du centre des finances publiques « La Cible » à Aix-en-Provence, accompagné dans le cadre du challenge CUBE État. Déjà performant suite à des travaux, le site a encore réduit sa consommation grâce à CUBE. Des actions simples comme la reprogrammation du chauffage pour couper les week-ends ont généré 68 % d'économies sur ces périodes. La clé : la sensibilisation et l'implication du personnel.
- Au collège La Marquisanne, investi dans la démarche ACTEE Cube.S, l'enseignant Christian Costes a démontré la puissance de l'approche pédagogique. Les « éco-délégués » se sont emparés du sujet via des projets concrets et multidisciplinaires : analyse du bâtiment à la caméra thermique, dimensionnement d'une cuve de récupération d'eau de pluie ou encore création d'un atelier de réparabilité.
Présentations
Pilotage fin et contrats de performance : l'exemple de Vitrolles
La ville de Vitrolles, accompagnée par Equans, a montré comment la technologie peut démultiplier l'impact des actions. Rachel Le Pors, Aurélie Triquet et Florian Trantesaux ont détaillé une stratégie à plusieurs niveaux :
- Au groupe scolaire Picasso, l'installation d'une GTB sur des radiateurs électriques a permis une réduction de 40 % des consommations.
- Au gymnase, un outil d'hypervision a permis de détecter et corriger instantanément des anomalies, comme un chauffage resté allumé tout un week-end.
- Une « régulation terminale intelligente » sur un site déjà rénové a encore généré 20 % d'économies de gaz.
Ces exemples prouvent que l'optimisation est un processus continu, où la donnée et la communication avec les usagers sont essentielles.
Décrets Tertiaire et BACS : des obligations comme leviers d'action

Clément Peyrol du Cerema a rappelé le cadre réglementaire. Loin d'être une simple contrainte, le Décret Tertiaire offre de la flexibilité, notamment grâce à la possibilité de mutualiser les résultats à l'échelle d'un patrimoine.
Le Décret BACS, qui impose l'installation de systèmes d'automatisation et de contrôle, a été présenté non pas comme une charge supplémentaire, mais comme un formidable levier pour atteindre les objectifs du Décret Tertiaire. La clé est de viser des systèmes simples, interopérables et adaptés aux besoins, en conservant la compétence en interne pour garantir un pilotage efficace sur le long terme.
Présentation
L'expertise interne : un atout stratégique
Pour conclure la matinée, Frédéric Dulcère de Surya a partagé 10 ans de retour d'expérience du Département des Bouches-du-Rhône. En développant une expertise interne, le département a pu mettre en place des stratégies de pilotage très fines, comme la « gestion de la demande d'énergie » ou l'« anticipation des relances », générant jusqu'à 60 % d'économies sur le chauffage. L'utilisation d'outils de suivi simples et visuels, comme Grafana, permet de détecter rapidement les anomalies et d'agir. Cette approche pragmatique, qui s'appuie sur le protocole IPMVP pour une mesure fiable des économies, démontre que l'investissement dans la compétence humaine est le plus rentable de tous.
Présentation
L'après-midi : le confort d'été, des solutions concrètes pour un enjeu croissant
L'après-midi a mis en lumière un sujet de plus en plus prégnant : comment s'adapter aux vagues de chaleur avec des solutions accessibles et efficaces ?
Films de contrôle solaire : entre promesse et réalité
Yvain Maunier du Cerema a offert une analyse critique des films de contrôle solaire. Si leur attrait est immédiat pour réduire l'éblouissement, leur bénéfice doit être évalué sur l'année entière. Pour un bâtiment scolaire, par exemple, un film qui bloque les apports solaires en hiver peut être contre-productif. Solution fixe et à la durée de vie limitée, le film solaire doit être considéré avec prudence et comparé à d'autres solutions plus modulables, comme les protections solaires extérieures, qui peuvent de plus intégrer d'autres fonctions (ventilation, sûreté).

Présentation
Brasseurs d'air : la science au service du ressenti
Comment un objet aussi simple qu'un brasseur d'air peut-il transformer le confort ? Frédéric Boeuf de Surya a présenté les résultats impressionnants du « Projet BRASSE ». Cette recherche rigoureuse a permis de décortiquer le fonctionnement de ces équipements. Le principal enseignement : le brasseur d'air ne refroidit pas l'air, mais procure une sensation de fraîcheur en accélérant les échanges thermiques du corps.
L'efficacité ne dépend pas seulement du produit, mais surtout de son installation (calepinage) et de son usage. Un brasseur trop haut ou mal positionné perd toute son efficacité. Le succès repose sur la capacité de l'utilisateur à contrôler l'appareil. Des études de cas, d'une chambre d'EHPAD où la climatisation a pu être supprimée à une salle de classe où des brasseurs mal installés étaient inefficaces, ont prouvé que la technique et l'humain sont indissociables.

Présentation
Témoignage du terrain : l'expérience de La Fare-les-Oliviers
En guise de conclusion, Jérôme Marciliac, Maire de La Fare-les-Oliviers, a partagé son expérience concrète à l'école La Pomme de Pin. Les voiles d'ombrage ont été un succès immédiat, saluées par les enseignants. Les brasseurs d'air ont reçu un accueil plus mitigé, avec une perception initiale de « brasser de l'air chaud », illustrant la nécessité d'accompagner le changement. Ce témoignage a aussi rappelé l'importance d'une vision holistique, où « la politique de l'arbre » et la végétalisation sont des priorités, et où la sûreté peut parfois freiner des solutions idéales comme la ventilation nocturne.
Présentation
Vers des bâtiments plus résilients : pistes et perspectives
Cette journée a démontré avec force que les « petits pas » sont loin d'être anecdotiques. Qu'il s'agisse de reprogrammer un thermostat, de mobiliser des élèves ou d'installer des brasseurs d'air, ces actions ont un impact significatif lorsqu'elles sont bien conçues.
Plusieurs messages clés émergent :
- L'humain est au cœur du dispositif. Sans sensibilisation, formation et autonomisation des usagers, les solutions techniques les plus performantes restent lettre morte.
- La donnée est un levier de performance. Un suivi précis permet de comprendre, d'optimiser et de prouver l'efficacité des actions menées.
- La pensée doit être holistique. Chaque solution doit s'inscrire dans une stratégie globale de confort, combinant protection solaire, ventilation, végétalisation et adaptation des usages.
Le Cerema, par son rôle de diffusion des connaissances et d'animation des réseaux, continue d'accompagner les territoires dans cette voie. Un appel à manifestation d'intérêt a d'ailleurs été lancé pour expérimenter des mesures d'adaptation d'urgence et rendre ces solutions plus facilement réplicables.
Les participants sont repartis avec des idées concrètes, une vision plus claire des enjeux et, surtout, une envie renouvelée d'agir. Car si les défis sont grands, les leviers d'action sont à notre portée, un petit pas à la fois.
