Le projet LIFE-ADSORB a débuté officiellement en juillet 2018 et s'est achevé en 2025. L'objectif est de mettre en œuvre et de tester une solution innovante permettant de réduire efficacement les charges polluantes des eaux pluviales rejetées en milieu naturel. L’accent a été mis sur la réduction significative des micropolluants organiques et minéraux présents dans les eaux de ruissellement de voirie, particulièrement contaminées en métaux, matières en suspension (MES), hydrocarbures et autres substances toxiques pour l'environnement (phtalates, alkylphénols, composés perfluorés, etc).
Le Cerema était plus particulièrement impliqué dans l'instrumentation du site, l'évaluation de l'efficacité du dispositif par des analyses de micro-polluants et l'évaluation environnementale par une analyse de cycle de vie (ACV).
LIFE-ADSORB a fédéré une collectivité avec des partenaires académiques et un bureau d'ingénierie privé :
- la Ville de Paris, Direction de la Propreté et de l’Eau (DPE-STEA),
- les laboratoires de recherche : Laboratoire Eau Environnement et Systèmes urbains (Leesu) rattaché à l’École des Ponts ParisTech et à l'Université Paris Est Créteil (UPEC) ; Laboratoire Écologie fonctionnelle et écotoxicologie des agroécosystèmes (ECOSYS) rattaché à l’INRA et Agro Paris-Tech,
- le Cerema – Direction territoriale Ile-de-France et son équipe projet de recherche TEAM,
- le bureau d’ingénierie de recherche et développement en écologie EcoBird.
C’est en combinant leurs expertises respectives en ingénierie hydraulique, chimie et biologie de l’environnement, sociologie, techniques d’assainissement et de traitement de l’eau, que les partenaires ont conçu une solution innovante de dépollution des eaux pluviales, compatible avec le maintien de la biodiversité, adaptable et transférable.
Le dispositif :
Le dispositif est installé en bordure du périphérique parisien et récupère les eaux de ruissellement pour les traiter. Il est composé de trois ouvrages principaux :
- le réseau amont
- un déversoir d’orage avec station de pompage
- un filtre planté divisé en deux compartiments (l’un contenant un substrat classique de sable et roseaux, l’autre un matériau adsorbant innovant destiné réduire davantage les niveaux de contaminants organiques et métalliques).
Une instrumentation complète y a été installée, permettant un suivi précis du fonctionnement du système : capteurs de niveau, débitmètres, sondes multiparamètres (pH, turbidité, conductivité, redox), préleveurs automatiques et plaques poreuses pour l’échantillonnage.
Au total, 65 grandeurs sont mesurées en continu et 14 dispositifs de prélèvement ont été installés. Les données collectées étaient centralisées via le système de supervision GAASPAR de la Ville de Paris, assurant un suivi rigoureux de la performance du prototype tout au long du projet.
Un outil de dimensionnement et de conception pour ce dispositif de filtre par roseaux créé par INRAE dans le cadre du projet de recherche ADEPTE, ORAGE, a été enrichi d'un module "Micropolluants" qui intègre la simulation du devenir des micropolluants métalliques et organiques dans les filtres plantés de roseaux de ce type. ORAGE permet ainsi de tester différentes configurations de filtres en modifiant des paramètres tels que la surface, la hauteur de matériau absorbant, les concentrations de micro-polluants. Les processus simulés – adsorption, désorption, et biodégradation (pour les micropolluants organiques uniquement) – permettent d’estimer des indicateurs de performance du filtre planté de roseaux sur une échelle annuelle.
Un impact positif sur les sols et la biodiversité
L'impact environnemental du dispositif et l'évolution du filtre ont été étudiés durant deux ans. Un état initial du site a été réalisé avec des prélèvements de sols et d’eau, ainsi que des échantillonnages de faune du sol. Ces paramètres ont été comparés avec les campagnes réalisées après la mise en œuvre du dispositif.
Des mesures ont aussi été effectuées sur le filtre pour suivre l’évolution de ses caractéristiques en comparaison avec l’état zéro et son environnement. Cette étape du projet a compris :
- L’analyse des paramètres pédologiques, édaphiques et physico-chimiques des sols et milieux des différentes zones.
- La mesure des teneurs totales et disponibles des contaminants métalliques et organiques dans les sols et dans les milieux filtrants.
- La mesure des activités enzymatiques impliquées dans les cycles des éléments majeurs dans les sols.
- La caractérisation de la diversité et de l’abondance des communautés des oligochètes terrestres dans les zones du site.
- La mesure des teneurs totales des contaminants métalliques et organiques dans le milieu aquatique récepteur du rejet du filtre et la toxicité sur un organisme modèle aquatique.
Compte-tenu du contexte particulier du projet, qui s’insère dans un espace boisé classé, réservoir de biodiversité, le projet a permis de démontrer la compatibilité des enjeux de gestion des eaux pluviales contaminées avec ceux de préservation du patrimoine naturel et de la biodiversité. Ainsi, le filtre semble remplir ses fonctions de dépollution des eaux et de support de vie. Son impact sur le cours d'eau avoisinant est positif, apportant de meilleures conditions pour les organismes aquatiques, l'impact sur les sols est également positif avec un développement de l'activité enzymatique et l'apparition de nouvelles espèces adaptées aux sols inondés.
Enfin, le projet LIFE-ADSORB contribue à consolider la base de connaissances pour le développement, le suivi et l'évaluation d’initiatives en matière de dépollution des eaux pluviales. Le partenariat a fait le choix de concevoir une solution adaptable à des installations déjà existantes, à d’autres territoires (ruraux, moins denses) ou à d’autres applications (industries). Ainsi, le projet vise à créer un nouvel outil opérationnel à disposition des acteurs européens engagés dans l’amélioration de la qualité de l’eau.
Le projet LIFE-ADSORB "LIFE17 ENV/FR/000398 - LIFE ADSORB" (a été financé sur une durée de 5 ans (2018 – 2023) à hauteur de 2 568 400 euros par le programme européen Life pour un montant global de 4 644 113 euros.

