19 juillet 2019
table ronde des rencontres vue de la salle
Les Rencontres du Réseau National des Aménageurs, le 4 juillet à Paris, étaient consacrées au défi de la transition environnementale et énergétique dans l’aménagement opérationnel, dans le cadre du cycle dédié à la sobriété engagé en 2018. Réunissant professionnels publics et privés de l'aménagement, ces rencontres ont permis d'aborder des solutions et expérimentations qui s'inscrivent dans le cadre de cette transition.

Les Rencontres Nationales des Aménageurs permettent d'échanger autour de diverses thématiques liées à l'aménagement. Elles sont un lieu de de réflexion et de diffusion des pratiques opérationnelles.

La journée a été ouverte par Aude Debreil et Nicolas Gravit, co-présidents du RNA et respectivement Directrice de l’EPA Sénart et Directeur d'Eiffage Aménagement.

Puis Jean-Baptiste Butlen, sous directeur AD à la DHUP, a présenté les dernières évolutions réglementaires, dont certaines sont issues des réflexions menées dans le cadre du RNA. La loi ELAN a modifié les règles de construction, notamment en termes de performances énergétiques et de bilan carbone. Elle comporte également un volet numérique, avec notamment la démarche d’open data.

 

Table ronde 1: Anticiper et gérer l'évolution des mobilités

photo de la salle lors de la table ronde 1La première table ronde de la journée, animée par Pascal Berteaud, directeur général du Cerema, a réuni Christophe Diani, directeur général de Transitec France-Belgique, Jean-Michel Evin, directeur général adjoint à la cohérence territoriale à Grenoble-Alpes Métropole, Bernard Lachana directeur général de SEM Innovia, et Benoît Lebeau directeur adjoint de l’EPA Saclay.

Les premiers échanges ont porté sur les évolutions entraînées par les nouvelles mobilités à court et moyen terme pour les aménageurs : Pascal Berteaud a rappelé que l’on observe l’apparition de nouveaux modes de mobilité en ville, de nouveaux modes de gestion et de partage de la voirie, ce qui donne de nouveaux outils à la collectivité. Par ailleurs, le numérique et l’ouverture des données feront aussi évoluer la mobilité. Il reste à mettre en œuvre les innovations.

Le directeur général du Cerema a souligné que l’on commence à aborder le sujet des mobilités au cœur de l’aménagement, et plus seulement en cours ou en fin de projet. La loi d’orientation pour les mobilités donne les moyens d’organiser la mobilité de manière totalement intégrée à l’aménagement et pour tous les territoires.

Les échanges ont confirmé que l’articulation entre urbanisme et déplacements doit être prise en compte dès la conception de l’opération, avec le même niveau de priorité. Ils ont fait également apparaître que la réversibilité des aménagements est aujourd’hui essentielle, compte tenu de l’évolution rapide des mobilités.

Cycliste dans l'EcoQuartier Marianne à Montpellier
EcoQuartier à Montpellier - Crédit: Arnaud Bouissou - TERRA

S’il est nécessaire d’intégrer les nouveaux modes de mobilité dès la conception des projets, comme la croissance des mobilités douces, la probable baisse de demandes de stationnement ou l’importance accrue de la place dédiée aux livraisons sur la voirie, il reste difficile d’anticiper sur le long terme, par exemple sur ce qu’il en sera en matière de véhicule autonome dans 20 ans.

Les opérations présentées témoignent d’espaces publics en évolution constante dans les projets d’aménagement, un large dimensionnement facilitant leur adaptation.

Les expériences ont également montré la nécessaire articulation entre:

  • les échelles de territoires pour bien répondre aux différentes contraintes et aux besoins de déplacements à venir
  • les différentes temporalités des composantes du projet entre le démarrage d’un projet et l’arrivée de transports en commun sur les sites,
  • les différents modes qui pourront se succéder au cours de la réalisation de l’opération puis de la vie du quartier.

Des solutions provisoires doivent pouvoir être développées et adaptées au fil du temps en prenant en compte l’accompagnement de l’évolution des pratiques. Ces changements en matière de mobilité font évoluer le métier d’aménageur.

 

Table ronde 2: Concevoir des projets adaptés aux hausses de températures

Table ronde vue de la salleCette table ronde était animée par Karine Lapray de Tribu, et y ont participé Pierre Joutard, directeur général de SPL Confluence, Michel Reynaud, co-gérant du laboratoire d’écologie urbaine de La Réunion, et Franck Boutté, président et directeur de Franck Boutté consultants.

