7 avril 2020
aire de covoiturage
Arnaud Bouissou - TERRA
Le développement du voiturage permet de répondre à des enjeux de développement durable, mais l'évaluation a priori des services de covoiturage est complexe: le Cerema a défini une méthode pour estimer l'offre et la demande potentielles d'un service régulier à partir de l'exploitation des données des modèles de déplacements multimodaux .

Moyen de transport alternatif à l'usage de la voiture individuelle, le covoiturage permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d'énergie, tout en optimisant l'usage des infrastructures routières. Le développement de services réguliers de covoiturage peut répondre en partie à la demande de trajets domicile - travail.

 

Evaluer le succès potentiel d'un nouveau service de covoiturage

panneau d'une aire de covoiturageAvant de mettre en place un service de covoiturage, il est important de pouvoir évaluer le succès futur du service. Cela implique de quantifier et d'identifier les utilisateurs susceptibles d'utiliser le covoiturage.

Cette méthode développée par le Cerema a été testée à l'échelle d'une grande ville française pour un service régulier de covoiturage, et s'avère prometteuse pour évaluer les projets. Divers travaux réalisés précédemment ont porté sur l'estimation du potentiel de covoiturage, mais de manière spécifique: optimisation d'un service, identification des étapes et trajectoires... 

La méthode du Cerema vise à estimer la capacité de transport et le nombre de déplacements qu'un service de covoiturage régulier peut offrir. Le service de covoiturage testé dans le cadre de cette étude est un service de ligne régulière en zone urbaine, qui est bien adapté pour les trajets domicile-travail: les utilisateurs ne sont pas obligés de  réserver en avance, et le service est bien défini.

L'étude portait sur des trajets réalisés durant l'heure de pointe du matin, reliant une aire de covoiturage en zone péri urbaine à l'aire urbaine. Elle a intégré des trajets réalisés par un conducteur seul et des trajets réalisés avec un passager.

La méthode est basée sur le développement d'outils capables d'utiliser les données des modèles multimodaux de déplacements existants pour tester projets de covoiturage, à partir de modèles statiques de déplacements qui sont disponibles dans certaines zones urbaines.

Le modèle statique des déplacements est conçu pour reproduire le mouvement des passagers et le transport routier pendant les heures de pointe du matin et du soir sur un jour ouvrable moyen. L'aire urbaine est divisée en zones dont la taille est inversement proportionnelle à la densité de population.

Pour l'étude, les travaux se sont concentrés sur les heures de pointe du matin, afin d'extraire les données utiles du modèle statique:

  • Des indicateurs sur les temps de trajet d'une zone à l'autre lorsque la route est encombrée, sur les frais de péage et le coût d'utilisation des transports en commun,
  • La demande de déplacement en véhicule privé en tant que conducteur, en tant que passager et dans les transports en commun.

La méthode permet d'estimer le nombre de places passager disponibles, le nombre de passagers qui voyagent en covoiturage, et ainsi le nombre de voyages réalisés en covoiturage. Une attention a été portée sur les détours que doivent effectuer les conducteurs pour prendre une personne en covoiturage, qui entraînent un surcoût et un temps de trajet augmenté.

 

Perspectives

Plusieurs difficultés subsistent quant à l'application opérationnelle de cet outil d'analyse. L'évaluation d'un nouveau mode des transports se heurte à une méconnaissance des différents facteurs d'attraction et de répulsion des usagers. En particulier, cette méthode ne prend en charge qu'une partie des frais de voyage, et l'analyse d'un service de covoiturage doit inclure des facteurs externes tels que les compensation financière, le gain virtuel apporté par le régime en termes de contributions écologiques et l'impact psychologique de l'abandon du statut de conducteur solo "indépendant".

 

Outre l’évaluation quantitative du groupe cible d’utilisateurs du service de covoiturage, cette méthode permet d'évaluer à la fois l'efficacité des points d'échange intermodaux existants, et la pertinence des futures infrastructures dédiées, telles que les parkings dédiés au covoiturage, les points de ramassage, les points de débarquement, etc.

Les futurs travaux se concentreront sur l'évaluation d'une offre globale pour l'ensemble de l'agglomération. Ils incluront la recherche automatique des emplacements le mieux appropriés pour les parkings de covoiturage, et la caractérisation du système de covoiturage en termes de services rendus à l'utilisateur, notamment aux passagers optant pour ce mode de transport.

Seront aussi examinés le temps d'attente dans les parkings de covoiturage, qui est lié aux niveaux de l'offre et de la demande, et la capacité d'effectuer le voyage retour en covoiturage. Enfin, la question du choix modal sera étudiée.

 

L'étude est intitulée "Estimation of carpooling potential by trip modelling" et a été réalisée par Wilfried Raballand et Pierre-Antoine Laharotte