13 janvier 2026
Crue du Rhône à Lyon
Cerema
Face à l'urgence climatique, cette conférence a permis aux décideurs et acteurs publics de croiser diagnostics, stratégies et retours d'expérience. Les données disponibles, les attentes des collectivités et les leviers pour transformer la connaissance en action ont été abordés lors d'une table ronde.

Cette conférence technique territoriale du 2 décembre 2025 a rassemblé à Bron plus d’une soixantaine de décideurs, praticiens et experts autour d’un objectif commun : mieux comprendre l’évolution des risques hydrauliques et terrestres pour mieux agir. 

Co-organisée par le Cerema, Météo-France, INRAE et le PARN, cette journée a offert un cadre privilégié pour croiser les expertises, confronter les approches et partager des retours d’expérience concrets issus des territoires.

Les interventions portées par des spécialistes, ont permis d’éclairer les enjeux d’adaptation face au changement climatique : données hydro-climatiques, diagnostics de vulnérabilité, aménagement des infrastructures, solutions fondées sur la nature, ou encore mobilisation des habitants. Des échanges nourris ont également rythmé cette journée — lors de la table ronde comme dans les sessions thématiques — et ont mis en évidence une volonté partagée d’avancer collectivement vers des stratégies d’adaptation plus robustes et opérationnelles. 

 

La richesse des débats a confirmé l’importance d’articuler connaissance, action locale et innovation pour bâtir des territoires résilients.

 

Table ronde : mobiliser les données pour l'adaptation aux risques

Avec :

  • Christophe Leblanc, directeur régional de Météo France.
  • Anne Lescurier, chef du service Risques naturels, Département de Savoie
  • Eric Sauquet, directeur de recherche en hydrologie, INRAE

 

Intervention de Christophe Deblanc – Météo France

Cette première intervention a posé le cadre climatique de la journée, présentant la trajectoire de référence pour l’adaptation en France, fondée sur les scénarios du GIEC et intégrée au Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC) qui retient un réchauffement planétaire de +3°C, équivalant à +4°C en France métropolitaine d’ici 2100. Cette augmentation, qualifiée de "+40% d’évolution de la variable climatique" fera de l’année 2022 une année "ordinaire" vers 2050 et “fraîche” en fin de siècle. Le changement ne sera pas linéaire : les extrêmes climatiques s’intensifieront, avec des vagues de chaleur plus fortes et des contrastes saisonniers accentués (hivers plus humides, étés plus secs).

"En fait, l’année 2022 sera une année ordinaire à l’horizon du milieu du siècle et une année plutôt fraîche, voire exceptionnellement fraîche à l’horizon de la fin du siècle." – Christophe Deblanc

 

Les territoires de montagne seront particulièrement touchés : chute drastique de l’enneigement, passage de régimes hydrologiques nivaux à pluvio-nivaux, aggravation des étiages estivaux, augmentation des pluies intenses (+15 %) et déstabilisation des massifs liée au dégel du pergélisol et à la fonte des glaciers (le glacier de Saint-Saulard aura disparu vers 2050). 

Une analyse historique que j’ai empruntée au RTM à l’échelle des Alpes du Nord et qui montre déjà une augmentation de 50% des risques gravitaires, tous risques confondus, sur les 25 dernières années.” – Christophe Deblanc.

En conclusion, cette présentation dresse un tableau sans équivoque d’un futur climatique radicalement différent, caractérisé par des extrêmes plus fréquents et intenses. Ce nouveau paradigme climatique impose de repenser la vulnérabilité et la résilience des infrastructures, en particulier en montagne où les effets sont démultipliés.

 

La présentation :

Intervention d’Eric Sauquet - INRAE

Laurent Mignaux TERRA

En tant que coordinateur scientifique du projet EXPLORE-2, Éric Sauquet a présenté les résultats de ce programme dédié à l’évaluation de l’impact du changement climatique sur l’hydrologie en France. L’objectif : fournir des projections hydroclimatiques opérationnelles pour accompagner gestionnaires et techniciens dans leurs décisions d’aménagement, malgré la masse de données et les incertitudes associées.

