Cet article fait partie du dossier : Le programme Territoires adaptés au climat de demain (+4°C) : Co-construire un diagnostic et une stratégie d’adaptation
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Depuis 2021, la Communauté de communes de Terehēamanu située sur l’île de Tahiti, construit son projet de territoire autour d’une ambition forte : imaginer un modèle de développement résilient, inspiré par les valeurs culturelles locales et les savoirs polynésiens.
En juillet 2024, elle rejoint le programme national "Territoires adaptés au climat de demain (+4°C)", porté par le Cerema, afin d’être accompagnée dans cette démarche d’adaptation face aux enjeux climatiques, économiques et sociaux à venir.
Une méthodologie innovante fondée sur la co-construction
Accompagnée par le Cerema, la Communauté de communes de Terehēamanu a engagé une démarche originale, fondée sur l’écoute, la participation et la mise en récit collective du territoire.
Trois grandes étapes ont structuré ce travail collaboratif entre 2024 et 2025.
1/ Un diagnostic immersif pour apprécier la résilience locale
La première phase a pour objectif d’apprécier les capacités de résilience de Terehēamanu.
Au-delà des données techniques issues du diagnostic réalisé en 2022, ce travail s’est appuyé sur une démarche de terrain qualitative menée en octobre 2024. Visites, entretiens, groupes de discussion et ateliers ont permis de recueillir la parole des acteurs locaux et ainsi de révéler des qualités et des initiatives qui traduisent, parfois sans le dire, une véritable culture de la résilience.
Les résultats ont été analysés à l’aide de la boussole de la résilience, un outil développé par le Cerema permettant notamment d’évaluer la robustesse d’un territoire selon six grands axes (gouvernance, coopération, solidarité, apprentissage, anticipation, satisfaction des besoins essentiels). L’analyse a notamment permis d’identifier les leviers de résilience déjà mobilisés sur le territoire, mais aussi les fragilités à renforcer face aux défis à venir.
2/ Une large concertation citoyenne pour construire la vision du territoire
La deuxième étape a donné la parole aux habitants. Plus de 678 participants ont pris part à douze ateliers participatifs organisés dans les cinq communes de Terehēamanu.
S’appuyant sur un plateau de jeu représentant le territoire et 58 fiches-actions co-construites à partir du diagnostic, ces ateliers ont permis de définir collectivement des trajectoires de résilience et de hiérarchiser des priorités pour l’avenir. Face à l’engouement suscité, la démarche a été prolongée par une plateforme numérique ouverte à l’ensemble de la population, permettant d’élargir encore la participation.
Deux ateliers sont venus compléter et clore cette phase de concertation :
- un atelier d’approfondissement, pour confronter les trajectoires à des menaces potentielles et tester leur robustesse ;
- un atelier de territorialisation, pour décliner les orientations à l’échelle des communes et renforcer leur appropriation locale.
Cette méthode ludique et inclusive a permis de faire émerger un socle partagé d’orientations, reflet des aspirations et des valeurs communes du territoire.

3/ Une mobilisation des acteurs institutionnels pour pérenniser la démarche
Enfin, un dernier volet a porté sur l’ancrage de cette dynamique dans la durée, en posant les bases d’une gouvernance territoriale partagée entre la Communauté de communes, le Pays et l’État.
Plusieurs rencontres institutionnelles et notes techniques ont déjà permis d’esquisser les modalités de cette coopération, fondée sur la subsidiarité et la complémentarité. Ce travail se poursuivra dans les prochaines étapes du projet, avec pour objectif la mise en œuvre opérationnelle des orientations issues de la concertation.
Résultats – Une nouvelle grille de lecture de la résilience territoriale et un socle partagé d’orientations résilientes
Les “étoiles de la résilience” : une création originale inspirée du Fenua
De cette collaboration étroite entre le Cerema et la Communauté de communes est née une innovation conceptuelle : les "étoiles de la résilience".
L’analyse de la résilience de Terehēamanu au regard de la boussole du Cerema a conduit à faire évoluer la notion même de résilience, afin de l’ancrer plus fortement dans les réalités locales, la culture et les valeurs propres au territoire.
