24 mars 2020
bassin d'une zone humide dans un écoquartier à Rouen
Arnaud Bouissou - TERRA
Penser l'aménagement des villes et des territoires en prenant en compte les zones humides, leurs fonctions, leurs spécificités, répond à des besoins multiples: biodiversité, cadre de vie, prévention des inondations, qualité de l'eau... A partir d'exemples d'EcoQuartiers, les recommandations du Cerema pour préserver, restaurer, ou développer une zone humide.
Roseaux dans un marais en occitanie
Arnaud Bouissou - TERRA

Pendant longtemps, les zones humides ont été considérées comme des freins au développement de l'habitat et de l'activité, et beaucoup d'entre elles ont été asséchées: au XXe siècle, près des 2/3 des milieux humides métropolitains ont disparu.

Un virage est survenu dans les années 70, quand les politiques publiques ont voulu freiner la disparition des zones humides.

En février 2019, un rapport parlementaire, "Terres d'eau, terres d'avenir", a formulé des recommandations pour préserver et restaurer ces espaces, et aussi pour sensibiliser le public. Face à l'urgence de s'adapter au changement climatique, il est évident que les zones humides ont un rôle important à jouer dans les territoires.

Préserver, restaurer, créer ou développer une zone humide

Aujourd’hui, tout projet concerné par des milieux humides préexistants doit répondre au principe suivant : d’abord éviter un impact, puis le réduire ou enfin le compenser.

Afin d'intégrer les milieux humides dans l'aménagement urbain, le Cerema présente une démarche pour mettre en oeuvre les trois principes "préserver, restaurer, créer ou développer":

    Préserver

    Identifier les fonctions des milieux humides et valoriser les services rendus

    • Valeur patrimoniale et richesse écologique : biodiversité, ressource en eau, identité culturelle.
    • Régulation : protection contre les inondations, amélioration de la qualité de l’eau, lutte contre les îlots de chaleur.
    • Social et culturel : qualité de vie, éducation, sensibilisation, activités de loisirs.

    Adapter le projet aux milieux humides

    • Organisation du plan masse en tenant compte des espaces naturels préexistants et des structures paysagères (TVB, lieux d’implantation des infrastructures, ... ).
    • Limitation des emprises construites.
    • Réflexions sur les cheminements hydrauliques.
    • Préservation de l’alimentation en eau du milieu humide.

     

    Restaurer

    Se doter d’un cadre de référence

    • Réalisation d’un diagnostic sur l’état existant : historique, état actuel.
    • Identification des fonctions à restaurer.
    • Définition d’objectifs (état de référence souhaité et possible).
    • Priorité d’actions et moyens à mobiliser.

    Définir le cahier des charges pour la réalisation et l’entretien

    • Conception d’un aménagement multi-fonctionnel.
    • Création d’une mosaïque de milieux.
    • Choix d’une gestion différenciée.

     

    Créer ou développer

    Enrichir et étendre les milieux préexistants

    • Connexion de milieux humides isolés.
    • Extension de surface.
    • Enrichissement des milieux existants.

    Créer des milieux humides

    • Définition d’un projet.
    • Intégration des milieux humides dans l’aménagement global.
    • Connexion aux espaces publics.

    Sensibiliser les habitants

    • Actions pédagogiques destinées à faire évoluer les représentations sociales sur les milieux humides : en terme d’images, de bienfaits, de connaissance générale.
    • Association des habitants dans la définition du projet.
    • Implication des citoyens dans la gestion.

    Quelle approche pour valoriser une zone humide?

    Quelle méthode pour intégrer les milieux humides?

    Jardin de pluie à fribourgLa spécificité des milieux humides implique de porter une attention particulière à la biodiversité.

    Il faut donc viser une approche écologique tout en conciliant celle-ci avec les autres fonctions  recherchées telles que l’identité paysagère, les loisirs...

    Pour y parvenir, il est nécessaire d'anticiper et d’intégrer cette réflexion tout au long du processus du
    projet, depuis les études préalables jusqu’au suivi du projet:

     

    1. La gouvernance

    Il est essentiel d'avoir une maîtrise d’ouvrage ambitieuse, forte et adaptable, impliquée du début à la fin du projet.

    Les différents services de la collectivité doivent être impliqués dès le début de la démarche, à travers une équipe-projet pluridisciplinaire et qualifiée en termes d’écologie, de paysage et d’urbanisme, capable d'interagir avec les gestionnaires.

     

    2. L'état des lieux

    Un projet d’aménagement doit minimiser son empreinte sur le fonctionnement naturel du site ou améliorer ses services écosystémiques et à plus grande échelle ceux du territoire. L’état des lieux permet d’en établir les enjeux majeurs : espèces menacées, site Natura 2000, continuités hydrauliques, paysagère et écologique...

     

    3. La programmation

    Elle permet de mettre en place les grands principes du projet en tenant compte des prescriptions inscrites dans les différents documents de planification : SCOT, PLU, SRCE, SDAGE, etc.

    Il faut s'assurer que les milieux humides donnent lieu à des orientations d’aménagement spécifiques. Celles-ci doivent être suffisamment concrètes pour garantir leur présence effective au sein du projet : valorisation des milieux existants ou création de nouveaux milieux.

     

    4. La conception

    La phase de conception permet de traduire les orientations du projet en  aménagements urbanistiques, paysagers et architecturaux. Elle comprend la définition des plans, des cahiers des charges et spécifications des aménagements et ouvrages.

    Il s’agit tout à la fois d’aménager des espaces dédiés aux milieux humides et de garantir la possibilité d’interactions écologiques entre espaces isolés. Les spécifications doivent traduire le fonctionnement en réseau de ces milieux.

     

    5. Le chantier et la préservation des milieux humides existants

    S'agissant des milieux humides existants, une attention particulière doit être portée à la fragilité des sols. 

    Par ailleurs, pour protéger la faune et la flore des nuisances liées aux travaux, il est souhaitable que le chantier se déroule hors période de nidification ou de migration pré-nuptiale (amphibiens).

     

    6. La gestion et le suivi

    Un plan de gestion des milieux naturels est nécessaire, afin de préserver la diversité des habitats, de concilier les usages, de préserver l'aspect paysager et de permettre l'évolution des milieux.

     

    En savoir plus

    Cet article est extrait de la fiche pratique n°2 du Cerema, issue de la collection Nature en Ville, disponible via le lien ci-contre.