15 janvier 2026
Fermeture de la route de la Corniche, près d'Urrugne, pour cause d'érosion du littoral
Thierry Degen - Terra
Comment anticiper dès maintenant l'impact du climat de demain sur 4300 km de routes départementales ?
Aux côtés du Cerema depuis 2024, le Département des Pyrénées-Atlantiques (CD64) s'engage dans une démarche ambitieuse pour évaluer la vulnérabilité de ses infrastructures routières et définir une stratégie d'adaptation face aux défis climatiques à venir. L’étude est toujours en cours.

Le Département des Pyrénées-Atlantiques a lancé une étude d'analyse de la résilience de l'ensemble de son réseau routier départemental, soit 4300 km de routes. Inscrite dans le cadre du Programme Territoires Adaptés au Climat de Demain du Cerema et s'appuyant sur les projections de la TRACC (+2,7°C en 2050 et +4°C en 2100), cette démarche vise à évaluer la vulnérabilité des infrastructures face aux aléas climatiques futurs.

 

Un cadrage participatif : 2 ateliers pour poser les fondations

Pour mener à bien ce projet stratégique, le conseil départemental 64 a sollicité le Cerema qui accompagne la collectivité depuis le cadrage initial jusqu'au lancement de l'étude avec le bureau d'études retenu, Setec. L'étude couvre les étapes 1 à 9 de la méthodologie ASAIT (Approche Systémique d'Adaptation des Infrastructures de Transport).

Entre octobre et novembre 2024, deux ateliers collaboratifs ont été organisés à Bayonne, réunissant une quinzaine de participants issus des services du Département. Ces temps d'échanges ont permis de sensibiliser les équipes et de définir collectivement le périmètre et les objectifs de l'étude, et ont réuni des représentants des Unités Territoriales (chefs de service et techniciens de secteur en charge de l’exploitation, du suivi des travaux et de l’entretien du réseau), du service Études-Programmation, du service Gestion du Patrimoine, du Parc routier, du Laboratoire routier et du service Matériels/Engins. La Direction de la Transition ainsi que la cellule "expertise" de la Direction des routes étaient également représentées.

 

Atelier 1 : Définir le cadre de l'étude

 

Cette première séquence a permis d'aborder plusieurs dimensions essentielles :

  • Les aléas climatiques : Les participants ont partagé leurs expériences terrain en recensant les évènements climatiques survenus sur le réseau : type d'évènement, date, localisation et impacts observés. Ces retours d'expérience constituent une base précieuse pour orienter l'analyse de vulnérabilité.
  • Le périmètre d'étude : L'étude porte sur les routes de catégories 1, 2, 3 et 4, avec deux horizons temporels : 2050 et 2100. Les principaux objectifs affichés sont clairs : assurer la desserte de l'ensemble du territoire et maintenir l'activité économique départementale.
  • La priorisation des composants : Les participants ont identifié et hiérarchisé les composants à étudier selon trois niveaux de priorité. Parmi les éléments prioritaires figurent les voies de circulation, les voies de mobilité douce jouxtant la chaussée, ainsi que l'ensemble des ouvrages (maçonnerie, métal, béton, bois, terre). Un constat a été partagé : le manque de données sur les ouvrages de moins de 2 mètres et sur les ouvrages hydrauliques, ce qui nécessitera un travail complémentaire.
Atelier 2 : Préciser les indicateurs et les attentes
 

Le second atelier a permis d'approfondir les aspects techniques de l'étude :

  • Les indicateurs climatiques : Pour chaque aléa climatique primaire (températures chaudes et froides, précipitations, gel/dégel), les participants ont défini les indicateurs les plus pertinents : températures extrêmes, nombre de jours de vagues de chaleur ou de froid, amplitude thermique, intensité et fréquence des précipitations extrêmes, cumuls annuels, etc.
  • La priorisation des aléas secondaires : Les aléas secondaires ont été analysés selon la disponibilité des données et leur criticité pour le territoire. Les inondations par débordement et remontée de nappes ainsi que la submersion marine ont été identifiées comme hautement prioritaires. Les inondations par ruissellement et les coulées boueuses ont également été retenues ainsi que les mouvements de terrain.
  • Les composants à étudier : La liste finale comprend : les voies de circulation (structure et revêtement), les voies de mobilité douce, les ouvrages d'art de tous types, les ouvrages hydrauliques supérieurs à 2 mètres, les ouvrages souterrains, les ouvrages avec enrochement, les murs de soutènement, les équipements d'aide à la circulation et de sécurité, ainsi que les arbres d'alignement.
  • Les objectifs affinés : Au-delà des objectifs initiaux, les participants ont précisé leurs attentes : disposer d'éléments pour définir la stratégie d'entretien (investir différemment ou reconstruire à l'identique ?), éviter l'enclavement des populations, évaluer l'impact sur les conditions d'intervention des agents, et disposer d'indicateurs de niveau de service (ouverture, perturbation, fermeture temporaire ou définitive).
  • Les critères de réussite : Pour le groupe, l'étude sera réussie si les résultats sont utilisables au quotidien et intégrés au SIG départemental, si elle propose une restitution par secteur géographique ou par Unité Territoriale Départementale, si elle apporte une connaissance fine de la vulnérabilité (avec identification des ouvrages à redimensionner et des zones à risques), et si elle permet de prioriser et temporaliser les actions à 10 et 20 ans.