22 décembre 2025
Journée Mobilité 3.0
Jeudi 27 novembre 2025, dans le cadre inspirant de L'École de design Nantes Atlantique, le Cerema Ouest et l’association Mobil'in Pulse, avec le soutien du pôle ID4MOBILITY, ont organisé une conférence technique axée sur le rôle déterminant du numérique et de l'expérimentation pour répondre aux défis environnementaux, sociaux et économiques des mobilités

En ouverture, Thibaut Pannetier, directeur adjoint du Département des Mobilités et Infrastructures au Cerema Ouest et Mélanie Vergnon, sous-directrice de la multimodalité, de l’innovation, du numérique et des territoires (SDMINT) au sein des Ministères Ecologie, Territoire, Transports, Ville et Logement, ont rappelé la dynamique engagée depuis la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM) de décembre 2019. Celle-ci a permis l’émergence de nombreuses solutions numériques dédiées aux mobilités, et expérimentés dans les territoires. Ils ont également insisté sur le rôle de la multidisciplinarité pour stimuler l’innovation.

Jean Coldefy, directeur des programmes au sein de Mobil'in Pulse, a ensuite présenté l’apport des données et du numérique pour répondre aux enjeux de décarbonation, d’équité et de justice sociale et d’efficience des fonds publics. Il a insisté sur la nécessité d’investir dans la compréhension des déplacements et des territoires pour construire des solutions qui soient impactantes pour les AOM, qui simplifient la vie des usagers, et qui enfin optimise les services de mobilité, dans un contexte sévère et durable de pénurie des fonds publics.

 

La présentation :

Des solutions innovantes pour la logistique urbaine

La matinée s’est poursuivie avec un focus sur les avancées en matière de logistique urbaine. Maël Buannic, chef de projet au Cerema, a introduit le programme national InTerLUD+, dispositif financé par les Certificats d'Économie d'Énergie (CEE). Les actions prioritaires portent sur la formation de différents publics, sur la numérisation et la diffusion des informations relatives aux réglementations en matière de transport de marchandises ou encore la localisation des aires de livraison.

Parmi les solutions innovantes développées dans ce cadre, Anaïs Mounereau de Logistic Low Carbon, a présenté JOPTIMIZ (initiée à l’occasion des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris de 2024) qui englobe plusieurs outils comme Itineriz, calculateur d’itinéraires spécialisé pour la logistique qui sera enrichi d’une nouvelle fonctionnalité de caractérisation et d’identification des aires de livraison existantes et disponibles à l’instant T, ou encore CirQliz pour la simplification administrative des demandes d’autorisation pour les zones contraintes. Dans la même dynamique, la start up d’Etat DiaLog.beta.gouv.fr, représentée par Héloïse Georgeault, numérise les arrêtés de circulation permanents et temporaires afin d’alimenter la Base Nationale de Réglementation de Voirie (BNRV) et d’en assurer la diffusion auprès de services tiers comme les systèmes de navigation.

Les présentations :

Paiement par carte bancaire 

Les enseignements du groupe de travail Mobil'in Pulse sur les apports de l’Open Payment dans les transports collectifs (TC) ont été présentés par Claire Heidsiek (directrice Territoires, Innovation et Nouvelles Mobilités à la Région Grand Est), David Chauvin (conseiller mobilité chez Arrive) et Pierre Gréau (chef de projet MaaS et services numériques de mobilité au Cerema). 

Cette technologie qui consiste à payer son titre de transport directement avec sa carte de paiement, constitue un levier intéressant pour faciliter l'accessibilité des usagers au réseau de transport en commun, pour améliorer la connaissance des pratiques de mobilité des usagers et également pour réduire les coûts d'exploitation liés à la distribution de titre et pour augmenter les recettes commerciales. Les intervenants ont toutefois souligné les enjeux liés au choix et au déploiement des équipements dans les réseaux de transport.