Le projet a étudié la réponse des hydrosystèmes à deux niveaux de réchauffement (+2,7°C et +4°C). Les résultats montrent des tendances robustes mais contrastées : des hivers globalement plus humides et des étiages estivaux nettement accentués, avec une intensification proportionnelle au niveau de réchauffement. Les incertitudes restent toutefois importantes, liées à la fois aux modèles hydrologiques et aux projections climatiques. Les massifs montagneux sont particulièrement concernés : la diminution du manteau neigeux entraîne une transition marquée des régimes nivaux vers des régimes pluviaux.

L’analyse des extrêmes révèle également des contrastes. Pour les sécheresses, le signal est clair : une baisse significative de la ressource estivale est attendue sur l’ensemble du pays. Pour les crues, la situation est plus complexe. L’augmentation des pluies extrêmes ne se traduit pas mécaniquement par des crues plus fortes, en raison notamment de phénomènes de compensation (sols plus secs, stockage intermédiaire…). Les évolutions restent fortement incertaines, avec une tendance plutôt à la hausse au nord et plus incertaine au sud.

“Plus de pluie ne signifiera pas forcément plus de crues. En tout cas, il y a beaucoup d’incertitudes autour des crues.” - Éric Sauquet

En conclusion, EXPLORE-2 confirme l’aggravation des sécheresses et une transformation profonde des régimes hydrologiques, en particulier en montagne. Il met aussi en évidence la forte incertitude entourant l’évolution des crues, incitant à la prudence pour les stratégies d’adaptation. Les résultats et guides produits visent à aider les acteurs locaux à mieux anticiper le futur hydrologique de leur territoire.

La présentation :

Intervention d’Anne Lescurier – Département de Savoie 

RD35 – Gerbaix Glissement de terrain en 2023 / Crédit : CD Savoie

Anne Lescurier, cheffe du service Risques Naturels du Département de la Savoie, a présenté la manière dont un gestionnaire routier de montagne fait face à l’intensification des aléas naturels. Elle décrit une véritable rupture observée depuis une dizaine d’années : les phénomènes deviennent plus violents, plus fréquents et plus étendus.

Le département enregistre une hausse spectaculaire des événements et des coûts associés. Les années 2018 et 2023 ont notamment constitué des pics, avec près de 30 millions d’euros dépensés en 2023 pour les seuls risques naturels. La typologie des aléas évolue également : aux chutes de blocs s’ajoutent désormais de nombreux glissements de terrain et coulées de boue, y compris en hiver, une saison qui n’est plus synonyme d’accalmie en raison de l’alternance gel/dégel et de pluies intenses.

Plusieurs événements majeurs et la crise généralisée de fin 2023 ont mis en évidence les limites de l’organisation actuelle : saturation des équipes, mobilisation maximale des entreprises et des bureaux d’études, difficulté à gérer simultanément tous les fronts. Les outils de prédiction montrent eux aussi leurs limites lorsque tous les indicateurs passent “au rouge”, rendant la priorisation quasi impossible.

Face à cette situation, le département reconnaît qu’il ne pourra plus tout traiter. Il devient nécessaire de repenser les actions de prévention et de protection, d’arbitrer plus finement les interventions, et d’envisager parfois la fermeture temporaire ou même définitive de certaines routes.

"C'est-à-dire qu'on ne sait plus prioriser les actions, et qu'il faut pouvoir être sur tous les fronts à la fois." – Anne Lescurier

 

La conclusion appelle à un changement d’approche sociétale : définir un niveau de risque acceptable, renforcer la sensibilisation des élus et des usagers, et réorienter les choix politiques et budgétaires. La Savoie a d’ores et déjà engagé une réorganisation stratégique pour s’adapter à cette nouvelle réalité.

Echanges avec la salle

  • Amélioration des modèles de crues : Éric Sautier explique que les pistes d'amélioration résident dans une meilleure modélisation des phénomènes convectifs par les modèles climatiques et une représentation plus robuste de la neige dans les modèles hydrologiques. Il souligne cependant la difficulté inhérente au fait de travailler en extrapolation sur un phénomène (le changement climatique) qui se développe en même temps qu'il est étudié.

