La reconquête de la biodiversité, un enjeu structurant de la démarche
Au cœur de la démarche, les fonctionnalités des sols à retrouver
Le territoire de Barentin est concerné par quatre enjeux majeurs :
la reconquête de la naturalité et de la continuité écologique,
l’amélioration du cadre de vie et le développement de la nature en milieu urbain,
l’atténuation des risques d’inondation
la diminution des effets des îlots de chaleur.
Ces enjeux sont d’autant plus prégnants au regard des perspectives de changement climatique, qui vont exacerber les risques liés à la sécheresse des sols, aux inondations, aux ruissellements ou à la surchauffe urbaine.
Pour adapter le territoire, deux leviers principaux sont envisagés ; la renaturation et la désimperméabilisation, tous deux visant à redonner des fonctionnalités aux sols en place. Il s’agit, dès lors, de cibler les secteurs pour lesquels ces actions seraient les plus appropriées avec le maximum de co-bénéfices. C’est l’ambition que s’est fixé le Syndicat Mixte des Bassins Versants de l'Arroux et de la Somme (SMBVAS) pour que le territoire de Barentin devienne plus vert et plus perméable.
Un levier majeur : la restauration des continuités écologiques à l’échelle communale
En s’appuyant sur les données disponibles et sur les services techniques des partenaires de l’étude, une image fine de l’occupation du sol a été élaborée. Elle a servi de socle pour aboutir à la détermination de trois sous-trames écologiques (milieux aquatiques et humides, milieux boisés et arborés, milieux ouverts), puis de corridors écologiques par traitement géomatique fondé sur les caractéristiques de déplacement d’espèces représentatives de chaque sous-trame.
L’interprétation cartographique, complétée par des visites terrain pour confirmer ou infirmer les résultats, a fait ressortir en creux les secteurs du territoire les plus fragmentés. Une approche similaire mais adaptée au milieu urbain a également été mise en œuvre, pour aboutir à une trame urbaine.
Des opportunités de renaturation au croisement d’enjeux clefs
Améliorer la nature en ville pour une meilleure qualité de vie
Le diagnostic mené sur le périmètre d’étude a quantifié le pourcentage de végétation saine et active, présente en toute saison, et la proximité d’accès à pied aux espaces publics de nature.
Il en ressort que le territoire communal se trouve plutôt végétalisé et naturel avec la présence de plusieurs forêts, la majorité étant privées, et d’un cours d’eau traversant le territoire. Ainsi une grande partie des habitants vivent à proximité directe d’espaces végétalisés et d’espaces de nature facilement accessibles. Pour autant, les zones d’habitat pavillonnaire ou les zones d’activité commerciale, éloignées d’espaces publics de nature et souvent peu ou pas végétalisées, ressortent comme secteurs à enjeux de renaturation.
Renaturer pour limiter les risques liés au climat
La commune, située dans un territoire à risque inondation (Rouen-Louviers-Austreberthe) est particulièrement concernée par ce risque, qui se verra accentué par les effets du changement climatique. De même, la minéralisation des espaces conjuguée à l’augmentation des températures accentue les effets d’îlots de chaleur urbains.
Les données collectées et/ou produites dans le cadre de l’étude ont fait ressortir des secteurs pour lesquels les enjeux ruissellement et inondation d’une part et îlots de chaleur urbain d’autre part sont les plus importants. En croisant ces résultats avec ceux issus des enjeux de continuité écologique et de nature en ville, on obtient un ciblage des secteurs pour lesquels la renaturation aurait le plus de co-bénéfices.
La renaturation des sols au croisement des enjeux clefs du territoire
En superposant à ce ciblage les secteurs concernant les sols à préserver et les espaces difficilement mutables on obtient un guide de lecture supplémentaire pour éclairer la décision. Cette démarche, marquée par une approche multi-enjeux et multi-bénéfices associés, permet de cibler des actions de renaturation, en particulier par le biais de solutions fondées sur la nature, qui soient les plus appropriées.