La présentation :

Nouvelles sources de données 

De nouvelles sources de données de mobilité ont été présentées durant l'après-midi :

  • L’analyse des temps et lieux de résidence des personnes à partir de données fines de téléphonie mobile par Jean Coldefy de Transdev. L’étude différencie les résidents et les habitants qui correspondent aux temps passé par les personnes sur les territoires analysés à l’échelle des zones IRIS. Cette étude a permis d’identifier selon différentes temporalités l’attractivité des territoires, la manière dont ils sont occupés, les déplacements entre zones et les évolutions dans le temps. Les données permettent également d’illustrer le différentiel entre demande de mobilité et offre en transports collectifs (notamment ferroviaire)  [1] ;
  • L’estimation de débits cyclistes en tout point d’un réseau cyclable à partir de traces de mobilité et de données de comptages ponctuels par Ronan Bouquet, directeur général de Géovélo. Cette estimation par modèle d’intelligence artificielle (IA) permet aux collectivités de mieux connaitre les usages, d’optimiser leurs aménagements cyclables et de prioriser les investissements. Une étape préalable importante consiste à la qualification des données, notamment concernant la localisation et le sens des stations de comptages ponctuels ;
  • La plateforme AVATAR du Cerema, présentée par Alexandre Depétris, qui centralise et qualifie les données de comptages routiers par des techniques d’IA. Cécile Chaumeret du bureau d’études Arcadis a ensuite mis en avant quelques cas d’application de la plateforme pour les besoins d’études. Cela concerne notamment l’identification des données disponibles pour la construction d’offres techniques, l’analyse de politiques publiques ou encore le calage de modèles de trafic.

Retours d'expériences sur les voies réservées 

Le dernier bloc de présentations a concerné le sujet des voies réservées avec :

  • Lionel Lilas et Fabrice Chagnot de la DIR Ouest qui ont détaillé le fonctionnement des voies réservées sur les pénétrantes sud de Nantes (A83) et de Rennes (N137), permettant des gains de temps intéressants (environ 1 min par kilomètre de voie réservée). Lionel et Fabrice ont également présenté les systèmes de contrôle et les statistiques d’infraction. Merci également à Jean-Baptiste GALL de la Direction Générale des Infrastructures et des Mobilités pour les éléments transmis concernant l’expérimentation nationale du système de contrôle automatisé des voies réservées ;
  • Mehdi Chahir du Cerema qui a révélé les déterminants et freins à l’usage de ces voies par les automobilistes. Il ressort que l’acceptabilité globale des voies réservées est moyenne avec une meilleure perception à Rennes qu’à Nantes. La mise en œuvre des voies réservées n’a pas entrainé d’importants changements de comportement déclarés. L’étude met également en avant un besoin de pédagogie envers les usagers pour mieux expliquer quelles sont les conditions d’utilisation de ces voies. Il est également suggéré de mieux intégrer les usagers dans la mise en œuvre de ces nouveaux objets ;
  • Marina Bogdan de Rennes Ville et Métropole qui a présenté l’étude d’opportunité et de faisabilité concernant l’implantation d’une voie réservée sur la D137 (2x2 voies), dans le sens entrant vers Rennes. Différents scénarios ont été envisagés : prise d’une voie existante, ajout d’une voie sur la bande d’arrêt d’urgence avec positionnement de la voie réservée à droite ou à gauche. L’impact sur les temps de parcours a été estimé grâce à de la simulation dynamique mais les gains sont jugés insuffisants pour poursuivre les études, notamment en raison de la faible présence de transports en commun sur la RD137 ;
  • Anne-Charlotte David de Nantes Métropole qui a dressé le bilan de la voie réservée sur le boulevard de la Prairie de Mauves, en sens sortant de Nantes. Mise en service en juin 2023, l’expérimentation de cette voie de 2,3 km de long vient d’être prolongée car elle donne satisfaction : les covoitureurs gagnent en moyenne 5 à 6 minutes sur leur temps de parcours à l'heure de pointe du soir. A la suite des premières évaluations, des modifications ont été apportées, notamment à la signalisation ainsi qu’à la vitesse maximale autorisée sur la voie générale qui vient d’être réhaussée à 70 km/h.

 

La journée s’est achevée avec une conclusion de Marie-Xavière Wauquiez, déléguée générale de Mobil’in Pulse, soulignant la richesse des échanges et la nécessité de poursuivre les démarches collaboratives au service d’une mobilité plus durable.


  1. ^https://www.transdev.com/fr/publications-gn/la-france-habitee-geographie-de-loccupation-des-lieux-et-des-mobilites/