  • Responsabilité juridique des gestionnaires : Jean-Philippe Lagrange (Directeur des infrastructures, département de la Savoie) et Anne Lescurier sont clairs : la responsabilité du gestionnaire est systématiquement engagée. Cependant, la capacité à démontrer au juge qu'une politique de gestion des risques est en place et activement suivie est un élément crucial pour la défense. La "politique de l'autruche" n'est plus une option. Floriane Morena (Directrice, EPTB Ardèche) confirme cette tendance à la judiciarisation et à la responsabilisation des collectivités publiques, qui a des conséquences directes sur la difficulté à s'assurer.

  • Données statistiques et adaptation : Une question porte sur l'obsolescence des données statistiques passées (ex: coefficient de Montana) pour le dimensionnement. Éric Sauquet indique que des réflexions sont en cours au niveau de la DGPR pour définir des coefficients de correction, mais qu'il n'y a pas encore de conclusion claire.

  • Scénario à +4°C et futur post-2100 : Il est précisé qu'il s'agit d'un scénario intermédiaire qui suppose la poursuite des efforts actuels d'atténuation. Si les émissions de gaz à effet de serre étaient stabilisées, la température se stabiliserait également, mais avec un effet d'inertie important. Les impacts, comme la montée des eaux, se poursuivront bien au-delà de 2100.

Identifier et comprendre les vulnérabilités

Cette deuxième séquence de la matinée se concentre sur les méthodes et outils développés pour diagnostiquer la vulnérabilité des infrastructures et des territoires, à différentes échelles.

 

Approche systémique d'adaptation des infrastructures - Région Provence-Alpes-Côte d’Azur

Nathalie Berenger, Cerema, David Grzyb, Région Sud, Arnaud Verquerre, DREAL PACA

Pont endommagé par la tempête Alex dans la vallée de la Roya - Cerema

La présentation porte sur l’étude de vulnérabilité des infrastructures de transport engagée en région PACA, territoire essentiel pour les flux de voyageurs et de marchandises et fortement exposé aux risques naturels. Face à leur aggravation, la Région et l’État ont lancé une stratégie globale d’adaptation, dont le diagnostic de vulnérabilité constitue la première étape. L’objectif est de partager la connaissance, sensibiliser les acteurs, identifier les risques majeurs et préparer un plan régional d’adaptation.

Il s’agit d’une étude de R&D d’envergure portant sur l’ensemble des infrastructures (routes, voies ferrées, ports, aéroports), menée à la suite d’une prise de conscience que le changement climatique pourrait compromettre leur pérennité et rendre les coûts de réparation difficiles à maintenir à long terme.

Fondée sur la méthodologie ASAIT (Approche Systémique d’Adaptation des Infrastructures de Transport) du Cerema, la démarche associe tous les gestionnaires d’infrastructures pour produire des cartographies de risques et un plan d’action partagé. Elle est d’ailleurs citée comme exemple dans le PNACC 3. La méthode croise des données climatiques projetées (issues d’Explore 2) avec les caractéristiques techniques des réseaux pour évaluer leurs vulnérabilités physique et fonctionnelle.

L’étude fait face à plusieurs défis, notamment la collecte de données hétérogènes et la modélisation des phénomènes extrêmes. L’une de ses premières réussites est sa capacité à fédérer les acteurs et à renforcer leurs compétences, l’échelle régionale apparaissant particulièrement pertinente pour coordonner cet effort collectif.

 

Etudes de vulnérabilité aux risques mouvements de terrain des routes - Puy-de-Dôme

Julie Cheveau, Département du Puy-de-Dôme, Amélie Geoffroy, Cerema

Cette présentation en deux volets illustre une démarche pour disposer d’une méthodologie unifiée pour un plan de gestion du risque rocheux afin de prioriser les investissements face au risque d’éboulement rocheux et limiter les cas de jurisprudence. La première partie, présentée par Amélie Geoffroy, expose une étude menée pour le département de l’Aude visant à classer les tronçons des 4 700 km de routes départementales pour le risque de chute de blocs en croisant un indice d’enjeu de mobilité (données de trafic routier, desserte, etc.) et un indice d’aléa rocheux. L’un des principaux défis a été l’évaluation de cet aléa, qui a nécessité de parcourir l’ensemble du réseau en voiture, une méthode longue et coûteuse.

