27 avril 2026
Construction de logements sociaux à Wattrelos
Damien CARLES - TERRA
A la suite d'une première étude sur la consommation d'espace liée au logement social dans les Hauts-de-France, le Cerema et l'Union Régionale pour l'Habitat Hauts-de-France ont prolongé leur partenariat pour réaliser une étude sur les stratégies foncières des bailleurs sociaux de la région, afin d'éclairer les pratiques et les dynamiques du foncier pour le logement social, et de produire des outils à destination des bailleurs sociaux.

Dans un contexte marqué par à la fois une forte demande de logements sociaux et la nécessaire prise en compte d’enjeux majeurs de sobriété foncière, l’URH Hauts-de-France et le Cerema ont lancé un premier partenariat en 2023 visant à objectiver la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers induite par le logement social. En 2025 et 2025, ce partenariat a été prolongé dans le cadre d’une nouvelle étude innovante, comprenant trois volets, avec l’objectif d’éclairer les stratégies foncières des bailleurs sociaux de la région :

  • Volet 1 : comprendre l’intervention des bailleurs sociaux sur les marchés fonciers et immobiliers
  • Volet 2 : Identifier et qualifier le potentiel foncier des bailleurs sociaux et estimer des perspectives de construction
  • Volet 3 : Etudier les dynamiques du parc de logement social, à l’échelle régionale et pour chaque EPCI

Mobilisant l’expertise du Cerema en matière de données foncières et immobilières, la démarche, cofinancée par la Banque des Territoires, poursuivait un double objectif : d’une part d’objectivation des tendances régionales et d’autre part d’outillage des bailleurs.

 

Volet 1 : l’étude des flux de patrimoine des organismes de logement social des Hauts-de-France

La base de données DV3F recense l'ensemble des mutations foncières à titre onéreux publiées dans les services de la publicité foncière depuis 2010. Elle inclut des informations détaillées sur le profil des vendeurs et des acheteurs, les dates de mutations, les types de biens, leur localisation et leur surface, ainsi que le montant des transactions.

Pour appréhender au mieux les mutations de patrimoines des bailleurs sociaux, les catégories de biens de DV3F ont fait l'objet de regroupements en co-construction avec l’URH. Six grandes familles de biens ont été définies, permettant une vision schématisée des flux entrants et sortants. Ces catégories incluent le foncier bâti et non bâti, les logements en VEFA ou neufs, les autres logements, et une dernière catégorie regroupant les transactions moins pertinentes pour les perspectives foncières. 

 

Les différents segments de marché identifiés

 

Il en est de même pour les acheteurs / vendeurs qui ont été classés en 8 catégories allant des personnes physiques aux collectivités en passant par les professionnels (aménageurs, promoteurs...). 

Cette approche par typologies a facilité l’analyse des flux de patrimoine entrants et sortants des bailleurs de la région. Elle a permis de mieux connaître les caractéristiques des achats et des ventes (nombre de transactions, surfaces et prix), les acteurs impliqués, ou encore les délais entre l'acquisition d'un foncier et la construction.

L'un des atouts majeurs de cette méthode réside dans son adaptabilité et sa reproductibilité. En effet, la démarche mise en place pour l’URH peut être aisément transposée à d'autres acteurs du logement. Les typologies de biens et d'acheteurs / vendeurs, ainsi que les analyses de flux, peuvent être ajustées pour répondre à des problématiques spécifiques.

Volet 2 : estimer un potentiel de production de logements sur le foncier détenu par les bailleurs

L’enjeu de ce second volet est de quantifier et qualifier, de façon robuste et opérationnelle, le potentiel de production de logements sociaux régional à partir du patrimoine existant. La démarche mise en œuvre repose sur une méthodologie rigoureuse, articulée autour de trois étapes.

Constitution d’un recensement exhaustif du patrimoine des bailleurs sociaux

Un inventaire complet a été réalisé à partir des patrimoines fonciers détenus par l’ensemble des bailleurs sociaux membres de l’Union Régionale de l’Habitat des Hauts-de-France. Ce travail a permis d’identifier et de localiser précisément plus de 56 000 unités foncières, couvrant aussi bien les terrains bâtis que non bâtis, en s’appuyant sur la liste consolidée des bailleurs et sur les dernières données disponibles issues des Fichiers fonciers et du Répertoire du Parc Locatif Social.

Croisement et qualification dans une base de données multi-sources

Chaque unité foncière recensée a été caractérisée au travers d’un croisement de nombreuses sources d’information (Fichiers fonciers, RPLS, Géoportail de l’Urbanisme, données de transport, contraintes environnementales, etc.). La base de données ainsi constituée intègre près de 200 attributs par unité foncière : caractéristiques cadastrales, occupation du sol, données de propriété, indications sur le bâti existant, potentiels de construction et de densification, contraintes réglementaires, informations sur l’environnement urbain et naturel, etc. Cette granularité permet une analyse fine à l’échelle territoriale.

Informations génériques
Parcelles (surfaces urbanisée, naturelles agricoles et forestière, parking, ...)
Propriétaires (droits, lien RPLS, nom, …)
Bâtis (étages, surfaces, emprise, logements, locaux, année, …)
Densités (log/ha, CES, densité de construction)
Estimation des potentiels de construction/densification
Mutations (date, valeur, surface)
Permis de construire (historique)
Zonages administratifs
Zonages d’urbanisme
Occupation des sols
Contraintes de construction

Analyse détaillée des potentiels fonciers mobilisables

Sur la base de ce référentiel étendu, une évaluation précise du potentiel de production de logements sociaux a été menée, distinguant deux leviers principaux :

  • L’estimation du potentiel de construction sur les terrains non bâtis, en tenant compte de la constructibilité réglementaire, des surfaces, des contraintes environnementales et de la localisation par rapport à l’enveloppe urbaine.

  • L’analyse des capacités de densification du bâti existant, à partir de la configuration des parcelles, des emprises non bâties, des besoins en espaces verts et stationnement, et des possibilités techniques d’ajout de logements.

L’étude fournit à l'union des bailleurs sociaux et à leurs membres :

 

  • Un diagnostic objectif : La cartographie précise de plus de 56 000 unités foncières, caractérisées par près de 200 attributs, permet de comprendre la répartition, les usages actuels et les contraintes pesant sur le patrimoine détenu par les organismes HLM.
  • Une première estimation des potentiels : L’analyse distingue le potentiel de construction sur les terrains non bâtis (environ 23 000 logements possibles, dont un tiers dans la Métropole Européenne de Lille, ce qui représente le plus souvent moins de 5 années de production au rythme observé récemment) et la capacité de densification du parc existant, tout en intégrant les différentes contraintes réglementaires, patrimoniales et environnementales. Cette estimation sera à affiner par les bailleurs par la suite.
  • Un outil opérationnel d’aide à la décision : La base de données consolidée, mise à disposition de l’URH, permettra à chaque organisme d’adapter ses stratégies foncières, de hiérarchiser ses interventions et de mieux dialoguer avec les collectivités locales pour atteindre les objectifs de sobriété foncière et répondre aux besoins de logements abordables sur les territoires.

 


  1. ^ https://www.cerema.fr/fr/actualites/estimer-consommation-espace-induite-logement-social. Cette étude avait notamment montré que le logement social représentait 27,7 % des logements produits en consommation d’ENAF sur la période 2009-2017 mais seulement 12,4 % de la consommation d’espace liée au logement, en raison principalement d’une densité plus élevée en moyenne.