D’autres actions peuvent également être mises en œuvre pour redonner à l’eau la capacité de s’infiltrer au travers de la désimperméabilisation des sols. C’est l’autre approche qui a été menée dans le cadre de l’étude en vue d’une stratégie pour rendre la ville plus perméable.
Un fort potentiel de désimperméabilisation malgré un territoire environnementalement contraint
La majorité des sols non imperméabilisés de Barentin sont favorables à l’infiltration de l’eau, allant de moyennement à très perméable. Cette évaluation est fondée sur des données de texture de sol et des référentiels pédologiques et hydrogéologiques. Cependant, le territoire présente une diversité marquée de critères environnementaux (fortes pentes, cavités souterraines, sites et sols pollués, etc.) qui peuvent constituer des contraintes à l’infiltration malgré la perméabilité des sols. Le croisement de la perméabilité des sols et de ces critères environnementaux permet une hiérarchisation des zones potentielles d’infiltration pour l’ensemble de la commune.
Il en ressort ainsi une spatialisation du potentiel de désimperméabilisation faisant ressortir les secteurs les moins contraints dans les zones les plus imperméables.
Un outil d’aide à la mise en œuvre opérationnelle inscrit dans une démarche à l’échelle européenne
Les résultats proposés, qu’il s’agisse de la synthèse multi-enjeux ou de l’analyse par enjeu, doivent être vus avant tout comme des outils de sensibilisation et d’aide à la décision auprès des différents services et structures concernés. La mise en œuvre opérationnelle d’actions de renaturation ou de désimperméabilisation ne passe pas nécessairement par des projets de grande ampleur mais peut être déclinée par des projets de moindre envergure donc plus facilement réalisables, notamment d’un point de vue financier, pour lesquels l’intégration des problématiques écologiques est réalisée dès le début, en impliquant le maximum d’acteurs.
De nombreuses solutions techniques existent pour renaturer, désimperméabiliser, revégétaliser l’espace urbain, et leur acceptabilité sociale renforcera leur pérennité. La communication, la sensibilisation, la participation citoyenne et multigénérationnelle sont donc essentielles pour aboutir à une mise en œuvre opérationnelle pérenne, acceptée et impliquant le plus grand nombre.
Des démarches sont engagées au travers d’un travail de stage et d’un projet européen pour accompagner le territoire vers la mise en œuvre opérationnelle et l’acceptabilité sociale des solutions retenues.
Pour approfondir la réflexion sur cette thématique, un stage mené de février à juillet 2025 au Cerema, apporte des éléments complémentaires autour de l’acceptabilité des solutions techniques envisageables sur le territoire d’étude.
Dans le cadre du projet européen RESIST, le territoire de Barentin a été retenu comme site pilote pour travailler à favoriser la mise en œuvre des solutions fondées sur la nature (SFN) en encourageant les acteurs locaux à se saisir de ces solutions pour gérer les problématiques de ruissellement des eaux qui vont s’accentuer avec le changement climatique. Une modélisation hydraulique a déjà été réalisée pour évaluer les effets d’une pluie intense sur le territoire. Un jumeau numérique qui intègre cette enveloppe relative aux ruissellements est en cours d’élaboration. Il est prévu à terme de réaliser une nouvelle modélisation pour simuler l’effet de la mise en œuvre de SFN ciblées sur le ruissellement. Intégrés dans le jumeau numérique, les résultats de cette modélisation permettront de visualiser plus concrètement les bénéfices des SFN et servir de support de sensibilisation auprès des élus ou dans le cadre d’actions de participation citoyenne.
Les rapports d'étude sont sur CeremaDoc :
Ressources
Site du projet : Barentin ville perméable
Mémoire de stage : Les Solutions fondées sur la Nature (SfN), vers une approche opérationnelle de l'acceptabilité sociale en aménagement
