27 janvier 2026
résidence gabon
Cerema
Face à la multiplication des vagues de chaleur, sécheresses et inondations, un guide méthodologique inédit propose un cadre commun pour adapter les bâtiments existants au changement climatique. Il a été élaboré à l’initiative du Plan Bâtiment Durable, et grâce aux apports de différents membres du groupe de travail « Réha’DAPT » comme le Cerema, le CSTB, l’Observatoire de l’Immobilier Durable (OID), Alliance HQE-GBC, SEVAIA, l’ADEME, l’Institut de l’Économie pour le Climat I4CE et l’Agence Qualité Construction (AQC).

L’évolution du climat entraîne des conséquences directes sur les bâtiments, pour lesquels il est devenu nécessaire d’adopter des stratégies d’adaptation, en complément des démarches d’atténuation. L’enjeu principal en France réside sur le patrimoine existant qui revêt un enjeu stratégique majeur dans le contexte actuel.

 

Un cadre commun attendu pour le parc bâti existant 

Couverture Guide méthodologique

Le guide « Adaptation des bâtiments existants au changement climatique » répond à un manque identifié par la filière : aucun référentiel partagé ne permettait de structurer des démarches d’adaptation à l’échelle des parcs immobiliers et des bâtiments pris individuellement.

Alors que 32 millions de bâtiments résidentiels et tertiaires existants resteront en usage dans les prochaines années, l’absence de cadre constituait un frein majeur pour les maîtres d’ouvrage publics et privés souhaitant passer à l’action.
Ce guide vise à harmoniser le vocabulaire, diffuser une culture commune de l’adaptation et fournir un « socle » méthodologique utilisable par tous. Il a également comme objectif de :

  • Inciter et permettre aux acteurs de définir et formuler leurs enjeux et objectifs d’adaptation
  • Aider à la prise en compte de l’adaptation pour les bâtiments existants, que ce soit pour les projets de rénovation, d’entretien ou pour leur usage au quotidien
  • Faciliter la planification stratégique et prioriser les solutions d’adaptation en fonction des niveaux de risques climatiques

Il se veut non prescriptif, adaptable aux contextes locaux, et conçu pour nourrir les cahiers des charges, structurer les diagnostics techniques ou encore guider la programmation de travaux et les stratégies de patrimoine.

Ce document fait le lien entre six grands aléas climatiques (vagues de chaleur et de froid, sécheresses, fortes pluies, vents forts, orages grêle) et les risques clefs pour les bâtiments et leurs usagers (surchauffe, qualité de l’air, inondations, submersion, tempêtes, retrait gonflement des argiles, feux de forêt, etc.). Il illustre ainsi les conséquences possibles sur la santé et le confort des occupants, l’intégrité du bâti, la continuité d’activité, etc. Cela pose les bases d’une nécessaire approche globale de l’adaptation du parc. 

 

Une méthode opérationnelle à l'échelle des parcs et des bâtiments

Le cœur du guide est opérationnel, avec deux grandes entrées complémentaires : la stratégie d’adaptation à l’échelle d’un parc de bâtiments, puis l’audit d’adaptation à l’échelle d’un bâtiment unique.

Pour les parcs de bâtiments, une démarche en plusieurs étapes est proposée : 

  • cadrage et gouvernance, 
  • étude d’exposition, étude de vulnérabilité, 
  • analyse croisée des risques, 
  • hiérarchisation/priorisation, 
  • élaboration d’une stratégie et d’un plan d’actions pluriannuel.

Sont détaillés dans le guide, les outils mobilisables et la manière de combiner les indicateurs non prospectifs (contexte actuel, sinistralité, réglementations) et prospectifs issus de projections climatiques (indicateurs de température, indices feux de forêt, indicateurs de sécheresse des sols).

Schéma stratégie d'adaptation de parc

À l’échelle du bâtiment, le guide propose une grille d’analyse fine de la sensibilité (parois, toitures, réseaux, aménagements extérieurs, usages, profils d’occupants) et des capacités d’adaptation, complétée d’annexes très détaillées de critères par aléa (chaleur, inondation, feux de forêt, mouvements de terrain…).

Schéma audit d'adaptation du bâtiment

Des leviers d’action concrets pour les acteurs du secteur bâtiment

Les principaux leviers d’action du guide se répartissent en grandes familles : types de stratégies (transformatrice, incrémentale, réactive), natures d’actions (architecturales/techniques, paysagères, organisationnelles), et principes transversaux (végétalisation, actions « sans regret », planification et gouvernance).

Le guide propose un panel de leviers opérationnels, parmi lesquels : 

  • Améliorer le confort d’été en limitant le recours à la climatisation (protections solaires, ventilation naturelle, végétalisation)
  • Réduire les dommages liés aux pluies intenses (désimperméabilisation, gestion intégrée des eaux pluviales)
  • Limiter les impacts de la sécheresse et du retrait-gonflement des argiles (surveillance des mouvements, adaptation des fondations) 
  • Renforcer l’organisation face aux crises climatiques (plans de gestion de crise, ajustement des usages)

 

L'implication du Cerema

Le guide s’appuie directement sur l’expertise du Cerema en matière d’adaptation des bâtiments et des territoires au changement climatique.

Cette contribution s’inscrit dans la continuité de plusieurs travaux portés par l’établissement, comme la méthode ABCD « Adaptation des Bâtiments au Climat de Demain », ou encore les référentiels et guides sur l’inondation, la gestion des îlots de chaleur urbains, l’adaptation des infrastructures et la prise en compte des risques dans l’aménagement.

Un outil pour passer à l’action et éviter la maladaptation

Au-delà des méthodes, le guide insiste sur deux messages forts : la nécessité d’inscrire l’adaptation dans la durée, avec une gouvernance claire et un suivi structuré adapté au caractère évolutif de l’adaptation, et l’importance d’éviter la maladaptation (solutions qui résolvent un problème à court terme mais aggravent d’autres vulnérabilités dans le temps ou dans l’espace). Il propose pour cela des grilles d’évaluation, un questionnaire des seuils de tolérance par aléa et des repères pour articuler adaptation, atténuation et justice sociale, en cohérence avec les trajectoires nationales (SNBC, TRACC, PNACC 3).