En ouverture il est rappelé l’augmentation des températures qui se présentera demain sous la forme de vagues de chaleur plus nombreuses, plus intenses, plus longues et plus précoces, ce qui implique de se préoccuper de l’adaptation des villes au changement climatique. En effet en ville, le phénomène d’îlots de chaleur urbains aggrave le réchauffement.

Les aménageurs ont donc un rôle à jouer dans l’adaptation des villes, comme des bourgs dans les territoires ruraux ou périurbains qui sont aussi impactés par l’augmentation des températures.

vue d'une allée végétalisée dans un ilot de nouveaux immeubles à La Réunion
Ilet du centre à Saint-Pierre à La Réunion. Crédit: Laboratoire d'Ecologie Urbaine

La notion de confort de l’usager des logements ou bureaux peut être intégrée dès l’origine d’un projet, dans les cahiers des charges comme à Lyon Confluence. Il s’agit de préciser alors les objectifs de consommations d’énergies, la place des ENR, la régulation thermique, le travail sur l’albedo, l’isolation, l’orientation traversante des logements pour favoriser la ventilation naturelle... avec un contrôle des niveaux de performance prévu.

Les opérations présentées témoignent de la création d’îlots de fraîcheur avec des cœur d’îlots plantés en pleine terre et un travail sur la morphologie des îlots afin de favoriser la ventilation nocturne par l’orientation de la plupart des logements, la création de failles et un épannelage adapté.

L’opération menée à la Réunion a permis de présenter le principe de l’aéraulique qui s’appuie sur l’étude des mouvements de l’air. En étant favorisés par les formes bâties pour créer des dépressions, dans une zone où il y a peu de vent, les mouvements de l'air peuvent contribuer à faire baisser les températures.

L’importance de la trame verte pour tempérer l’air, tout en étant un support d’usages et de mobilité a été soulignée tout en rappelant le principe de retenir des essences locales adaptées.

Les retours des usagers peuvent témoigner des résultats de ces travaux.

 

Table ronde 3: Economie circulaire, responsabilité sociale et environnementale

Table ronde 3Cette dernière table ronde de la matinée a été animée par Patricia Savin, avocate associée au cabinet DS Avocats, et présidente d’OREE. Sébastien Nerva, responsable du service innovation à l’EPA Marne, Franck Faucheux, directeur des innovations chez Eiffage Aménagement, et Mohammed Hamaoui de Réavie sont intervenus.

Le projet de loi sur l’économie circulaire, présenté en conseil des ministres le 10 juillet, a été évoqué en ouverture de la table ronde. Il comprend des éléments sur le diagnostic bâtiment et sur la responsabilité élargie des producteurs de matériaux.

En matière d’aménagement l’heure est aujourd’hui à la sobriété, à la préservation de la biodiversité et également à l’économie circulaire. La prise de conscience, depuis une dizaine d’années, des enjeux liés à l’économie circulaire dans l’aménagement été soulignée.

Aujourd’hui les aménageurs pensent à l’optimisation des matériaux à travers l’écoconception. A ce titre des filières comme celle de la terre crue sont aujourd’hui redécouvertes, ainsi que l’a montré Sébastien Nerva à travers sa présentation d’un projet.

Présentation de l'intervenant d'Eiffage
Présentation de Franck Faucheux (Eiffage) 

L’économie circulaire c’est aussi le réemploi des matériaux. Que ce soient les terres de déblai, les granulats issus des démolitions ou encore ressources prélevées sur les bâtiments avant démolition (baies, menuiseries, sanitaires…). Ainsi des granulats peuvent être réutilisés pour les nouvelles routes créées sur le même site comme l’a fait Eiffage à Chatenay Malabry.

Des filières locales peuvent être mises en place pour le traitement des matériaux avec l’organisation de la dépose, du stockage et du réemploi. Ce type de filière vise à limiter l’apport de nouveaux matériaux sur un chantier et répond à un double objectif : réduire l’utilisation de matériaux, et fournir du travail au niveau local.

En conclusion, Mohammed Hamaoui de l’association Réavie a rappelé que le bâtiment représente 42 millions de tonnes de déchets par an en France, et que l’économie circulaire devient un outil pour les aménageurs.

 

Les groupes de travail du RNA

Trois groupes de travail ont été organisés au cours de l'après-midi, sur trois thématiques différentes.