La seconde partie, présentée par Julie Cheveau, décrit une proposition d’adaptation de cette approche à un territoire plus vaste encore (7 000 km). Pour réduire les coûts et les délais, la méthode sera révisée en s’appuyant sur des données LiDAR HD et la carte géologique harmonisée numérisée, permettant d’automatiser la détection des talus routiers et versants rocheux à risque. Cette approche innovante permettra également d’intégrer les versants situés en amont des routes, souvent peu documentés.

Cette présentation illustre ainsi un transfert et une optimisation méthodologique entre collectivités, avec l’ambition commune de disposer d’outils plus efficaces et objectivés pour orienter les décisions d’investissement et la gestion des infrastructures.

 

La présentation :

Evaluation des mouvements de terrain sur un itinéraires (RD488)

Agnès Foultier, Cerema, Antoinze Ruiz, département du Rhône

RD 488 / Département du Rhône

La présentation porte sur une étude menée à une échelle très fine : un itinéraire unique de 6 km, la RD 488, pour le département du Rhône. L’objectif était de fournir un outil d’aide à la décision permettant de hiérarchiser les travaux de sécurisation face à la hausse des glissements et chutes de blocs.

La méthodologie, très opérationnelle, s’appuie sur une analyse de terrain détaillée (visites à pied, drone) pour délimiter des zones homogènes d’aléa. Pour chacune, une fiche décrit la nature et l’intensité de l’aléa, sur la base d’un dire d’expert. Une grille de priorisation combine ensuite ce niveau d’aléa avec plusieurs critères de vulnérabilité : impact sur la chaussée (une ou deux voies), type de dommage (encombrement ou destruction) et durée estimée de coupure. Cette notation classe chaque zone en priorité 1 (court terme), 2 (moyen terme) ou 3 (long terme).

L’ensemble des résultats est intégré dans un SIG (QGIS), offrant une visualisation cartographique et une estimation des coûts par type d’aléa et niveau de priorité. L’outil apporte une vision claire des interventions à programmer et des budgets associés, facilitant la justification des demandes de financement. La grille reste adaptable au contexte de chaque itinéraire et le document final est conçu pour être mis à jour au fil du temps.

 

La présentation :

Méthodes et approches territoriales

Agirisk : pré-diagnostic de vulnérabilité d'un territoire aux inondations

Yohann Evain, Cerema

Habitations impactées par une crue - Cerema

La présentation introduit AGIRISK, un outil conçu pour faciliter la réalisation des diagnostics de vulnérabilité aux inondations, souvent longs, coûteux et freinés par le manque de données ou la mobilisation difficile des acteurs. AGIRISK vise à automatiser et accélérer ces démarches.

L’outil s’appuie sur des bases de données publiques nationales (INSEE, Cerema, etc.) pour calculer des indicateurs de vulnérabilité concernant la population, l’habitat, les activités économiques ou les réseaux. En croisant ces données avec une carte d’aléa inondation fournie par l’utilisateur (PPR, TRI…), il génère automatiquement tableaux de bord et atlas cartographiques. Il peut aussi être adapté au profil de l’utilisateur — aménageur, gestionnaire de crise, porteur de PAPI — en ajustant les indicateurs et les formats de restitution.

Trois profils personnalisés sont présentés :

  1. Vue TRI : production d’atlas de vulnérabilité pour l’ensemble des TRI français (commande DGPR).

  2. Vue PAPI : cartographies thématiques pour aider une collectivité à définir son programme d’actions.

  3. Vue Gestion de crise : affichage des enjeux par tronçon hydrographique pour les SPC et les services d’intervention.

AGIRISK est présenté comme un outil déjà opérationnel, qui continuera d’évoluer, notamment pour permettre l’intégration de données locales plus fines afin d’affiner les diagnostics.

