19 juillet 2019
Front de mer en érosion suite à l'ouragan Irma aux Antilles
Paul Brennan
Afin d’améliorer la gestion de la reconstruction des territoires à la suite de catastrophes naturelles, un projet de recherche transdisciplinaire piloté par le Cerema, Relev, a été lancé en 2018. L’objectif : mettre au point des outils permettant de mieux anticiper la gestion de la reconstruction à l’échelle du territoire, et d’intégrer les risques naturels dans les processus d’aménagement.

Mieux connaître les pratiques De reconstruction post-catastrophe

logo de l'ANRLe projet Relev, piloté par le Cerema, réunit six laboratoires de recherche [1] pour développer une approche pluridisciplinaire : risques naturels (géographie, génie civil, géologie), aménagement du territoire (urbanisme, architecture), sciences humaines (sociologie, psychologie, histoire).

Financé par l’ANR, le projet de recherche Relev s’inscrit dans le cadre de l’appel à projet "Ouragans 2017" dont l'objectif est de mieux comprendre les stratégies de gestion de la reconstruction post-catastrophe, pour favoriser un retour à la normale rapide et un réaménagement durable et plus résilient des territoires sinistrés.

Au niveau international, les Nations Unies, à travers les cadres d'action de Hyogo (2007-2013), et de Sendai (2015-2030), invitent les Etats membres à élaborer des politiques et des mécanismes intégrant la réduction des risques de catastrophe dans les efforts de relèvement et de reconstruction des territoires.

La mise en oeuvre de ces politiques de réduction des risques dans la planification du relèvement des territoires comporte des difficultés, comme l'ont montré les expériences de reconstruction post-catastrophe suite aux ouragans Irma et Maria aux Petites Antilles, où il est complexe de concilier les deux impératifs de "reconstruire vite" et de "reconstruire bien". Car les territoires cherchent à réduire le délai de retour à un état stable, et doivent aussi à moyen terme réduire la vulnérabilité du territoire afin d’en favoriser la résilience.

L’hypothèse centrale du projet Relev est que la reconstruction d’un territoire sinistré suite à une catastrophe naturelle représente une fenêtre d’opportunité temporelle pour réaménager durablement le territoire sinistré de manière plus résiliente vis-à-vis de futurs événements. Par ailleurs, la première condition pour exploiter au mieux cette période de reconstruction est d’avoir anticipé la gestion de cette période.

 

retours d'expériences de Saint-Martin et Saint-Barthélemy 2 ans après Irma

dégats suite à l'ouragan irma
Saint-Martin après le passage de l'oouragan Irma- J DELGADO

Le projet se concentre sur le relèvement en cours des îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, suite aux ouragans Irma et Maria en septembre 2017. Les méthodes et hypothèses de travail se fondent sur les enseignements tirés de territoires sinistrés qui ont partagé leurs expériences lors de précédents travaux de recherche.

Le relèvement post-catastrophe d’un territoire peut être défini comme le processus qui répond au double objectif :

  • de court terme par lequel s’opère la restauration rapide du fonctionnement des services publics et des réseaux vitaux, comme l’alimentation en électricité et en eau potable ainsi que les télécommunications et les transports.
  • de long terme de reconstruction moins vulnérables des infrastructures endommagées, d’accompagnement des populations sinistrées et de capacité d’apprentissage et d’adaptation pour mieux préparer le territoire à de futures catastrophes.

Il s’agit, via des entretiens et par le dialogue, de capitaliser et de valoriser les expériences individuelles et collectives des acteurs qui gèrent et vivent au quotidien la reconstruction du territoire : élus, techniciens des collectivités, agents des services de l’états, entreprises, habitants. 

Il apparaît que les territoires font face à des difficultés pour organiser une stratégie globale de réduction de la vulnérabilité, lors de cette phase de reconstruction post-catastrophe. 

 

Aider les acteurs locaux à préparer le relèvement de leur territoire

Le projet Relev sera réalisé en plusieurs volets :

  • Dresser un état de l’art pour caractériser la diversité des pratiques de reconstruction post-catastrophe, en ciblant les infrastructures, les réseaux (transport, énergie) et les populations. Ce travail, basé les expériences de reconstructions suite aux ouragans Katrina (2015, USA) Sandy (2012, USA) et Harvey (USA, 2017), aux tempêtes Lothar et Martin en 1999, et Xynthia en 2010, ainsi qu’aux Antilles (cyclones Irma et Maria) permettra de déterminer les acquis et les lacunes des différents retours d’expériences.
  • Elaborer un diagnostic des conditions de reconstruction au niveau local, 
  • Développer une méthode d’aide à la décision pour les gestionnaires de réseaux, afin d’organiser un plan de gestion post-catastrophe. Ce volet comprendra des travaux de description et de caractérisation des bonnes pratiques de reconstruction.

Maison déstabilisée suite à l'érosion de la plage

A court terme, cette approche participative vise à contribuer au relèvement du territoire, en améliorant l’organisation et la communication entre les décideurs locaux, les gestionnaires d’infrastructures et les habitants des secteurs exposés à des risques naturels. 

En amont de futures catastrophes ici ou ailleurs, ces échanges alimenteront également l’élaboration d’outils et de méthodes pour anticiper : l’organisation des acteurs en charge de la reconstruction, l’association des populations au processus de reconstruction, et la reconstruction physique des infrastructures endommagées.

Le projet Relev poursuit deux objectifs principaux:

  • Élaborer une méthode visant à anticiper la gestion de la reconstruction post-catastrophe à l’échelle territoriale afin de faire face aux prochains événements,
  • Définir les modalités d'intégration des risques naturels au sein des processus d'aménagement des territoires permettant un développement économique et durable.

Par ailleurs, il n’existe pas de cadre national pour la gestion de la période de reconstruction post-catastrophe, et les enseignements issus des travaux permettront d’en améliorer l’anticipation dans les futurs territoires sinistrés. L’ambition de ce projet est de contribuer directement à outiller les acteurs locaux de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, et plus largement des Antilles, tout en diffusant les enseignements au niveau national.

 


[1] Le Cerema, l’Ecole des Ingénieurs de la Ville de Paris, le Laboratoire de Psychologie des Pays de Loire, le Centre d’Etudes sur la Mondialisation, les conflits, les Territoires et les Vulnérabilités, Géosciences Paris Sud, GéoRessources

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