12 mai 2026
Plancoët
Le 30 avril 2026, la ville de Plancoët a accueilli une soixantaine d’acteurs de l’aménagement (élus et techniciens, aménageurs, bureaux d’études, bailleurs et services de l’État) pour une journée d’échanges dédiée aux défis de la construction en secteur complexe.

Organisée par le Cerema en partenariat avec la Ville, cette rencontre a permis de confronter les ambitions de sobriété foncière aux réalités des sites soumis à des risques naturels ou technologiques. Entre la visite de terrain de la friche stratégique Point P le matin, sous le pilotage de la municipalité et de l’EPF Bretagne, et les débats techniques de l’après-midi, la soixantaine de participants (collectivités, aménageurs, promoteurs, bailleurs sociaux)  ont exploré des solutions concrètes pour objectiver les risques et engager un renouvellement urbain sobre, résilient et inclusif.

La matinée a été consacrée à la visite du site Point P organisée par la ville. A cette occasion, un groupe d'aménageurs, de promoteurs et d'élus s'est réuni pour explorer la friche en voie de renouvellement urbain. Sous la conduite du maire, du directeur général des services (DGS), de la chargée de mission pour le projet de ville durable (PVD) et de l'Établissement Public Foncier (EPF), cette rencontre a permis de mieux cerner le contexte de ce projet ambitieux. Les intervenants ont pu apprécier les enjeux liés à la réhabilitation de ce site, tout en discutant des différentes possibilités d'intervention et de collaboration. Cette visite a été l'occasion de renforcer les synergies entre les acteurs publics et privés.

 

Transformer la friche Point P à Plancoët

En début d'après-midi, Patrick Barraux, Maire de Plancoët, et Juliette Maître du Cerema ont présenté la transformation de la friche Point P en un futur écoquartier. Le Maire a exposé sa vision stratégique : accueillir une nouvelle population au cœur du bourg tout en respectant la sobriété foncière par le recyclage de ce site industriel de 4 hectares. Face aux inquiétudes, il a insisté sur l’objectivation du risque d'inondation, précisant que l’aléa est "faible à très faible" et que le projet permettra de désimperméabiliser les sols pour améliorer la gestion des eaux. 

De son côté, l'appui du Cerema a été décrit comme un levier essentiel pour sécuriser l'opération, notamment en coordonnant les nombreuses études techniques (pollution, géotechnique, stabilité de la falaise) et en facilitant le dialogue avec les partenaires comme l'EPF Bretagne et les services de l'État. Cet échange a souligné que, malgré des coûts d'opération lourds et des contraintes de dépollution importantes, la collaboration étroite entre ingénierie spécialisée et volonté politique permet de transformer un site complexe en un quartier durable et désirable.

Pour aller plus loin : Visionner le replay de Territoires Innovent de présentation du projet :

Suivre le chemin de l’eau, éviter, résister, céder : les clés de l’aménagement résilient selon le modèle grenoblois

Chloé Tran Duc Minh du Cerema a présenté le "Guide métropolitain de l’aménagement résilient en zone inondable constructible", un outil de référence co-construit par le Cerema et Grenoble-Alpes Métropole. Finalisé en 2023, ce guide s'inscrit dans la stratégie "Risques et Résilience" de la métropole et vise à accompagner les acteurs de l'aménagement, dans un contexte d’évolution réglementaire. En effet, depuis 2019, les plans de prévention des risques d’inondation autorisent le renouvellement urbain en zone d’aléa fort, à condition de réduire la vulnérabilité globale du territoire. La méthode vise à favoriser des opérations d’ensemble, davantage porteuses de résilience, avec une entrée par les échelles successives que sont la définition du programme, le dessin du plan masse et la conception du bâti. 

Cette dernière entrée repose sur trois piliers stratégiques: éviter (surélévation des niveaux habitables), résister (dispositifs d'étanchéité) ou céder (acceptation de l'eau dans des rez-de-chaussée aux usages adaptés). L'intervention a souligné l'importance d'intégrer le risque dès la phase d'esquisse pour objectiver les contraintes et sécuriser les bilans financiers, tout en favorisant une culture du risque partagée entre élus, techniciens et habitants pour garantir la pérennité des dispositifs mis en œuvre.

A l’issue de cette présentation, les questions de la salle ont principalement porté sur les contraintes techniques de construction et leur impact sur le cadre de vie, notamment sur les critères imposant que le vide sous les zones habitées soit libre pour permettre l'écoulement de l'eau. Il a été souligné qu'imposer un rez-de-chaussée libre crée souvent des "zones sombres" peu agréables en entrée de rue, ce qui pousse parfois à privilégier des bâtiments sur pilotis pour mieux éclairer les espaces.

En réponse, Chloé Tran Duc Minh a rappelé qu’en renouvellement urbain, la règle de base est de partir de l'existant pour en réduire la vulnérabilité globale. La règle prévalente est que le projet ne doit pas aggraver la situation hydraulique préexistante, et idéalement l'améliorer. Dès qu'un projet atteint une certaine ampleur (au-delà d'une maison individuelle), une étude hydraulique est indispensable. C'est cette étude qui détermine, au cas par cas, si un bâtiment doit laisser passer l'eau en dessous ou non.