 

La présentation :

Qualifier la vulnérabilité d'un département au risque ruissellement - Ardèche

Claire Fraisse, Cerema, Floriane Morena, EPTB Ardèche

Nettoyage après l'inondation à Annonay en octobre 2024 - Ville d'Annonay

L’intervention présente une étude exploratoire sur le risque de ruissellement, un aléa émergent encore mal caractérisé mais aux impacts croissants. Menée sur un territoire de 2 400 km², l’étude a d’abord évalué plusieurs méthodes existantes (Exzeco, Crues), jugées insuffisantes, avant de s’appuyer sur Cartino 2D, outil du Cerema permettant de modéliser les écoulements à différentes échelles. Ces simulations ont conduit à l’élaboration d’une carte stratégique distinguant les zones de départ (infiltrer/stocker), de transfert (ralentir) et d’accumulation (diriger/évacuer).

Dans un contexte où les dommages liés au ruissellement - risque souvent absents des PPRi - se multiplient, l’étude vise à doter l’EPTB d’une démarche proactive avec cartes, recommandations et guides de bonnes pratiques pour nourrir le dialogue avec les acteurs de l’urbanisme et intégrer ce risque dans la planification territoriale et les projets d’aménagement.

La présentation met également en lumière les enjeux de communication autour de cet aléa encore peu connu : les premières cartes ont suscité des inquiétudes locales, interprétées comme une possible "mise sous cloche" du territoire. La démarche a donc été accompagnée d’une présentation simultanée des solutions et bonnes pratiques afin d’en montrer le caractère opérationnel et constructif. Le travail se poursuit pour affiner les modélisations, préalable indispensable à toute utilisation réglementaire.

 

La présentation :

Caractériser la vulnérabilité des territoires de montagne 

Geneviève Rul, Cerema

Cerema

Le département de l’Isère souhaitait éclairer sa stratégie de préparation face aux évolutions climatiques et en mesurer les conséquences sur la totalité de son territoire, avec une approche plus détaillée sur ses territoires de montagne. L’étude repose sur un constat : l’augmentation des aléas naturels et les contraintes budgétaires interrogent la capacité à intervenir systématiquement après chaque événement pour une remise en état.

La commande passée au Cerema visait à identifier les zones d’habitat isolé en montagne exposées à plusieurs aléas, en contexte de changement climatique. Pour cela, l’étude a développé une méthode innovante appliquée à 220 communes de montagne, croisant plusieurs facteurs :

  1. Qualification de l’habitat en bourg, hameaux, habitat isolé

  2. Analyse des accès notamment les dessertes uniques, les itinéraires alternatifs sur à coupure.

  3. Analyse des aléas naturels : mouvements de terrain, feux de forêt… 

  4. Évaluation de l’isolement et de la vulnérabilité.

Cette démarche vise à repérer les secteurs où le maintien et la sécurisation des accès pourraient devenir critiques. Elle fournit un outil d’aide à la décision pour objectiver ces situations, orienter les investissements et engager des échanges sur l’habitabilité de certains territoires. Les premiers résultats seront présentés sous forme de carte opérationnelle.

 

La séance se conclut sur le constat que les gestionnaires d'infrastructures et les collectivités sont déjà confrontés à la "nouvelle normalité" climatique. Les différentes présentations ont montré une évolution notable : d'une gestion en réaction aux événements, les acteurs passent à une approche stratégique et prospective, en se dotant d'outils de diagnostic et d'aide à la décision pour anticiper, prioriser et, parfois, faire des choix difficiles concernant l'avenir de leurs territoires.

 

Agir concrètement : présentation de solutions d'adaptation

Vivre avec les risques hydrauliques

Cette session a exploré les défis posés par les risques d'inondation et de crues, en présentant deux cas concrets : la gestion d'un patrimoine d'ouvrages hydrauliques anciens et la décision radicale de relocaliser des habitations suite à un événement de crue exceptionnel.

