De nombreuses communes de moins de 10 000 habitants n’ont pas de personnel spécialisé pour gérer leurs ouvrages d’art : SOS Ponts, un outil numérique, gratuit, innovant et accessible, les accompagne dans la gestion et la réparation de leurs ouvrages d’art.
Cet article du Cerema a été publié par notre partenaire TechniCités :
Les ponts jouent un rôle crucial dans le fonctionnement du réseau routier français, qui s’étend sur plus d’un million de kilomètres. Reliant les territoires et soutenant la mobilité des usagers, ces ouvrages d’art sont devenus un enjeu de sécurité publique face au vieillissement progressif de ce patrimoine.
Si les réseaux routiers nationaux, départementaux , autoroutiers concédés ou situés dans les grandes zones urbaines bénéficient de services techniques et de dispositifs de suivi adaptés, les communes et intercommunalités sont, pour beaucoup, démunies et peu ou pas structurées face à cet enjeu. L’absence fréquente d’un état des lieux, d’un suivi de l’état des ponts et de procédures standards de maintenance expose ces infrastructures à des risques accrus de dégradation.
Un état alarmant des ouvrages d'art
Depuis 2021, le Cerema pilote le Programme national ponts (PNP), une initiative d’envergure visant à dresser un état des lieux précis des ponts et murs de soutènement appartenant aux communes. Ce programme a permis d’évaluer environ 63 180 ouvrages répartis dans près de 15 000 communes volontaires (bilan au 31 octobre 2024 et hors outre-mer).

À l’issue des PNP1 & 2, le bilan est alarmant :
- 25 % des ponts et 14 % des murs présentent des désordres structuraux significatifs ou majeurs ;
- 5 % des ouvrages des ponts et murs présentent des problèmes de sécurité du fait de désordres graves sur la structure avec préconisation immédiate de limitation de tonnage ou de fermeture.
- Le coût total des réparations est estimé à 3,3 milliards d’euros, dont 740 millions pour les interventions urgentes visant à garantir la sécurité des usagers.
Pour les petites communes, mais aussi des intercommunalités, souvent dépourvues de ressources techniques pour les premières, ou pas suffisamment structurées pour la gestion des ouvrages d’art pour les secondes, la réparation ou la reconstruction des ponts et des murs constituent un défi de taille. Les communes de moins de 10 000 habitants, en particulier, n’ont généralement pas de personnel spécialisé pour gérer ces infrastructures. Elles se retrouvent alors face à de nombreuses questions : mon pont est endommagé, comment procéder pour le réparer ? Quelles sont les étapes à suivre ? Qui peut m’aider ? Quelles aides financières sont disponibles ?
Les démarches, complexes sur les plans technique et réglementaire, nécessitent l’intervention de divers acteurs. Si certaines entités locales, comme les agences techniques départementales (ATD), offrent un soutien en ingénierie, leur présence et leurs compétences varient selon les territoires. De leur côté, les intercommunalités (établissements publics de coopération intercommunale, EPCI) n’assurent pas toutes la compétence voirie, ou seulement sur des voies dites "d’intérêt communautaire".
Il est pourtant essentiel d’agir car laisser un ouvrage se dégrader peut entraîner des limitations de circulation, voire des fermetures, avec des impacts importants sur la vie économique et sociale de la commune. De plus, la responsabilité des élus peut être engagée en cas de négligence ou de défaut d’entretien normal.
Anticipant ces enjeux, le Cerema a conçu SOS Ponts, un outil numérique, gratuit, innovant et accessible, destiné à accompagner les communes dans la gestion et la réparation de leurs ouvrages d’art. Fruit d’une collaboration avec le programme Entrepreneurs d’intérêt général (initié par la Direction interministérielle du numérique), cet outil a été développé en six mois à l’aide de méthodes agiles centrées sur les besoins des utilisateurs.
Lancé à l’échelle nationale en juin 2023, SOS Ponts poursuit trois objectifs principaux :
Conseiller efficacement communes sur les étapes clés pour mener leurs projets de réparation : identifier les priorités, établir un plan d’action, et mobiliser les bons acteurs au bon moment
Fournir des contacts ciblés pour l’ingénierie : diagnostics, maîtrise d’œuvre, assistance à maîtrise d’ouvrage, ou encore bureaux d’études spécialisés et ingénieries locales (comme les ATD)
Orienter vers les aides financières disponibles, pour permettre la réalisation des travaux
Côté communes, l’outil permet à la collectivité de bénéficier d’un espace dédié où elle peut :
- consulter les réponses apportées et interagir avec les conseillers via une messagerie privée ;
- partager des documents liés aux ouvrages ;
- suivre l’avancement de ses projets et poser de nouvelles questions, qu’il s’agisse d’un même ouvrage ou d’un autre.
Côté partenaires, l’outil offre :
- une meilleure visibilité sur les projets en cours : accès aux problématiques soumises par les collectivités et soutien dans leurs démarches ;
- une plateforme collaborative : travail en lien direct avec le Cerema et d’autres experts pour accompagner les collectivités dans la résolution de leurs problématiques d’ouvrages
d’art ; - un espace de suivi simplifié : retrouver les détails des projets de leur territoire, consulter les recommandations déjà formulées, et suivre leur mise en œuvre.