Il a été précisé que la "cote de crue" fournie par les règlements est un seuil minimal. Les aménageurs peuvent tout à fait choisir de construire plus haut que cette cote pour rendre le bâtiment plus facile à vivre et à concevoir. Il n'existe pas une solution unique ; le panel de solutions techniques est vaste et le choix final doit dépendre de la situation spécifique du terrain et des objectifs de qualité architecturale.

Dérisquer pour construire : regards croisés entre élus, aménageurs, bailleurs et opérateurs fonciers

La table ronde a permis de discuter des mutations dans les pratiques et des compétences nécessaires pour travailler efficacement en milieu à risque. Les intervenants présents étaient Mickaël Chevalier : maire de Plumagat et vice-président de Dinan Agglomération, Patrick Barrault, maire de Plancoët, Thomas Saglio, aménageur à Territoires Rennes, et Sébastien Even, bailleur social chez BSB Les Foyers.

Dans un contexte marqué par une attention accrue des politiques publiques envers la solidarité foncière, il devient impératif de se concentrer sur les secteurs en friche ou sous-utilisés, qui sont souvent exposés à des risques significatifs. Ce cadre soulève un conflit temporel : bien qu'il existe un besoin urgent de logements, la gestion des secteurs à risque nécessite des interventions à long terme. La question centrale qui se pose est donc de savoir comment concilier cette urgence avec le temps nécessaire pour gérer les risques associés.

Les élus sont confrontés à des défis majeurs pour fournir des réponses rapides, car les délais administratifs et techniques sont fréquemment longs. Mickaël Chevalier a précisé que dans l’agglomération de Dinan, l’élaboration du Plan Local d'Urbanisme intercommunal (PLUi) et du Plan Local de l'Habitat a permis de structurer le travail sur les réserves foncières et d'initier une planification à moyen et long terme. Chaque commune doit également participer à cette réflexion collective pour répondre aux besoins de logement tout en respectant les spécificités locales.

Thomas Saglio a rappelé que les aménageurs, de plus en plus sollicités en amont des projets, doivent désormais élargir leurs compétences pour inclure des considérations environnementales, telles que la gestion de l'eau et la biodiversité. L'évaluation continue est essentielle pour identifier et gérer les risques techniques, urbains et financiers tout au long des projets, qui peuvent s'étendre sur 20 à 25 ans. Une méthodologie de travail par étapes est nécessaire, permettant des évaluations régulières pour déterminer si un projet doit être poursuivi ou abandonné.

L’exemple du chantier de démolition-reconstruction d’un immeuble à Saint-Brieuc porté par BSB Les Foyers, illustre les défis liés aux imprévus techniques et aux retards, ainsi que les coûts élevés de réhabilitation. Les participants ont reconnu que le réaménagement est coûteux, en raison de la rareté des opportunités et des travaux nécessaires pour préserver ou démolir des structures existantes. Sébastien Even a souligné que la densité est un moyen d’optimiser les coûts tout en répondant aux besoins de logements, et en respectant les contraintes environnementales.

Thomas Saglio a indiqué que de nouveaux dispositifs, tels que les baux emphytéotiques et les offices fonciers solidaires, ont été introduits pour faciliter l'accès au logement. Il est également crucial d’adapter les profils des équipes pour répondre aux exigences des projets complexes, notamment en matière de relations publiques et de gestion des parties prenantes. La clarification des responsabilités entre aménageurs et collectivités est essentielle pour gérer les risques financiers, et l'utilisation de structures adaptées, comme les Sociétés d'Économie Mixte (SEM) et les Sociétés Publiques Locales (SPL), est recommandée.

Enfin, la communication avec la population est un élément fondamental pour réduire les craintes liées aux projets en zones à risque. Les élus doivent démystifier le risque en utilisant la pédagogie et la transparence sur les données réelles, tout en expliquant que le renouvellement urbain et la densification sont nécessaires pour respecter la sobriété foncière et créer des quartiers vivants et résilients.

Ainsi, la réussite des projets dépend non seulement de la gestion des risques et des défis financiers, mais aussi de l'adhésion de la population et d'une gouvernance partagée qui favorise une culture du risque. 

Solutions d’aménagement et résilience : l'atelier pratique

L’après-midi s’est achevé sur un atelier de mise en situation "J’aménage avec le risque" au cours duquel les participants ont pu proposer des solutions d'aménagement concrètes sur des fonciers soumis à diverses contraintes naturelles et socio-économiques.

À l'aide d'un plateau et de cartes, les groupes ont réfléchi à des programmes résilients tout en identifiant les études et les partenaires spécialisés nécessaires à la réussite du projet.

La synthèse des travaux menés sur ces études de cas soumis aux risques inondations et pollution des sols est à consulter ci-dessous.