 

Gestion d'un patrimoine d'ouvrages hydrauliques et solutions fondées sur la nature

Marie Desabres, Cerema

Etang de Fallavier - Département de l'Isère

Cette présentation abordait la gestion complexe des ouvrages hydrauliques anciens (barrages, digues) par les collectivités, dans un contexte de changement climatique et d’exigences réglementaires renforcées. Le cas de la Communauté d’Agglomération Porte de l’Isère (CAPI), propriétaire de trois barrages mais dépourvue d’expertise interne, a illustré la manière dont un appui technique peut transformer une contrainte réglementaire en véritable opportunité d’adaptation territoriale.

La CAPI a sollicité l’accompagnement du Cerema pour répondre aux obligations de sécurité, analyser l’état de son patrimoine et définir une stratégie de gestion. Cette collaboration a permis d’évaluer les risques liés à la stabilité des ouvrages et au fonctionnement hydraulique, tout en assurant la conformité réglementaire.

Un enjeu majeur réside dans la conciliation entre sécurité et biodiversité. De nombreux ouvrages, parfois peu entretenus depuis plusieurs décennies, sont désormais fortement végétalisés, voire devenus de véritables milieux forestiers. Cette évolution pose des problèmes de sécurité — nécessité d’inspection, débroussaillage, contrôle des racines — tout en heurtant des enjeux écologiques croissants. Comme l’a souligné Marie Desabres, "certains ouvrages sont aujourd’hui très végétalisés, voire presque forestiers, ce qui peut poser des problèmes de sécurité".

Pour répondre à cette double contrainte, la démarche proposée s’appuie sur des plans de gestion pluriannuels (en général sur 5 ans), permettant de prioriser la sécurisation tout en préservant les continuités écologiques et les qualités paysagères. Elle favorise également une vision à long terme, intégrant les effets attendus du changement climatique et la nécessité de maintenir la capacité de rétention d’eau, ressource stratégique face aux sécheresses.

La présentation a montré que ces ouvrages, souvent perçus uniquement comme des sources de risque, peuvent devenir de véritables leviers d’adaptation : soutien d’étiage, préservation de la biodiversité, réduction des risques d’inondation. L’intervenante a conclu en encourageant les collectivités à valoriser ce patrimoine : "Il ne faut pas hésiter, il ne faut pas laisser dépérir ces ouvrages : ils représentent une vraie opportunité".

 

La présentation :

Expropriations à Coubon

Sylvain Bonnaud, DDT 43, Jean-Michel Sigaud, Cerema

Site impacté - Ville de Coubon

Ce retour d’expérience retrace la décision de relocaliser plusieurs habitants de Coubon après la crue du 17 octobre 2024. Bien que d’ampleur modérée, la crue a provoqué une érosion exceptionnelle, emportant près de 30 m de berge et plaçant quatre maisons en péril imminent. Une étude du Cerema, combinant analyses hydrologique, diachronique et géologique, a permis de définir une "zone de prédisposition à l’érosion", confirmant l’impossibilité de garantir la sécurité des maisons à long terme.

L’analyse coût-bénéfice a été décisive : un enrochement (5 M€) était trop coûteux et incertain, tandis que l’acquisition amiable des habitations via le fonds Barnier (1,4 M€) constituait la solution la plus rationnelle. La démarche a nécessité un accompagnement humain important, certains propriétaires ayant été particulièrement affectés.

La dimension humaine a été centrale. Il a fallu accompagner des habitants profondément affectés, dont l’un avait acheté sa maison la veille de la crue. La démarche a reposé sur une communication transparente, un dialogue constant avec la mairie et les riverains, et un pilotage administratif accéléré. Comme l’a relaté Sylvain Bonneau, la détresse exprimée par un habitant résume l’enjeu : "Pourquoi vous nous avez donné mon permis en 1980 ? Rachetez-moi ma maison"

La commune de Coubon a donc engagé le rachat des quatre maisons, qui seront démolies et le site reclassé en zone naturelle inondable. Ce cas illustre une adaptation contrainte mais pragmatique : face à certains aléas extrêmes, la relocalisation reste parfois la seule solution durable pour protéger les populations, à condition d’un fort soutien institutionnel et d’un accompagnement des habitants. Elle met notamment en lumière l’importance d’une véritable culture du risque, d’un accompagnement humain solide et d’une coopération étroite entre État, experts et collectivités.