Découvrir le service :
SOS Ponts propose plusieurs fonctionnalités. Ainsi, les conseillers inscrits à SOS Ponts bénéficient d’un accès à :
- un descriptif précis des problématiques soulevées par les collectivités ;
- un tableau de bord des projets en cours sur un ou plusieurs territoires (selon les droits accordés) ;
- les recommandations déjà émises, ainsi qu’un espace pour en ajouter de nouvelles ;
- un outil de suivi permettant de visualiser l’état d’avancement de chaque recommandation ;
- un espace de communication et de partage de documents avec les collectivités concernées ;
- une bibliothèque de ressources existantes, enrichie en continu pour répondre aux questions les plus fréquentes.
Article écrit par Marie Archambault, directrice de projets de transformation numérique, et Renaud Léglise, conseiller technique diffusion des connaissances en ouvrages d’art, Cerema.
2 questions sur la démarche et les objectifs de SOS Ponts
Esil Fainsilber, vous êtes designer de la plateforme, en termes d’usages quels étaient les objectifs en développant la plateforme ?
Nous avons commencé par mener une recherche auprès des utilisateurs et utilisatrices pour mieux comprendre leurs besoins et aussi comprendre leurs usages du numérique. Nous avions peur de perdre du monde en route en proposant un outil numérique compliqué, donc nous étions ouvertes sur la forme que prendrait le service.
Nous voulions proposer un outil simple et accessible pour toutes les communes qui se posent des questions après avoir reçu le carnet de santé de leurs ponts et de leurs murs. Nous avons échangé avec l’équipe d’UrbanVitaliz qui travaille sur le sujet des friches et propose un service pour des communes qui ont des besoins similaires. Urbanvitaliz nous a mis à disposition leur outil numérique, que nous avons adapté au sujet des ponts et des murs. Nous l’avons testé auprès des communes et continuons à collecter les retours des collectivités pour améliorer le service.
Le deuxième enjeu était sur le contenu envoyé aux communes. Nous avons travaillé avec les experts et expertes du Cerema pour simplifier les informations destinées aux communes, pour les rendre compréhensibles pour les élus et les élues, pour qu’ils et elles puissent avancer dans leur démarche de réparations. L’objectif de SOS PONTS est vraiment de faire le lien entre les experts et expertes du Cerema et les communes. L’outil numérique permet de centraliser et d’harmoniser les réponses apportées aux communes, pour faire gagner du temps aux experts et aux expertes qui peuvent se concentrer sur des sujets de fond.
Cela nous arrive d’appeler les communes par téléphone pour préciser leur besoin et apporter une réponse plus pertinente. C’est quelque chose qui donne un aspect humain au service. Les collectivités ont un contact privilégié et cela facilite leur démarche.
Marie Archambault, vous êtes directrice de Programmes de Transformation. Quelle était l’approche sur le plan technique en développant SOS Ponts ?
Les communes qui ont participé au programme national Ponts nous ont fait part d’un fort besoin d’accompagnement pour l’entretien courant et surtout pour la réalisation des travaux de réparation de leurs ponts et murs de soutènement.
Nous avons voulu proposer un service à la fois capable de les guider étape par étape, pour trouver les contacts, les acteurs, savoir s’il faut réaliser une étude, demander des autorisations... mais également un outil interne facilitant la gestion et la capitalisation des réponses pour les experts du Cerema.
SOS Ponts répond également à un enjeu de transformation de l’établissement. La démarche des Entrepreneurs d'Intérêt Général nous a permis au cours de ces 10 mois de questionner les pratiques, se familiariser à de nouvelles approches, proposer des innovations, permettant ainsi de contribuer à l’acculturation et la formation de tous sur numérique au service de nos pratiques
SOS Ponts évite d’avoir à faire des recherches, ce qui représente un gain de temps important : on leur donne un contact ou on les renvoie vers des annuaires professionnels pour le trouver en leur expliquant comment effectuer cette recherche en fonction de leurs besoins. Pour les financements, qui sont un vrai enjeu, nous avons identifié les financements accessibles, et nous les aidons à savoir si l’ouvrage pourra être éligible et surtout quels sont les pré-requis pour monter un dossier.
Nous pouvons aussi les aider à prioriser les interventions si plusieurs ouvrages nécessitent des interventions.
L’objectif est vraiment de débloquer les communes dans leurs procédures pour leur faciliter le passage à l’action. On constate que pour beaucoup, le frein au-delà du manque de financement se situe dans les différentes étapes des procédures qui ne sont pas claires et elles ne savent pas comment procéder.
Pendant 2 ans et demi on a balbutié, piétiné́, pour la première fois, on a une réponse concrète appropriée, dirigée vers les bonnes personnes. On s'en réjouit !
C’est efficace. Je ne pensais pas que j’aurais quelqu’un au téléphone. J’ai vraiment envoyé́ une bouée à la mer
C’est tout nouveau, c’est déjà bien qu’on ait des appuis techniques. On se retrouve tout seul c’est bien qu’on puisse faire appel au Cerema.
Oui SOS Ponts répond bien à notre question, on savait pas bien. La réglementation est ce qu'on cherche le plus dans les petites mairies.
C’était très clair et assez rapide. C’est intéressant lors de la phase de prospection pour savoir ce qu'il est possible de faire ou pas. L'accès au rapport était facile et nous l'avons trouvé tout à fait approprié.

