Le bruit, un enjeu de santé publique
En France, 7 personnes sur 10 indiquent être gênées par le bruit, provenant principalement des infrastructures de transport routières et ferroviaires (sondage IFOP 2022). L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que 20 % de la population européenne est exposée à des niveaux sonores préjudiciables pour la santé, et 12 000 décès prématurés par an seraient dus à une exposition prolongée au bruit ambiant.
Face à cet enjeu de santé publique, les pouvoirs publics ont mis en place un cadre réglementaire, au niveau français et européen, avec l’application de directive européenne 2002/49/CE, dite « Directive Bruit », qui vise à établir une approche commune destinée à éviter, prévenir ou réduire l’exposition au bruit dans l’environnement.
Les équipes du Cerema sont engagées depuis de nombreuses années dans les actions de lutte contre le bruit auprès des territoires, en accompagnant les gestionnaires d’infrastructures de transport et collectivités territoriales par la mise à disposition d’outils, de méthodes, de recommandations, ainsi que de retours d’expérience, afin d’évaluer l’impact des nuisances sonores et de proposer des solutions permettant de réduire leur impact pour les populations.
Identifier et diagnostiquer l’impact du bruit des transports
Les nuisances sonores peuvent être caractérisées grâce à des mesures réalisées avec des sonomètres. Il n’est pas possible actuellement de réaliser des mesures avec des sonomètres sur l’ensemble des infrastructures concernées par les réglementations. C’est pourquoi des modélisations sont établies pour représenter les nuisances sonores de manière cartographique.
Ces cartes permettent d’identifier deux types de zones appelées « zones à enjeux » : les zones de calme, qu’il convient de protéger et les zones bruyantes dont les riverains doivent être protégés.
Le Cerema propose aux collectivités trois types d’accompagnement pour objectiver ce diagnostic des nuisances sonores, via la réalisation de cartographies à grande échelle et des mesures in-situ, spécifiques aux sources de bruit à caractériser.
Le classement sonore des voies (CSV)
Le Cerema propose des outils aidant à la réalisation du CSV.
Le CSV évalue le niveau de bruit généré par les infrastructures de transports à partir du seuil de trafic de 5 000 véhicules par jour. Il « classe » une partie du réseau de transport en cinq catégories, en fonction du niveau sonore. Le CSV est annexé au Plan local d’Urbanisme Intercommunal (PLUI), pour intégrer des critères acoustiques dans les règles d’urbanisme.
👉 Voir : https://www.cerema.fr/fr/actualites/realiser-classement-sonore-voies
Les cartes de bruit stratégiques (CBS)
La directive européenne 2002/49/CE dite « Directive Bruit » impose la réalisation de cartes de bruit stratégiques (CBS) tous les cinq ans.
Les CBS ciblent les typologies d’infrastructures et agglomérations soumises à une forte exposition au bruit et satisfaisant des critères de trafic ou de population. Elles permettent de repérer les zones affectées par le bruit et d’estimer l’exposition des populations dans ces zones. Le diagnostic établi grâce aux CBS permet ensuite aux autorités compétentes d’établir un plan de prévention du bruit dans l’environnement (PPBE), qui propose et priorise des actions de lutte contre les nuisances sonores.
Le Cerema réalise les CBS des réseaux routiers et ferroviaires non concédés et accompagne également les agglomérations dans la réalisation de leur CBS, et les collectivités dans la production de leurs PPBE.
- L’exposition au bruit des transports : état des lieux et enseignements des cartes de bruit stratégiques - synthèse
- L’accompagnement des collectivités dans la mise en œuvre de la directive européenne
- Exemple de réalisation de CBS pour les collectivités : l'Eurométropole de Strasbourg
- L’accompagnement des gestionnaires et collectivités dans l’élaboration de leur PPBE
- Proposer des innovations pour des cartes de bruit plus réalistes
- La plateforme AVATAR pour collecter les données de trafic de l’ensemble des gestionnaires routiers à l’échelle nationale
Les mesures sur site
Les modélisations acoustiques reposent sur un certain nombre d’hypothèses et de simplifications. Les CBS et CSV représentent une image de la réalité, avec des limites et des écarts vis-à-vis des nuisances effectives. Ces modélisations ne se substituent donc pas à des études acoustiques précises des situations locales.
Le Cerema mène des campagnes de mesures et réaliser des études d’impact pour mieux caractériser le bruit des infrastructures routières et de leurs équipements.
- Évaluation des performances acoustiques de revêtements routiers
- Évaluation de l’impact acoustique des Dispositifs de sécurité d’Alerte Sonore (DAS)
- Évaluation de l’impact acoustique des ralentisseurs de vitesse au passage de véhicules pour les riverains
Le Cerema est également impliqué dans des projets de recherche visant à cartographier et évaluer le bruit. Ce travail de recherche est principalement mené par l’Unité de Recherche Mixte en Acoustique Environnementale (UMR AE), regroupant des agents du Cerema et de l’Université Gustave Eiffel (UGE).
- Voir : UMR AE
Les leviers d’actions pour agir sur le bruit
Le trafic routier est identifié comme source principale de nuisances sonores, aussi tous les projets limitant la place de la voiture au sein de l’espace public peuvent avoir un impact positif sur la réduction du bruit.