 

La présentation :

Vivre avec les risques gravitaires

Cette session s'est intéressée aux mouvements de terrain, qu'il s'agisse de chutes de blocs le long d'infrastructures ou de glissements superficiels déclenchés par des pluies intenses, en présentant des diagnostics et des solutions techniques.

 

Pré-diagnostic de stabilité des falaises du canal du Nivernais

Laurent Joly, Conseil départemental de la Nièvre, Vincent Vancraenenbroeck, Cerema

Eboulement au bord du canal - Cerema

Cette présentation a souligné le dilemme auquel est confronté le canal du Nivernais, infrastructure touristique emblématique mais exposée à des risques de chutes de blocs. L’enjeu est de sécuriser la navigation tout en préservant un site exceptionnel, classé Natura 2000 et surnommé la "petite Amazonie".

Le bief de partage, long de 3,5 km, est bordé de talus et falaises très végétalisées. Cette végétation, qui contribue au charme du lieu, accentue aussi les risques : racines élargissant les fissures, arbres en crête susceptibles d’entraîner des blocs lors de vents forts. Après plusieurs éboulements en 2024, un pré-diagnostic du Cerema a mis en évidence de nombreux blocs instables et des arbres en situation précaire, conduisant à recommander un débroussaillage massif et l’abattage des arbres en crête.

Mais cette réponse strictement sécuritaire se heurte à des enjeux écologiques majeurs : présence d’espèces protégées, dont des chiroptères, et forte valeur écologique du site. La solution retenue repose donc sur une approche intégrée, en collaboration avec des écologues, pour cibler les arbres réellement dangereux, planifier les interventions hors périodes sensibles et envisager la recréation d’habitats ainsi que des essences plus adaptées au climat futur.

Le Département de la Nièvre s’est engagé à poursuivre la gestion du canal pour 50 ans à partir du 1er janvier 2026, dans le cadre d’une convention de valorisation. Ce cas illustre la complexité croissante de la gestion des infrastructures à l’ère du changement climatique : les décisions doivent désormais concilier sécurité, biodiversité, paysage et adaptation, dans une démarche de gestion équilibrée et pluridisciplinaire.

 

La présentation :

Gestion de glissements superficiels à la suite de pluies intenses

Laurent Dubois, Cerema

Grillage renforcé au Teil - Cerema

Cette intervention a mis en avant un retour d’expérience particulièrement éclairant sur les techniques de stabilisation des glissements superficiels, devenus plus fréquents sous l’effet d’épisodes pluvieux intenses comme ceux d’octobre 2024. Pour sécuriser rapidement routes et habitations, la solution de clouage court couplé à un grillage plaqué-ancré a été présentée comme une option performante : légère, adaptable, réactive, et offrant une excellente intégration paysagère grâce à la revégétalisation.

Si cette technique maîtrise efficacement l’érosion des cicatrices, elle ne traite pas le facteur déclenchant majeur - les pressions d’eau dans les sols - rappelant la nécessité d’une approche globale. La reprise de la végétation, essentielle à la pérennité du dispositif, reste un point de vigilance, dépendant de la qualité de la mise en œuvre, du choix des semences et des conditions climatiques. L’entretien à long terme constitue également un enjeu stratégique : trouver l’équilibre entre une végétation fonctionnelle et résiliente au changement climatique et l’évitement de nouveaux risques liés à la croissance d’arbres trop développés.

En conclusion, le clouage-grillage apparaît comme une solution de confortement fiable, éprouvée et rapidement mobilisable pour les glissements superficiels. À condition d’être associée à une conception rigoureuse, une exécution maîtrisée et une gestion adaptée de la végétation, elle offre un levier opérationnel précieux pour les gestionnaires confrontés à des terrains instables.