De cette adaptation est née une nouvelle grille de lecture : "les étoiles de la résilience". Celles-ci traduisent, chacune à leur manière, un pilier essentiel de la résilience du territoire et intègrent l’ensemble des dimensions identifiées par l’approche de la boussole.
Le choix des étoiles (Feti’a) comme symbole de la résilience du territoire est chargé de sens. Il fait référence aux étoiles qui guidaient les navigateurs polynésiens lors de leurs premières migrations à travers l’océan, symbolisant l’orientation, la constance et la capacité à traverser les incertitudes. Dans le contexte du projet de territoire, elles représentent ses objectifs, et incarnent les repères qui permettent de structurer, soutenir et renforcer les actions visant à préparer et adapter le territoire aux défis présents et futurs.
Quatre étoiles structurent cette nouvelle grille de lecture :
- Te feti’a no te rahu : le lien au vivant ;
- Te feti’a no te Ai’a : le lien à la communauté ;
- Te feti’a no te Tau : le lien au temps ;
- Te feti’a no te Mana : le lien au sacré et à la spiritualité.
Cette approche, baptisée Tūora – “rester debout, continuer à vivre” – associe les principes de la résilience à ceux de la vie, dans une conception profondément ancrée dans la culture du Fenua.je n’ai pas compris ce qu’était la culture du fenua.
Les fruits de la concertation : des priorités partagées et des trajectoires de résilience
Au fil des ateliers et des échanges menés sur le terrain, la démarche a permis de faire émerger une vision commune du futur de Terehēamanu. Les habitants, élus, associations et acteurs économiques ont exprimé une volonté claire : construire un développement qui préserve les ressources, renforce les solidarités locales et valorise les savoir-faire traditionnels.
Certaines actions se sont distinguées par leur adhésion collective :
Trois orientations pour un projet de territoire partagé et résilient
Les travaux menés ont permis de dégager trois grandes orientations pour le futur projet de territoire :
Une dynamique collective et inspirante
La démarche menée à Terehēamanu illustre la capacité d’un territoire à se réinventer face aux défis climatiques et sociétaux, en s’appuyant sur ses forces culturelles et naturelles.
En accompagnant cette co-construction, le Cerema contribue à expérimenter une nouvelle approche de la résilience territoriale, plus sensible. L'enjeu est de permettre l'appropriation du sujet par les différents acteurs, la compréhension partagée des enjeux et des solutions à mettre en œuvre, en développant une culture commune de la résilience du territoire.
Cette expérience pionnière alimente aujourd’hui la réflexion menée par le Cerema autour des "Territoires adaptés au climat de demain", et continuera de s’enrichir des retours d’expériences et initiatives innovantes partagés à l’occasion d’événements, forums et rencontres dédiés à la transition des territoires.
Et après ? Vers la mise en œuvre du projet de territoire
À partir de janvier 2026, la démarche portée par la Communauté de communes de Terehēamanu entame une nouvelle étape : celle de la traduction concrète des orientations en actions. Un document programmatique viendra définir les leviers opérationnels du futur projet de territoire, en cohérence avec les compétences actuelles de la collectivité et dans la perspective des éventuels transferts de compétence ?? contenus dans le projet de réforme de l’article 43.2 de la loi organique.
Cette étape s’inscrira dans un dialogue élargi avec le Pays, l’Etat et les instances consultatives, et s’enrichira des retours d’expériences inspirants issus notamment du champ de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS).
Le rapport d'étude sur CeremaDoc :
Dans le dossier Le programme Territoires adaptés au climat de demain (+4°C) : Co-construire un diagnostic et une stratégie d’adaptation

Ces priorités constituent désormais le socle des trajectoires de résilience du territoire, traduisant les valeurs et les attentes exprimées lors des ateliers. Les séances d’approfondissement ont ensuite permis de confronter ces trajectoires à des scénarios de menaces potentielles — qu’il s’agisse d’aléas climatiques, d’évolutions économiques ou de transformations sociales. Ce travail collaboratif a conforté la robustesse des choix formulés, tout en mettant en évidence des marges d’amélioration, notamment autour de l’alimentation locale, de l’économie circulaire et de la coopération intercommunale.


