Cet article fait partie du dossier : Covoiturage : le dossier du Cerema
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Un constat initial critique : une voie détournée de son usage
La douane de Thônex-Vallard disposait depuis 2018 d'une voie réservée au covoiturage (VR2+) destinée à fluidifier le passage des véhicules partagés. Pourtant, la dernière évaluation du Cerema, menée en 2021, dressait un bilan mitigé de son fonctionnement. Non équipée de dispositif de contrôle systématique, la voie était massivement détournée de son usage : de 63 % à 75 % des véhicules l'empruntant étaient des autosolistes en infraction.
C'est dans ce contexte que l'exploitant ATMB, en lien avec l'État, a déployé le 13 juin 2024 un dispositif de contrôle d'accès par barrière automatique asservie au nombre d'occupants : si la voiture arrivant à la douane et empruntant la VR2+ contient deux occupants ou plus, la barrière se lève et laisse passer le véhicule. Si le véhicule ne contient qu'une seule personne, la barrière reste fermée et le conducteur est invité à rejoindre les autres voies.
Vidéo du système mis en place :
Le Cerema a été mandaté pour évaluer ce dispositif sous les angles suivants : fiabilité technique, impact sur le trafic, sécurité et ressenti des usagers.
Une évolution majeure des comportements
Les résultats observés sur la période 2024-2025 marquent une rupture nette avec les observations précédentes. L'analyse des données du système de détection automatique du nombre d'occupants (par la technologie Invision) montre que le taux de fraude s'est stabilisé durablement autour de 20 %. Le dispositif a permis de passer d'une situation où la fraude était élevée (2 véhicules sur 3) à une situation où elle est devenue plus maîtrisée (1 véhicule sur 5). Plus significatif encore, cette baisse n'est pas un effet temporaire : le taux est resté stable tout au long de l'année, confirmant l'installation durable de nouvelles habitudes.
L'analyse fine montre que la fraude restante est essentiellement "opportuniste" : elle augmente légèrement lors des pics de congestion, lorsque le gain de temps est maximal, certains autosolistes tentent alors de se glisser dans le sillage d'un véhicule autorisé.
Fonctionnement technique : fiabilité et sécurité
L'évaluation technique du Cerema a permis de valider la robustesse de l'algorithme de pilotage. Le système repose sur une détection optique située 27 mètres en amont de la barrière :

- Cinématique adaptée : avec un temps d'ouverture de la barrière inférieur à 1,5 seconde, le dispositif offre une marge de sécurité confortable pour des véhicules approchant entre 20 et 30 km/h ;
- Gestion des convois : l'algorithme gère une "pile" de véhicules autorisés. Si plusieurs covoitureurs se suivent, la barrière reste ouverte tant que la pile n'est pas vide, ce qui assure la fluidité du passage et garantit la sécurité des automobilistes ;
- Stratégie "non pénalisante" : c'est un point clé de l'acceptabilité. En cas de doute sur le nombre d'occupants lié à la pluie ou à une image floue, le système ouvre la barrière par défaut. L'objectif est clair : ne jamais bloquer un usager qui serait potentiellement en règle, quitte à laisser passer quelques fraudeurs ponctuels ;
- Sécurité des usagers : sur la période d'observation, sept incidents matériels mineurs ont été relevés dans le secteur, aucun n'étant lié au fonctionnement de la barrière ou à la voie de covoiturage. Aucun accident grave n’a été relevé.
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