GT1 : Parking en mutation en transition écologique 

photo de l'atelier sur le stationnementLe groupe de travail préparé par le Cerema (Juliette Maitre), sous la direction d’Anne Blondeau (DGA - Citallios) et Olivier Morlet (Directeur du développement aménagement ADIM Vinci Construction) et de la DHUP (François Kellerhals Hosso), a choisi de se concentrer sur la question du stationnement. Comment faire évoluer cette infrastructure coûteuse à l’échelle de l’aménagement et de l’immobilier ? Comment gérer la transition ? Stationnement privé, sous-terrain, comment les optimiser et les faire évoluer ?

En France, on estime que 10% de la circulation urbaine est engendrée par des véhicules en recherche de stationnement. À l’échelle individuelle, cela représenterait environ 30 minutes par semaine et par conducteur. Et selon une étude générale du Cerema, 60% de la pollution urbaine proviendrait de la circulation liée au stationnement. Ainsi non-seulement le stationnement pose un problème de congestion des villes, ce qui en dégrade la qualité de vie tout comme la qualité de l’air. Les villes de demain, vertes et intelligentes, ont l’impératif de repenser les modes de déplacement et le stationnement.

Aujourd’hui certains comportements évoluent, ainsi que les technologies et les acteurs à l’œuvre. Pour la première fois depuis des décennies, la tendance n’est plus à la voiture individuelle. La priorité est maintenant donnée aux transports en commun et aux mobilités actives.

Coupe schématique / Parking-silo transformable à Montpellier, par Archikubik
Coupe schématique / Parking-silo transformable à Montpellier, par Archikubik

Ces questions ont des impacts financiers et en termes de conception et pour les collectivités, les aménageurs et les constructeurs. Comment les évolutions en cours ou à venir en matière de mobilité et de stationnement vont-elles impacter l’aménagement ? A quelle échéance et comment gérer la transition ?

La séance s’est structurée en deux temps :

  • Comment prévoir le stationnement aujourd'hui (tout mode) dans un contexte de fortes évolutions ? Quelles solutions possibles ? A quelle échelle ?
  • Comment optimiser et faire évoluer les parkings existants publics comme privés ?

La séance a bénéficié des témoignages d’Eric Gantelet, Président de Sareco ; Carmen Santana, spécialiste écologie urbaine, architecte- urbaniste à l’agence archiKubiK avec l’exemple du parking réversible de Montpellier ; François Laurent, directeur opérationnel, SEM Plaine Commune Développement pour l’EcoQuartier fluvial de l’Ile Saint Denis et Thierry Pontille, directeur du développement, Indigo.

GT 2 : Le défi de la transition énergétique et environnementale dans les espaces périurbains

atelier vue de la salleLe groupe de travail a été préparé par le Cerema (Marion Benoist-Mouton), sous la direction d’ Anne Fraisse (Europolia) et José-Michael Chenu (Vinci Développement Urbain et vice-président d’EGF BTP) et de la DHUP (Emilie Touchard), a traité du périurbain entendu au sens large (zones périphériques des métropoles, centres-bourgs en voie de dévitalisation, villes moyennes, rural proche) et s’est intéressé aux questions suivantes :

  • Quel nouveau modèle d’aménagement durable développer au sein des espaces périurbains, viable économiquement ?
  • Comment impliquer les aménageurs dans l’accompagnement de ces territoires ?
  • Les espaces périurbains ne peuvent-ils pas être un démonstrateur pour la transition énergétique et environnementale ?
  • Comment répondre aux besoins de ces territoires de recréer du lien social ?

Les diverses politiques de promotion de l’accession à la propriété ont engendré pour une large partie de la population des stratégies d’éloignement afin de rendre conciliables désir d’acquisition d’une résidence principale et réalité du marché. En conséquence, on assiste depuis plus de 40 ans à un phénomène de périurbanisation aujourd’hui décrié car fortement consommateur d’espace, énergivore et renforçant les logiques individuelles.

rue piétonne à Roanne
Rue piétonne de Roanne - CCO

Parallèlement, les efforts relatifs à la transition environnementale et énergétique (TEE), notamment en termes de financements, ont porté sur les agglomérations au sens large, alors même que par leur superficie, le nombre d’habitants concernés et les impacts portés à l’environnement, concernent au premier plan les territoires périurbains comme l’a rappelé la récente actualité nationale.