 

La présentation :

En mobilisant les habitants :

Cette dernière partie thématique a déplacé le focus de la technique vers l'humain, en explorant comment la participation citoyenne et le croisement des savoirs peuvent devenir un levier d'action pour la gestion des risques.

 

Concilier expertises scientifique et d'usage : le projet MLA3

Florence Marchon, PARN, Fabrice Rojat, Cerema

Travaux de confortement du site de Charlaix réalisés par le DIR

Le projet MLA3 (2018-2022) a été présenté comme une initiative de recherche-action sur la gestion des glissements lents de grande ampleur dans les Alpes. Face à ces phénomènes complexes, où les solutions techniques lourdes sont souvent inadaptées, le projet a fait le pari audacieux de croiser expertises scientifiques et savoirs d’usage des habitants, considérant que seule cette alliance permet de construire une gestion durable du risque.

Mené sur cinq sites expérimentaux, le projet a combiné une analyse technique approfondie (géologie, hydrologie, instrumentation) avec une exploration sociologique fine. Les enquêtes menées auprès d’habitants, d’élus et de gestionnaires ont révélé des perceptions contrastées et des récits parfois divergents sur les causes des mouvements.

Cette démarche de “fertilisation croisée” a permis de lever les incompréhensions. Grâce aux espaces de dialogue créés — comités de pilotage, visites de terrain partagées — experts et riverains ont pu confronter et rapprocher leurs récits, légitimer leurs savoirs respectifs et instaurer une confiance mutuelle.

Le projet a brillamment réussi à créer un récit commun, à rassembler et pérenniser la connaissance, et à renforcer la capacité collective du territoire. Les intervenants observent toutefois que la mise en place d'une gouvernance locale pérenne aurait été un prolongement très pertinent pour poursuivre la dynamique et engager d'autres actions concrètes au-delà de la durée du projet. Le travail a ainsi souligné la nécessité d'un portage institutionnel de long terme (intercommunalité, syndicat, structure territoriale) pour animer et coordonner ces démarches collaboratives.

En somme, le projet MLA3 constitue un modèle inspirant de co-construction de la connaissance et du risque, démontrant que l’alliance entre science et expérience locale est indispensable pour faire évoluer durablement les pratiques de gestion des glissements. Le défi majeur reste la pérennisation de ces dynamiques au-delà des projets de recherche, ce qui soulève la question cruciale de l'ingénierie et des moyens financiers à disposition des petites collectivités.

 

La présentation :

Conclusion et perspectives

Intervenante : Lucie Sénéchal – bureau de l’adaptation au changement climatique - DGEC

En conclusion de la journée, Lucie Sénéchal a mis en perspective les exemples présentés avec la stratégie nationale. Elle a souligné que ces retours d'expérience sont la mise en œuvre concrète du 3ème Plan National d'Adaptation au Changement Climatique (PNACC 3). L'adaptation ne peut être décrétée depuis un niveau central ; elle doit se décliner localement, en s'appuyant sur des données fines et l'accompagnement d'opérateurs de l'État comme le Cerema, l'ADEME ou les Agences de l'Eau.

Elle a rappelé les grands principes de la politique d'adaptation :

  • Le "réflexe adaptation" : Intégrer le climat futur (en se basant sur la Trajectoire de réchauffement de Référence pour l'Adaptation au changement climatique, TRACC,  qui prévoit un réchauffement de +2°C en 2030, + 2.7°C en 2050 et +4°C en 2100 en France métropolitaine par rapport à l’ère préindustrielle) dans toutes les décisions d'aménagement et d'investissement.
  • La recherche de co-bénéfices : Articuler adaptation, atténuation (réduction des émissions) et préservation de la biodiversité.
  • La mobilisation de tous les acteurs : Des entreprises aux citoyens, en passant par l'éducation et la culture du risque.

Les travaux réglementaires en cours visent à intégrer la TRACC dans les documents de planification (PCAET, SRADDET, etc.) et à faire évoluer les aléas de référence des Plans de Prévention des Risques Naturels (PPRN) pour y inclure le climat futur. La journée a ainsi illustré la cohérence entre le cadre national et les actions opérationnelles indispensables sur le terrain.