Plusieurs leviers peuvent être mobilisés par les pouvoirs publics afin de réduire les nuisances liées au trafic routier, sachant qu’il n’existe pas de méthode infaillible et que le cumul de diverses solutions permet le plus souvent d’atteindre de meilleurs résultats. Le Cerema propose cinq leviers d’action pouvant aider à prévenir et limiter le bruit routier.
Levier 1 : réduire le bruit à la source
Le Cerema accompagne les gestionnaires de voirie en évaluant la pertinence des solutions à envisager pour une la réduction efficace du bruit causés par :
Les dispositifs de limitations de vitesse : évaluer l’impact sonore d’une limitation de vitesse
- Les comportements inappropriés des usagers de la route : expérimenter la mise en place de radars sonores en conditions réelles avant homologation
- Le revêtement de la route :
Levier 2 : limiter la propagation du bruit
En complément de la réduction du bruit routier à la source, il est possible de limiter la propagation acoustique du bruit. L’une des solutions les plus courantes consiste à « dévier » le bruit avec des ouvrages de protection de type écrans acoustiques, buttes ou merlons. Il est également possible d’agir sur les revêtements de façades de bâtiments ou l’aménagement urbain, en utilisant des matériaux plus absorbants.
Le Cerema a notamment publié un ouvrage de référence sur les écrans et protections acoustiques : ce guide dresse un état des lieux de l’ensemble des normes applicables en matière de protections acoustiques contre le bruit des transports et des recommandations pour leur installation.
👉 Voir : Écrans et protections acoustiques : Guide du maître d’ouvrage et du maître d’œuvre
Levier 3 : améliorer l’isolation acoustique des bâtiments
Pour prévenir les nuisances sonores à l’intérieur des bâtiments, les constructeurs s’appuient notamment sur les cartes de CSV pour adapter l’isolement acoustique en fonction de la catégorie d’infrastructure à proximité.
- Dans les bâtiments publics, une mauvaise performance acoustique peut fortement nuire à la compréhension et créer de la gêne. Le Cerema peut réaliser des diagnostics acoustiques dans des espaces intérieurs et proposer des traitements sonores : cette page présente un exemple d‘étude acoustique menée dans une chapelle dans le cadre du programme national Villages d’avenir ;
- Les propriétés acoustiques de certains matériaux innovants sont encore mal identifiées, ce qui pénalise leur utilisation. L’UMR AE évalue les performances acoustiques des matériaux biosourcés afin de promouvoir leur utilisation dans le bâtiment.
- Le Cerema accompagne les DDT(M) dans l’application de la politique de résorption des bâtiments Points Noirs de Bruit, via notamment des isolations acoustiques de façade.
Levier 4 : éviter ou prévenir de nouvelles nuisances en amont des projets d’aménagement
En sus des nuisances existantes, les collectivités et gestionnaires doivent éviter ou prévenir l’apparition de nouvelles nuisances sonores. Pour cela, le Cerema a développé plusieurs outils d’aide à la décision permettant de repenser l’aménagement urbain afin d’éviter la création de nouvelles sources de nuisances sonores, ou de favoriser le maintien ou l’amélioration du confort dans des zones plus apaisées.
Pour toute nouvelle implantation (infrastructure, établissement public…), les collectivités et gestionnaires d’infrastructures peuvent se saisir d’outils pour estimer en première approche les impacts de projets d’aménagement :
- L’application MOTOR, pour calculer et de comparer l'émission sonore d'une infrastructure routière, en fonction des caractéristiques de son trafic et de sa chaussée
- L’outil diagBruit, pour obtenir un diagnostic complet sur les risques sonores à la parcelle, en amont de la réalisation d’un projet immobilier
- La base de données nationale des bâtiments exposés au bruit dans les 480 quartiers prioritaires du NPNRU, pour une meilleure prise en compte des nuisances sonores par les aménageurs lors de leurs opérations de rénovation énergétique.
Préserver la biodiversité en limitant les nuisances sonores
👉 Préserver des trames blanches en ville
La pollution sonore urbaine a un impact non négligeable sur le comportement des animaux et contribue de manière importante à une modification de la biodiversité.
L’aménagement de la ville, en particulier la création de zones calmes (dites « trames blanches »), participe grandement à la réduction de son niveau de pollution sonore. Le Cerema propose donc des solutions aux aménageurs pour prendre en compte le bien-être des habitants, tout en étant favorables à la biodiversité.
👉 Recherche : comprendre l'impact du bruit causé par les activités humaines sur la faune sous-marine
Le Cerema est partenaire du projet de recherche IBAM, sur les Impacts des Bruits Anthropogéniques sur les Mammifères marins. L'objectif est de caractériser les réactions des cétacés face à des stimulus stressants, notamment par rapport aux sons émis par les sonars navals.
L'Unité Mixte de Recherche en Acoustique Environnementale (UMR AE), qui réunit les chercheurs du Cerema et de l'Université Gustave Eiffel, travaille également à caractériser l’impact des nuisances sonores sur les baleines, de manière à pouvoir établir des recommandations pour le trafic maritime.