L’enjeu est de taille dans un contexte où les aménageurs n'ont jusqu’à présent que peu investi ces territoires et que les pratiques d’aménagement ont été globalement similaires pendant des décennies.

Tous les leviers possibles doivent être actionnés: réinvestissement des centres anciens par des actions sur la rénovation du bâti, développement des énergies renouvelables, recherche d’un seuil de densité minimale, redynamisation par une approche sur les services, le numérique ; les commerces et équipements, la recherche de solutions de mobilités plus durables.

La séance a bénéficié des témoignages de François Menard, responsable de programmes de recherche au Puca ; Adrien Gros, Directeur de l'aménagement urbain chez AQUITANIS ; Hervé AMBAL, architecte-maître d’oeuvre à l’agence AR357 ; Mirco Tardio, agence DJURIC-TARDIO architectes, en binôme avec Marie-Françoise Guyonnaud, SMART USE ; Dominique Lacaze et Mathieu Morange, Délégués au développement régional du groupe La Poste.

GT 3 : Entre règles, contrats et labels, quels leviers actuels et futurs sur la TEE ?

Intervenants de l'atelier 3Ce groupe de travail préparé par le Cerema (Agnès Pouillaude), sous la direction de Camille Roccaserra (Responsable du département Aménagement-Fédération des EPL) et Yann Le Corfec (Directeur juridique – UNAM) et de la DHUP (Jean-Marie Quémener), avec l’appui de la SCET (Laurent LE CORRE), a questionné les leviers juridiques, contractuels et incitatifs, actuels de la transition énergétique et environnementale selon les échelles urbaines et le système d’acteurs.

Attentif aux évolutions en cours, il a permis de se projeter vers le cadre juridique et contractuel de demain, que les aménageurs devront s’approprier, et de mettre en débat les évolutions attendues pour adapter la ville au changement climatique ou l’atténuer.

En effet, les collectivités hybrident de plus en plus les planifications de l’urbanisme et du climat, en application de la Loi de transition énergétique (décrets en 2016). En parallèle, les initiatives des aménageurs, souvent labellisées, engagent et approfondissent la transition des villes (EcoQuartier, HQE aménagement©, BREEAM©, LEED©, BiodiverCity™). Dans un avenir proche, l’enjeu de massifier et d’accélérer la transition énergétique et environnementale interroge les équilibres entre approche volontaire portée par les labels et approche réglementaire.

La séance a permis d’aborder les questions suivantes :

Quelles sont les obligations juridiques pour les aménageurs dès aujourd’hui et pour demain ? Quelles évolutions les aménageurs devront-ils intégrer ou accompagner dans les projets urbains, suite au renforcement de la planification énergétique et climatique ? Quelles sont les attentes des collectivités locales par rapport aux aménageurs ? Les démarches de certification, les labels ou les expérimentations en aménagement urbain aident-elles à avancer sur l’adaptation au changement climatique ? En quoi ? Quels outils aux mains des aménageurs ? Quels impacts sur le modèle économique de l’aménagement ?

La séance a bénéficié des témoignages d’Armelle ECOLAN, Chargée d’études Planification, Rennes Métropole sur les dispositions énergie-climat du PLUi ; Bertille FEGER, Directrice des opérations, Icade Promotion, pour la ZAC du Plessis botanique (La Riche) ; Anthony ROUSTEAU, Responsable d’opération, Anjou Loire Territoire pour les Echats (Beaucouzé) ; Jean-Christophe VISIER, Directeur de la Prospective, CSTB, sur le projet de recherche Quartier E+ C- ; Laurent LE CORRE, Responsable Service Montages Juridiques Opérationnels à la SCET ; Laëtitia MANTZIARAS-CONREAUX, Cheffe du bureau de la planification urbaine et rurale et du cadre de vie, DHUP /QV3 et Fabien AURIAT, Chargé de mission, Bureau de l'aménagement opérationnel durable, DHUP/AD 4.

 

Conclusion par le ministre Julien Denormandie

Julien Denormandie aux RNA 2019Le ministre en charge de la ville et du logement, Julien Denormandie, est venu conclure les échanges de cette journée en rappelant les enjeux en termes d’adaptation du territoire au changement climatique tant pour l’existant que pour les nouveaux quartiers.

Il a sollicité le Réseau National des Aménageurs, pour être force de proposition sur l’adaptation des villes au changement climatique dans les actions qu’ils portent au quotidien. Il souhaite que le réseau lui communique des propositions d’ici à la rentrée de septembre.